lundi , 23 octobre 2017
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Dr Mukwege, président de la transition ?

Ça bouillonne continuellement  sur le firmament politique congolais avec, à la clé pour l’instant, la gestion de l’organisation des élections présidentielle et législatives. Devant l’étirement de la période de la tenue de ces scrutins, l’opposition congolaise charge le chef de l’Etat actuel de mauvaise volonté politique pour favoriser ces échéances qui marquent aussi la fi n de son séjour à la tête du pays. Aussi a-telle finalement pondu une recette inédite : la transition sans Joseph Kabila. Une idée qui fait du chemin même sur l’échiquier international où l’arsenal diplomatique du président de la République peine à convaincre sur la volonté du régime actuel à conduire le peuple aux urnes dans les meilleurs délais.

Les grands artisans de cette recette ont pour noms notamment Moïse Katumbi, Félix Tshilombo, Sindika Dokolo, les patrons du G7, des acteurs de mouvements citoyens, mais aussi le très célèbre médecin gynécologue Denis Mukwege. Bénéficiant d’une publicité à grand renfort par des officiels, des Ong, des médias du monde, le docteur qui répare les femmes victimes de viols est disputé sur les plateaux du monde où il cumule médailles et diplômes pour son travail trop risqué. Mais ce n’est vraiment pas son intervention en faveur des femmes qui l’expose ; l’homme est aussi activiste de la société civile et établit un lien entre le sort de ces femmes et la situation générale du pays.

Le Dr Mukwege est convaincu que le système de gestion de la respublica nourrit le malheur dont sont victimes ses clientes. D’où son engagement pour un changement de politique de gestion en RDC, se rapprochant des thèses de l’opposition. Par prudence, l ’ hommes ’ est gardé d’afficher ses ambitions politiques quand bien même plusieurs personnes entreprenaient de lui soutirer le ver du nez. Il se contenter de dresser le sombre tableau de la situation générale de son pays, comme pour appeler ses interlocuteurs à apporter la recette miracle.

Aujourd’hui, l’homme laisse tomber un pan de voile pour avancer avec plus de détermination dans la voie du combat politique. Avec une sentence assassine déclinée sur les colonnes du quotidien belge Le Soir :

« Pour que des élections claires, transparentes et crédibles puissent avoir lieu, il faut que le pouvoir actuel se retire. Il faudra alors mettre en place une équipe neutre qui sera chargée de mettre les choses en place et d’organiser les élections. Il faudra mettre en œuvre les principes qui permettront que désormais tous les partis politiques, après t r a n s i t i o n , p u i s s e n t c o n c o u r i r à é g a l i t é des chances, défendre leur programme » .

On rappelle qu’à toute occasion, le gynécologue jouait en sourdine laissant au politicien le soin de déterminer les actions à mener ; aujourd’hui l’homme lui-même puise dans le lexique politique pour consolider sa marche vers le pouvoir. Le voilà qui remet ses ambitions entre les mains du souverain primaire : « Ah… cette question…Je ne suis candidat à rien. Il faudrait que le peuple comprenne mon raisonnement : plus encore que la transition, que les élections elles-mêmes, ce qu’il faut réaliser, c’est le changement de mentalité, pour mettre l’homme au centre des préoccupations… Deux ans, ce sera juste le temps de jeter les bases pour aller vers un changement du système…C’est un rôle qu’on ne peut jouer que si le peuple le décide. Ce n’est pas moi qui dois solliciter, mais si la base me le demande, c’est qu’elle va me soutenir dans la vision qui est la mienne. Et alors je peux être sûr que cette construction va se mettre en place », s’explique-t-il.

On peut se permettre de minimiser cette approche, il n’est pas exclu cependant que la potion charme dans certaines sphères déterminantes dans la marche des nations du monde. Plus que maintes personnalités politiques, Denis Mukwege ouvre presque toutes les portes sur l’échiquier occidental ; au pays aussi maints politiciens se rendent à l’évidence de l’inclure dans les calculs. Cela lui vaudrait un rejet dans les rangs de la majorité, alors que des opposants se rapprochent de la personne. Martin Fayulu, par exemple, ne voyait aucun mal dans la cession de la transition à Mukwege, supposé capable de respecter les règles du jeu pour assurer l’alternance au sommet de l’Etat.

Ce positionnement d u d o c t e u r e s t d e nature à bousculer à nouveau la donne, voire précipiter le dénouement de la crise actuel.

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