Moïse Katumbi à La République :
«Le secteur minier au Katanga doit atteindre en 2011,  1 million de tonnes de cuivre plus que la Gécamines»

En séjour récemment à Lubumbashi où il a accompagné le Vice-Premier ministre chargé des Infrastructures, Emile Bongeli, notre confrère Boniface Lopaka a pu arracher une interview du numéro un katangais au cours de laquelle il aborde la situation générale de la province notamment l’état de l’industrie minière en période de crise, la période après mines, la rétrocession de 40 % du gouvernement central aux provinces, son amour pour le football et Mazembe… Nous la reproduisons dans son intégralité dans les lignes qui suivent :
 

Monsieur le Gouverneur, nous venons de faire un constat : malgré la crise financière, un opérateur économique, Tenke Fungurume Mining (TFM) vient d’installer une des plus grandes usines de production du cuivre métal au Katanga. Quelles leçons faudrait-il en tirer ?
Merci beaucoup. Je crois que vous avez vu vous-même de vos propres yeux. C’est un grand investissement de plus d’un milliard de dollars américains. Je dois d’abord remercier le Président de la République, Joseph Kabila. S’il n’y avait pas des élections démocratiques, il pouvait garder le pouvoir comme les autres présidents africains que nous connaissons qui sont restés très longtemps au pouvoir et freiner aussi les investissements au Katanga parce que le poumon économique de la République démocratique du Congo, c’est le Katanga. Avec un investissement pareil, je dirais que nous sommes un peu tranquilles parce que les gens vont payer les taxes au niveau de la Dgrad. Ils vont s’acquitter d’autres taxes dans le domaine des importations et des exportations. Ce sont des rentrées sûres pour l’Etat. C’est très important pour nous d’avoir plusieurs sociétés comme Tenke Fungurume Mining. Ma décision d’interdire l’exportation des minerais bruts porte ses fruits. Aujourd’hui, vous avez Rwashi Mining qui produit 1 500 tonnes par mois, il y a aussi Boss Mining et plusieurs autres sociétés. Nous voulons atteindre au moins en 2011, 1 million de tonnes de cuivre. Même la Gécamines n’arrivait pas à cette production d’1 million de tonnes de cuivre.
L’année passée, quand nous étions investi comme gouvernemeur provincial, le Katanga exportait 38.000 tonnes seulement de minerais et la plupart de ces exportations se faisaient sans documents. Nous avions démontré qu’il y avait beaucoup de cas de fraude. En 2008, nous avons exporté 980.000 tonnes, presque 1 million de tonnes. Cela s’est passé légalement et ce qui a été payé est allé au Trésor Public. L’investissement de Tenke Fungurume est arrivé au bon moment en période de la crise financière, de la crise économique.
Vous venez là d’évoquer la crise économique. Nous voulons savoir ses incidences étant donné qu’on a appris qu’au Katanga beaucoup d’investisseurs ont fermé et sont rentrés chez eux. Or, le Katanga a principalement comme activité le travail de mines frappé cependant par une grande crise. Comment entendez-vous gérer la crise et susciter l’espoir des populations ?
Oui, c’est vrai, c’était très dur. Vous savez quand la crise financière secouait le monde entier au mois de décembre dernier, tout le monde était perdu. Même nous ici au Katanga, il y a eu des problèmes. Ce n’est pas seulement le Katanga, parce que nous avions contribué à l’assiette nationale avec un pourcentage de 49,5 %. C’est un chiffre important pour toute la République. Alors il fallait trouver des remèdes, quand il y a des situations pareilles. J’étais opérateur économique, il fallait savoir où se situe le problème et comment alléger cette situation là. On a vu qu’il y avait un problème réel. Il y a quelques sociétés chinoises qui sont parties nuitamment et qui veulent revenir. Je leur dit non, vous ne pouvez pas revenir parce que vous êtes partis la nuit. Mais il y a quand même de très bonnes sociétés chinoises. Des grands investisseurs comme Crek et autres qui sont restés avec nous, pendant la crise. Mais ceux qui sont partis illégalement n’ont plus de place ici chez nous. Et nous avons dit comment nous allons résoudre ce problème. J’ai appelé les opérateurs économiques, les opérateurs miniers et je leur ai demandé quel était le problème. Ils ont dit que c’est difficile de travailler avec le cuivre qui est à 3000 usd la tonne, il fallait revoir les taxes. Nous avons constaté que 22 % de ces taxes étaient empochées par des individus. C’était un système qui était ancré avant nous auquel j’ai mis fin. Nous devrions suivre le code minier pour sauver les opérateurs miniers.
Les opérateurs miniers croyaient que c’était de la blague. Et j’ai signé, à cet effet, un arrêté en attendant que le Ministre national des Finances m’accorde l’autorisation de l’appliquer. J’ai dit qu’il y a un code minier et quand les investisseurs viennent, ils doivent s’y conformer. Ainsi nous sommes redescendus provisoirement de 22 % à 1 %. C’est ce qui a redonné confiance à tous les investisseurs qui ont commencé à réinvestir au Katanga. Mais il fallait trouver où était la maladie. Ce n’était pas facile. Je me suis créé beaucoup d’ennemis. Les gens qui ne gagnent plus ce qu’ils avaient disent que c’est le gouverneur qui prend le tout. Oui, je suis tout à fait sincère, je prends le tout pour la population parce qu’en fixant la taxe à 1 % les gens continuent à investir et à donner de l’emploi à la population.
Il est vrai que le Katanga, c’est d’abord les mines. C’est l’histoire, en fait, qui nous renseigne. Mais les mines sont épuisables. Est-ce que vous préparez l’après mines ?
Vous savez la première des choses quand je suis arrivé au gouvernement dans le plan triennal que j’ai présenté à l’Assemblée provinciale, c’était la diversité. Je déteste les mines parce qu’elles nous ont rendu, nous Katangais paresseux. Quand je dis Katangais c’est tous les Congolais qui vivent au Katanga. Les jeunes disent : «  Nous sommes très riches, nous avons nos minerais ». Heureusement la crise est arrivée. C’est une sonnette d’alarme parce que quand on parlait de l’après mines, on ne nous croyait pas. La première des choses que j’ai faite quand nous sommes arrivés au pouvoir, j’ai discuté avec le Président de la République et sur son initiative, il m’a dit, monsieur le Gouverneur, commencez avec l’agriculture. Et la première année après 6 mois, on a pu acheter 220 tracteurs et nous avons d’autres tracteurs qui arrivent. Le Katanga même à l’époque coloniale exportait 50 % des minerais et 50 % des produits agricoles. L’objectif est d’atteindre à peu près 70 % parce que nous importons à peu près 90 % ou 95 % des produits agricoles consommés. Dernièrement, il y a eu une crise avec les perturbations de la pluie. Il y a eu des inondations, on n’ avait plus de maïs, c’était la panique. Le petit sac de 25 kg de maïs est passé à 50 dollars américains. Mais il y avait des gens qui gardaient le maïs et qui faisaient la spéculation certainement pour désservir la population. Heureusement, j’ai demandé à une société de la place de faire venir du maïs et de vendre à perte pour aider la population.
J’ai été écouté, cette société a vendu la farine de maïs à 15 $ et tout le monde s’est conformé. Mais il y a toujours des mauvaises langues qui disent que le gouverneur est allé contre les lois du marché. Je ne pouvais pas laisser la population, les électeurs du Président de la République, mourir de faim.
Nous savons que le Katanga contribue énormément au budget national. Apparemment les violons ne s’accordent pas entre le gouvernement central et les provinces sur la rétrocession de 40 %. Comment gérez-vous cette situation ?
Nous nous référons tous à la Constitution. Les 40 % ne concernent pas seulement le Katanga puisqu’ils sont consignés dans la Constitution. Aujourd’hui nous avons des problèmes. Le Katanga a la même superficie que la France qui a à peu près 60 millions d’habitants. Au Katanga avant que je ne sois élu Gouverneur, nous étions 5 millions de Katangais. Aujourd’hui nous sommes à 10 millions. Mais les infrastructures ne suivent pas. Et à chaque saison de pluies, il faut refaire presque toutes les routes. Le Katanga n’est pas seulement Lubumbashi. Nous avons conçu un programme d’actions sur base des 40 %. Cependant nous avons accepté le budget national qui a été voté à l’Assemblée nationale. Même si ça ne rapporte pas. Malheureusement sur les 17 milliards de francs congolais prévus dans ce budget que l’on devrait recevoir, nous n’avons reçu que 5 milliards. Cette histoire d’argent, je n’en parle plus. Pourtant c’est cet argent qu’on doit investir dans d’autres territoires. Le peu d’argent que nous recevons nous investissons dans la ville de Lubumbashi qui est très grande et la ville de Likasi. Au mois de juin, nous avons décidé de démarrer les travaux des routes à Kolwezi mais sans moyens. Or, initier des travaux à Kolwezi et Kamina, c’est très difficile. Si nous demandons cet argent ce n’est pas pour le gouverneur. Les livres de caisse sont là et nous avons eu plusieurs fois les auditeurs qui sont venus de Kinshasa. Si nous réclamons, cela veut dire que nous allons suivre le mot d’ordre du président de la République. Certes il y a eu la guerre dans certaines provinces et la gestion de la dette publique est réelle.
Moi, c’est tout à fait normal que je tire aussi la couverture de mon côté pour sauver les Katangais. Mais ce que nous demandons est que s’il y a rétrocession même de 10 %, soit de 5 %, 3 % ou 2 %, que cela soit conforme dans toutes les provinces. Parce que si l’on vote un budget à l’Assemblée nationale et que nous ne le respectons pas, c’est un problème. Nous sommes là pour partager avec tout le monde, avec toute la République. Il y a aussi la ville province de Kinshasa avec mon frère Kimbuta, le Bas-Congo avec mon grand frère Mbatshi Batshia, il y a aussi à l’Est à Goma, le gouverneur réclame aussi ses 40 %, même du côté de Bukavu. Aussi, nous ne pouvons pas encourager le mal parce que les autres gouverneurs attendent que les autres travaillent, là ça ne va pas.
Les gens doivent fournir aussi des efforts pour aider la République. Ils disent toujours qu’ils sont des provinces pauvres. Il n’y a pas de provinces pauvres. Vous avez vu le champ du maïs du président de la République hier, est-ce qu’on ne peut pas cultiver le maïs partout en Rd Congo ? A l’époque, on n’importait pas le cacao, le café et le thé au Congo. On était le plus grand producteur dans le temps. Donc, il faut mettre la main à la pâte. Si le Bas-Congo donne autant, le Katanga autant, la province Orientale aussi, c’est comme ça que nous allons épauler le peuple congolais. Ce n’est pas au gouvernement national de faire des efforts dans nos provinces pour les recettes. C’est à nous de travailler pour renforcer l’économie de la nation.
Entre nous, vous n’avez pas perdu le statut de Président de Mazembe ?
Vous savez le sport, c’est un métier très difficile. Il faut aimer le sport. Moi j’adore le football. Si on me demande de quitter le gouvernement, je veux rester dans le football, j’étais bien dans ma peau quand j’étais président d’une équipe de football. J’étais président d’une équipe de football à l’âge de 17 ans. Demandez à votre confrère Kabulo Mwana Kabulo. Quand j’ai eu mon diplôme d’Etat, j’ai formé une petite équipe avec l’ancien gardien Kazadi qui est décédé. J’avais 17 ans. Aujourd’hui j’ai 45 ans. Cela fait 28 ans que je dirige le football. Et depuis que je dirige les équipes de football, partout où j’ai été cela a toujours été une réussite. Peut-être on n’a pas amené une coupe mais, on a fait l’essentiel. J’ai fait monter mon équipe en première division, on a fusionné avec Mazembe. J’ai retrouvé Mazembe qui n’allait plus en Coupe d’Afrique pendant presque 21 ans mais aujourd’hui, il est rentré en Coupe d’Afrique. Mais nous sommes en train de préparer nos écoles de foot. On a compris qu’il fallait commencer par la jeunesse, par les cadets et les juniors. Nous avons une très bonne équipe qui va monter d’ici 3 ans. Des jeunes garçons qui ont commencé à jouer à l’âge de 9 ans.
Ils ont presque 14 et 15 ans. D’ici là, on va parler encore de Mazembe sur le plan international. Nous encadrons presque 2000 jeunes. C’est pourquoi, j’ai perdu même mon nom. Même mon fils de deux ans m’appelle parfois Prezo parce que quand je vais avec lui dans un match ou à la cité, c’est tout le monde qui m’appelle Prezo, Moïse. Il y a donc confusion même de la part de mes proches. J’aime le football. C’est ce qui est important, je peux tout dépenser dans le football. Le football, c’est une drogue pour moi. Quand l’équipe nationale est arrivée ici, j’ai donné ma petite contribution mais le gros a été fait par le chef de l’Etat parce c’est lui le sportif no1. Vous savez quand vous amenez une coupe dans un pays, c’est que vous avez de la chance. C’est pourquoi le président de la République a mis des moyens et ça fait plusieurs fois qu’il met son argent là dedans. C’est pour cela que le Bon Dieu a exaucé la prière des Congolais. Mais nous ne pouvons pas seulement dormir à cause de la Chan mais nous devons gagner la Can et aller à la Coupe du monde. Le problème, c’est celui parfois de nos entraîneurs qui sont têtus. J’ai parlé avec Patrick Neveu et je lui ai dis que les professionnels que vous amenez de l’Europe ne sont pas des véritables professionnels. Il suffit d’organiser une compétition entre les professionnels et les locaux pour s’en apercevoir. Il ne voulait pas. J’ai appelé le président Omari qui était d’accord avec moi d’amener au maximum 3 professionnels pour renforcer notre ossature. Il faudra aussi changer de politique. Les joueurs de l’équipe nationale ne doivent pas toucher leurs primes avant de jouer le match. Ils doivent les recevoir après le match. Parce que vous connaissez les mentalités de nos joueurs, une fois qu’ils ont de l’argent, ils ne vont plus fournir les efforts nécessaires. Vous voulez avoir de l’argent, gagnez et vous avez vos primes. L’Egypte ne pouvait pas nous éliminer si on avait joué avec les locaux à Kinshasa. C’est le passé, nous devons préparer l’avenir, nous avons besoin de tout le monde dans le sport. Le peuple congolais, les dirigeants des clubs surtout nous avons besoin de l’appui du Président de la République et de chercher des entraîneurs qui vont nous amener la Coupe. Muntubile Santos, ce n’est pas un secret, c’est un ancien entraîneur de Mazembe, j’ai demandé au président Omari de lui confier la tâche et il nous a ramené la Coupe. Ça fait 28 ans que je suis dans le domaine du football peut être parfois, avec l’expérience que j’ai, je dépasse d’autres entraîneurs. Quand il y a un plan, je peux aussi discuter.
Boniface Lopaka