Assemblée nationale
Boshab déjoue le piège de l’oppositionet fait voter deux lois urgentes

-Alors que les sénateurs ont adopté sans difficulté les lois sur les frontières maritimes de la Rdc et sur l’amnistie pour faits de guerre au Nord et Sud-Kivu, les députés de l’opposition ont boycotté le vote

Les sénateurs et députés ont voté conjointement hier deux lois urgentes dont l’une pour garantir les frontières maritimes de la Rdc, et l’autre portant amnistie pour faits de guerre et insurrectionnels commis dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu. Si au Sénat, les deux textes sont passés sans assez de difficultés hier même dans les après-midis ; à l’Assemblée nationale, l’opposition a voulu bloquer le processus de votation allant jusqu’à quitter la salle. Mais cela n’a pas empêché la chambre basse du Parlement de siéger valablement et de procéder au vote. Aux résultats proclamés par le président de l’Assemblée nationale, Evariste Boshab, 333 voix se sont prononcées pour la loi portant délimitation des frontières maritimes de la Rdc, contre 2 contre sur les 335 votants ; tandis que la loi portant amnistie pour faits de guerre et insurrectionnels commis dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu a obtenu 298 voix pour, 29 contre et 8 abstentions, sur les 335 votants, soit largement au dessus de la majorité absolue exigée.
Les deux textes de lois issus des commissions mixtes paritaires Assemblée nationale-Sénat sont d’une importance et d’une urgence qui ne méritaient pas le sort que l’opposition parlementaire a voulu leur réserver.
Heureusement, il y a eu des députés et sénateurs qui ont compris l’opportunité de ces lois, alors que l’opposition parlementaire voulait s’accrocher à une demande de généralisation de l’amnistie faisant semblant d’ignorer les bases de ce projet de loi que sont les conférences de paix de Goma et la signature des accords de paix y relatifs. Elle a même refusé expressément de pouvoir jouir de ses prérogatives pour faire une autre proposition de loi portant amnistie pour le reste des provinces selon la spécificité des cas. L’opposition a raté là une énième occasion de démontrer sa hauteur politique en voulant créer de l’opposition juste dans l’intention de vouloir tester la solidité de la majorité parlementaire, et ainsi piéger le nouveau bureau.
Le président Evariste Boshab a réussi à déjouer le piège lui tendu par l’opposition qui a voulu d’abord détacher les deux lois dans la procédure de vote alors que le processus était déjà entamé ; et ce n’est pas la menace de quitter la salle qui l’a ébranlé, étant resté serein jusqu’au bout.
C’est de l’extérieur de la salle que l’opposition, toute honte bue, a appris le vote de ces deux lois, avant de regagner la salle pour un huis clos concernant l’argent, le nerf de la guerre. Affaire qui paraissait mieux les intéresser.
T.L.

Entreprises publiques
Adolphe Muzito fait la pédagogie de sa réforme aux mandataires

Sans cracher sur les remous sociaux enregistrés dans certaines entreprises concernées par la dernière réforme, le Premier ministre s’en tient à la mise en application rapide de la réorganisation du Portefeuille public. Elle-même en tant qu’émanation des quatre lois portant sur la réforme du portefeuille votées à l’Assemblée nationale et au Sénat, et promulguées par le président de la République en juillet 2008.
Adolphe Muzito a ainsi réuni mardi dernier les mandataires concernés afin d’expliciter à leur intention l’esprit de la décision prise et de leur demander d’apprêter dans les meilleurs délais, la situation financière de chaque entreprise afin de permettre le lancement des appels d’offre. Le message concerne aussi les mouvements syndicaux habitués à instrumentaliser les agents à chaque tentative de procéder à la réforme des entreprises publiques. En ordonnant l’évaluation financière globale, le Premier ministre démontre que le processus engagé est irréversible ; chaque partenaire devait simplement s’y inscrire pour ne pas être écrasé. Dont acte.
Il faut honnêtement saluer le courage du Premier ministre à engager un processus sur lequel ont tergiversé la plupart de ses prédécesseurs pour diverses raisons objectives et souterraines. Maints experts et cadres de l’Etat ont toujours assujetti l’ouverture des capitaux des entreprises publiques à la viabilisation préalable de ces dernières. Autrement, soutiennent-ils, la vente des parts de ces entreprises se révèlera être un simple bradage des intérêts de l’Etat. Ce qui n’est pas une fausseté ; seulement l’horizon de cette viabilisation ne cesse de s’éloigner au fil du temps et de changements de gestionnaires. La Société nationale d’électricité (Snel) actuelle n’est pas celle d’il y a une décennie ; la situation est pareille à l’Ocpt, à la Régie des voies aériennes (Rva), etc.
A cause de cette résistance, cette réforme articulée autour du Comité de pilotage de la réforme des entreprises de l’Etat (Copirep) a tangué pendant toute la période de la transition, au point de constituer même un écueil aux relations entre les institutions de Bretton Wood et le pays. Muzito a ainsi refusé de s’embourber dans un effort de redressement des entreprises publiques dont la gestion est truffée de tireurs de ficelles autrement plus forts que lui. Rien ne rassure, en effet, que le Premier ministre était à même de juguler les détournements de fonds, les ponctions, la pratique de la comptabilité double … qui plombent les ailes du Portefeuille public. Il s’est, par conséquent, inscrit sur la voie la plus facile : celle d’agréer des administrateurs totalement épargnés des pressions des autorités véreuses.
Une réussite certes, mais qui se présente plutôt comme un défi, un piège pour le Premier ministre. La pertinence de sa réforme se mesurera par la transparence à imprimer à l’opération, notamment dans le lancement des appels d’offre, la gestion des fonds récoltés, mais aussi l’application des statuts des agents de l’Etat. Sur ce chapitre, la transparence se traduira par la publication des listes des actionnaires dans chaque entreprise et la valeur de l’encaisse par entreprise. Autrement, il exposera sa personnalité à des conjectures justifiées, d’autant que depuis toujours on redoute cette opération par crainte de voir ces entreprises basculées entre des mains qui n’ont pas déboursé un sou au capital. Les écritures de complaisance ont existé dans ce pays et tiré des entreprises publiques vers la chute. Donc prudence justifiée.
Car, pour profiter au pays et à la nation, la réforme doit se réaliser suivant les normes rationnelles. Autrement, le pays risque de connaître une « nationalisation » de nouvelle race qui verrait ces entreprises quitter l’Etat pour des privés égoïstes enclins à la jouissance et donc prêts à les conduire à la ruine. Pourtant la réussite du secteur de la téléphonie cellulaire a délogé de la mémoire du Congolais toute résistance à la privatisation. Mais on n’oublie pas non plus que des partenaires – même étrangers et réputés sérieux – se sont précipités aux portillons des entreprises publiques pour un partenariat sans apporter un seul sou. Au contraire, ils ont entrepris et réussi à saigner les finances de ces entreprises déjà moribondes.
James Momba