Face-à-face Gouvernement-Cndp à Nairobi 

Les délégués de Nkunda désavoués par son rival Ntaganda

- Les pourparlers se sont ouverts hier dans la capitale kenyane au moment où le mouvement rebelle est l’objet d’une guerre des clans qui fait éclater au grand jour les contradictions internes

L’hypothèque qui pesait sur la tenue du troisième round des concertations de Nairobi entre le gouvernement congolais et le Cndp a été levé hier par l’ouverture de la rencontre présidée au siège des Nations Unies par Benjamin Mkapa, émissaire assistant d’Olesegun Obasanjo et ancien président tanzanien. Les deux délégations arrivées dans la capitale kenyane mardi soir sont conduites respectivement par le ministre de la Coopération Internationale et régionale, Raymond Tshibanda et le vice-président du mouvement rebelle, René Abandi. Au cours de la séance d’ouverture, Benjamin Mkapa a lancé un appel pathétique aux deux parties à participer de manière responsable aux négociations et à faire preuve de bonne volonté pour un dialogue ouvert et un compromis historique. Il a, d’autre part, invité le gouvernement et le Cndp à s’accorder sur une « trêve cruciale ». Quant à l’émissaire spécial onusien pour le dossier congolais, Olesegun Obasanjo, il ne pourrait rejoindre les discussions que ce jeudi étant retenu pour la même question ailleurs.

Dans ce cadre précis, l’ancien président tanzanien a relevé le fait qu’il est important de trouver un accord formel sur la cessation des hostilités. Cela, a-t-il souligné, est indispensable en vue de constituer une preuve de l’engagement de chaque partie dans ce processus de paix et permettre, éventuellement, le retour des déplacés en sécurité et le déploiement de l’assistance humanitaire, indispensable pour ces déplacés.

Notons que les deux phases précédentes de ces discussions ont abouti sur l’adoption du règlement d’ordre et la définition des modalités du dialogue et à un accord qui inclut les actes d’engagement signés à Goma. Ce qui, cette fois, devra permettre l’examen des questions de fond après l’acceptation par les deux parties des documents sur le cadre des pourparlers. Profitant de cette occasion, Benjamin Mkapa a entrevu, en marge des pourparlers, la possibilité de la tenue d’un sommet régional des chefs d’Etat sur le conflit de l’Est d’ici la fin mi-janvier sans préciser la date et le lieu de cette rencontre.

On espère dès lors que cette fois la formalisation du cessez-le-feu deviendrait effective en vue du retour d’une paix durable. Il conviendrait, d’autre part, que le mouvement rebelle donne l’impression de se démarquer petit à petit des revendications aux contours flous qui l’ont toujours caractérisé, le gouvernement ayant jusqu’ici fait preuve de large ouverture.

Guerre des clans au Cndp

Les concertations de Nairobi ont cependant démarré au moment où le Cndp se trouve en pleine crise interne. Lundi dernier, le chef d’Etat-major de ce mouvement, Bosco Ntaganda, a publié un communiqué dans lequel il a annoncé la destitution du président du Cndp, Laurent Nkunda pour « mauvais leadership ». Le « putchiste » a été, à son tour, accusé, de « haute trahison » pour avoir tenté de limoger et remplacer le chef rebelle. Cette situation qui devrait être réglée hier a des répercussions sur les pourparlers de Nairobi, car, le camp Ntaganda dit ne pas reconnaitre les délégués du Cndp à Nairobi, étant des plénipotentiaires de Laurent Nkunda. Son porte parole, Désiré Kamanzi, qui intervenait hier soir sur Radio Okapi, a déclaré que Laurent Nkunda qui a envoyé ses délégués à Nairobi, n’en avait pas le droit et que la nouvelle direction du mouvement ne reconnaissait pas cette délégation, même si son équipe reste favorable aux négociations avec Kinshasa. Quoi que la situation ait évolué de cette manière, on croit savoir que plus rien ne sera comme avant au Cndp.

Longtemps occultées, les contradictions internes en son sein ont fini naturellement par éclater au grand jour. Chasser le naturel, dit-on, il revient au galop. Cela est d’autant évident que les observateurs avertis s’y attendaient tôt ou tard à cause de l’intransigeance, de l’inflexibilité de Laurent Nkunda qui, malgré les pressions de la communauté internationale et le dégel dans les rapports entre Kinshasa et Kigali, se refuse avec témérité à lire les signes de temps. Tel qu’il est constitué, le Cndp est une mosaïque d’aventuriers aux intérêts divergents qui n’ont pour point de ralliement que la soif du pouvoir. Il suffit d’examiner le parcours de ces différents cadres pour s’en rendre compte.

On estime toutefois que la guerre des clans enclenchée en son sein ne pourrait constituer un frein au processus de paix à moins bien sûr que le Rwanda, son parrain, continue à jouer un rôle actif dans l’ombre en voulant soit changer d’outsider à la tête de la rébellion du Kivu à cause apparemment des velléités indépendantistes de Nkunda, son poulain, soit modérer ses ardeurs avec la nouvelle dynamique imposée par la communauté internationale. Une autre hypothèse plausible penche sur l’éventualité de l’instrumentalisation du chef rebelle par la direction du Rcd dans le cadre de repositionnement au cas où pourrait intervenir un partage des postes entre le gouvernement et le Cndp.

Ce faisant, la rencontre ouverte mercredi à Nairobi et dont les travaux se déroulent à huis-clos demeure capitale pour le destin de la Rd Congo à condition que le même esprit d’ouverture du gouvernement soit suivi par les nkundistes.

Ndongala Mbizi a Nkadi