Assemblée nationale
Athanase Matenda et Michel Lokola visés

- L’ancien Bureau de la chambre basse n’a pas de mains propres dans cette affaire où les députés continuent à chercher des coupables

La commission d’enquête parlementaire chargée de retracer les fonds payés par le Trésor public en faveur de l’Assemblée nationale et d’investiguer sur les faits de corruption en son sein a rendu, depuis le mardi 5 mai 2009, son rapport qui a finalement été défendu le lendemain, soit le mercredi 6 mai 2009. La séance qui s’est déroulée à huis clos a permis aux élus nationaux de s’exprimer sur cette question brûlante.
En dehors des nombreuses recommandations qui ont été arrêtées, la plénière a autorisé au député Martin Mukonkole d’adresser aux ministres des Finances et du Budget une question orale avec débat par laquelle ils vont devoir s’expliquer devant la représentation nationale sur les nombreuses zones d’ombre qui entourent la liquidation et le décaissement par le Trésor public des sommes de 1 million 550 mille dollars et de 700 mille dollars pendant le mois de mars 2009.
Athanase Matenda et Michel Lokola devront donc très prochainement répondre d’une affaire qui laisse perplexe plus d’une personne et qui met à nu une certaine série de négligences constatées dans le chef de certains dirigeants. Qu’il s’agisse des anciens membres du bureau de l’Assemblée nationale, de leurs collaborateurs ou de certains collaborateurs des ministres des Finances et du Budget, des responsabilités devront être établies.
Les députés nationaux ont exigé cette question orale avec débat à cause des contradictions décelées dans les déclarations des ministres concernés. Pour le ministre du Budget, il ne reconnaît pas avoir liquidé le montant de 700.000 dollars que son collègue des Finances a décaissé au profit de l’Assemblée nationale à titre de frais de fonctionnement. Il se pose donc le problème de savoir comment Athanase Matenda est arrivé à se passer des règles imposées par la chaîne des dépenses qui exige le respect d’une procédure dans laquelle le ministre du Budget est l’un des maillons incontournables.
Le même ministre du Budget devra aussi s’expliquer sur la procédure de bon d’engagement interne qu’il a utilisée pour liquider la somme de 1 million 550 mille dollars qui pose problème. Quant au ministre des Finances, les élus nationaux l’attendent de pied ferme sur la question de la retenue de cette somme libérée par la Banque centrale dans son cabinet. Ils sont d’autant plus inquiets que le ministre lui-même aurait déclaré à la commission que ces fonds libérés en devise américaine, bien que destinés à l’Assemblée nationale, auraient été utilisés à d’autres fins et gardés en francs congolais ; et qu’ils pourront être à tout moment disponibilisés dans la mesure où ils sont fongibles.
Les réponses des ministres ont donné un goût d’inachevé et semblent jeter des suspicions sur leurs démarches alors qu’à l’analyse de ce dossier des suspicions pèseraient plus sur le bureau sortant de l’Assemblée nationale dont le questeur et son conseiller financier auraient joué un rôle néfaste dans la gestion de ces fonds. Comment, en effet, expliquer que la somme de 700.000 mille dollars remis à l’ancien questeur Bahati ait fait plusieurs jours pour parvenir à l’Assemblée nationale, non sans avoir au passage été amputé d’un montant considérable qui serait dû à la différence de change ?
Cela prouve, si besoin en était, qu’il est facile de faire porter aux membres du gouvernement ce chapeau. C’est d’ailleurs à cause de l’imbroglio créé par la gestion de l’ancien questeur des 700.000 dollars, appuyé en cela par son supérieur de l’époque, qui a été à la base des mesures de précaution prises par le gouvernement pour protéger le fonds de 1 million 550 mille dollars. Dès lors, les députés doivent avoir suffisamment de courage pour reconnaître les égarements de leurs collègues qui étaient autrefois au bureau. Et prendre les dispositions nécessaires pour améliorer leur propre gestion en exigeant, conformément à leur règlement intérieur, un rapport financier de la gestion de l’Assemblée nationale pour chaque session.

Lr