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Dossier Snel-Mag Energy : la Cour des comptes entre en
danse
La journée d’hier jeudi 08 janvier 2009 a été chaude au Palais du
peuple avec l’examen et la conclusion du rapport de la
mission d’enquête sur la convention de partenariat entre
l’entreprise publique Snel et la firme internationale
Mag Energy concernant la réhabilitation des quatre
groupes de la centrale Inga II B. Comme lors de
l’audition des personnalités impliquées dans le dossier
par la commission économico-financière, des
préoccupations diverses ont été exprimées à ce sujet et
des positions diverses défendues soit en faveur de la
Snel, soit en faveur de Mag Energy. Dans ses
conclusions, le président de l’Assemblée nationale,
Vital Kamerhe, a proposé et obtenu de la plénière
l’implication de la Cour des Comptes pour une bonne
clarification du dossier et l’établissement des
responsabilités. La pénière a aussi adopté comme autres
recommandations, que Mag Energy continue son partenariat
avec la Snel sur le G23 tout en abandonnant sa stratégie
de chantage sur la Snel, et que la Snel tout comme la
Régideso soient auditées.
Convention Snel-Mag Energy : contrat léonin ?
Tout est parti de la plénière de l’Assemblée nationale du 14 mai
2008, quand le ministre du Portefeuille et son collègue
de l’Energie ainsi que l’Adg et l’Adga de la Snel
étaient appelés à répondre à la question orale du député
Alexis Takizal portant sur la situation de la Snel et de
la Régideso et à la motion d’information du député
Clément Kanku Bukassa Tshibuabua portant sur les
différends graves apparus entre la Snel et MagEnergy. Et
ce, au sujet de la signature de la Convention pour la
réhabilitation des quatre groupes de la centrale Inga
IIb d’une valeur de 110 millions USD. Pour sa meilleure
clarification, la plénière avait levé l’option de
renvoyer ce dossier à la Commission économico-financière
pour son approfondissement, synthèse et résolutions à
travers une mission d’enquête.
Faisant suite à cette recommandation de la plénière de l’Assemblée
nationale, ladite commission avait débuté ses travaux
d’enquête le 16 mai 2008 en pleine session ordinaire de
mars pour présenter ses conclusions à la plénière de
l’Assemblée nationale le dernier jour de la session
extraordinaire.
Tout est parti de la signature du premier protocole d’accord entre
la Snel et Mag Energy le 19 juillet 2004 qui consistait
en la recherche et la mise en place d’un financement
pour les études et les travaux, la réhabilitation des
groupes 1 et 2 de la Centrale d’Inga 2, la construction
de la ligne de transport Inga-Pointe Noire,
l’exploitation et la gestion des ouvrages de la ligne de
transport à construire ainsi que la commercialisation de
l’énergie transportée. Le protocole ne fonctionnera pas,
le gouvernement ayant souhaité créer un consortium en
vue de la réhabilitation de tout le site d’Inga.
C’est finalement le second protocole d’une durée d’un an signé le
14 avril 2005 entre la Snel et Mag Energy qui sera le
bon. Ce protocole avait pour objet de rechercher le
financement par Mag Energy en faveur de la Snel pour
réhabiliter 4 machines d’Inga II. Ce protocole sera
suivi d’un avenant signé le 14 juin 2006. Faute de le
renouveler au 14 avril 2007 et à défaut d’obtenir les
financements recherchés, certains soutiennent que le
protocole du 14 avril 2005 est tombé caduc. Entretemps,
il y aura une autre convention signée le 03 novembre
2005 portant sur la mise à la disposition des fonds de 9
millions de dollars Us visant la fiabilisation du groupe
23 d’Inga (G23). Ce montant sera modifié passant de 9
millions de dollars Us initial successivement à
13.600.357 et 23.600.357 dollars Us.
Outre les deux conventions, Mag Energy a proposé à la Snel un
troisième projet de convention de financement de
réhabilitation des 4 turbines d’Inga II B et la vente
par elle des quantités d’énergie qui lui seront
réservées dès la mise en service de la première machine
réhabilitée. C’est cette convention qui pose problème et
qui a créé une grande cacophonie d’une part, au niveau
du gouvernement entre l’ancien ministre de l’Energie et
son collègue du Portefeuille ; d’autre part, entre les
membres du comité de gestion de la Snel. Et ces
divergences ont aussi touché l’ensemble du gouvernement,
principalement le ministre près le Premier ministre et
l’ancien ministre d’Etat en charge du secteur
économique. Beaucoup d’irrégularités tant sur le plan
forme que sur le plan fond de cette convention ont été
dénoncées tournant autour du manque d’autorisation
préalable du ministre du Portefeuille conformément à
l’article 41 de la loi du 06 janvier 1978 portant
disposition générale applicable aux entreprises
publiques et des contraintes suivies des pressions de
Mag Energy sur la Snel, la multinationale se prévalant
de beaucoup d’avantages exprimés en financement de 1,1
dollars pour gagner 6,5 dollars Us.
Plusieurs personnes impliquées directement dans cette affaire
avaient été entendues, à savoir l’ancien ministre d’Etat
chargé de l’Agriculture et Développement rural, en sa
qualité de président de la Commission gouvernementale
économico-financière ; la ministre du Portefeuille, en
sa qualité d’autorité de tutelle administrative et
financière de la Snel ; le ministre de l’Energie, en sa
qualité d’autorité de tutelle technique de la Snel ; le
président du Conseil d’administration actuel de la Snel
; l’actuel Comité de gestion de la Snel représenté par
son Administrateur Délégué général, et son
Administrateur Délégué général adjoint ; l’ancien
ministre du Portefeuille qui est l’actuel député
Célestin Vunabandi ; l’ancien ministre de l’Energie ;
l’ancien président du Conseil d’administration de la
Snel ; l’ancien Comité de gestion de la Snel représenté
par l’ancien Adg ; le Secrétaire exécutif du Copirep ;
le responsable de la société Mag Energy.
Parmi les interventions de ce jeudi 08 janvier au cours de la
plénière de l’Assemblée nationale, une vingtaine au
total, nous avons retenu celle du député Célestin Tunda
ya Kasende, qui a parlé au nom de son parti, le Pprd, et
dont le fond a servi d’appui à bien d’autres
interventions et aux conclusions de la
plénière.
Lr
Honorable Tunda : «Mag Energy a cherché à extorquer à
travers les pressions morales et des promesses
financières, la signature des responsables de la SNEL»
Honorable président de l’Assemblée nationale,
Honorables Membres du Bureau,
Honorables Députés et chers collègues,
Notre position dans cette affaire, en vue de rechercher toute
l’objectivité, est fondée sur différents textes
juridiques se rapportant au dossier, mais plus
particulièrement sur des accords intervenus entre la
SNEL et Mag Energy, à savoir notamment :
- le protocole du 14 avril 2005 ;
- la convention de financement G 23
conclue en date du 3 novembre 2005 et
- le projet de convention de financement
pour les 4 turbines d’Inga, signée le 14 septembre 2007.
De l’analyse de ce dossier, on peut résumer les faits qui sont
restés constants de la manière suivante :
1.La SNEL et Mag Energy, qui est filiale
de Mag Industrie, ont signé le 14 avril 2005, un
protocole d’accord dont l’objet visait la recherche de
financement par Mag Energy en faveur de la SNEL pour
réhabiliter 4 machines d’Inga II et construire une ligne
haute tension Inga – Pointe-Noire, afin de transférer à
une autre société Mag Metals, également filiale de Mag
Industrie, une puissance de 120 MW pour une usine de
production de magnésium à Pointe-Noire (Congo Brazza).
2. Ce protocole d’accord avait une durée
d’une année. A l’échéance du 14 juin 2006, ce protocole
a été renouvelé une fois. Au 14 avril 2007, à défaut
d’être renouvelé au terme de cette seconde durée et
d’obtenir les financements recherchés, on peut
considérer que ce protocole est devenu nul.
3. A ce stade déjà s’installent des discussions
entre Mag Energy et SNEL.
4. Par la suite, SNEL et Mag Energy ont
également signé le 3 novembre 2005, une convention dite
de fiabilisation du groupe 3 d’Inga (G. 23) pour un
montant de USD 9.000.000, ce groupe G. 23 étant
considéré comme celui de secours.
5. Pour diverses raisons reproduites
dans les rapports ce montant initial a été porté
respectivement de 9.000.000 de dollars américains et
13.600.357 dollars US, 23. 600.357 dollars US et à
environ 30.000.000 dollars US en considérant toutes les
innovations de l’entrepreneur Franco Tosi Meccanica
(exécutant des travaux).
6. Toutes ces modifications font l’objet
d’avenants signés entre parties, mais Mag Energy récuse
l’avenant n° 3 concernant le devis complémentaire de
Franco Tosi, soit 4.615.000 euros. Mag Energy exigeait
pour cela la finalisation du projet de convention
portant sur la réhabilitation de 4 turbines de la
centrale d’Inga II B et à la vente à Mag Energy des
quantités d’énergie qui lui seront exclusivement
réservées dans le cadre de l’exploitation de l’usine de
Pointe-Noire. Donc il faut revenir à une convention
devenue caduque.
- C’est le niveau élevé de divergences
qui alimentent le litige entre la SNEL et Mag Energy. Et
on peut déjà y déceler un véritable harcèlement contre
la SNEL.
7. – C’est aussi à la suite de cette
discussion et eu égard à l’urgence des travaux que la
SNEL va solliciter et obtenir de la part d’une banque
locale, un crédit de USD 6.500.000.
-Les travaux sur le G. 23 pouvaient donc
se poursuivre normalement, mais sur fond de mésentente
entre les parties.
8. Le projet de convention sur lequel
insiste Mag Energy a pour objet l’établissement d’un
partenariat public privé en vue de la réhabilitation des
groupes 25, 26, 27 et 28 d’Inga II et la vente par la
SNEL à Mag Energy des quantités d’énergie qui lui seront
réservées dès la mise en service de la première machine
réhabilitée.
9. Ce projet n’a jamais été signé par
Mag Energy et l’ADF de la SNEL, le PCA y avait formulé
sa réserve, tandis que la Ministre du Portefeuille avait
renvoyé le dossier à la SNEL pour un réexamen à cause
des divergences internes. (Attitude très positive de la
ministre).
10. Considérant toutes ces anomalies, la
SNEL lance le 21 février 2008 dans la presse locale et
internationale l’Avis d’appel à manifestation d’intérêt
pour le financement de la réhabilitation de 2 groupes 27
et 28.
- A partir de cette action de la SNEL
c’est l’intensification de la crise entre les deux
parties car Mag Energy s’oppose à toute possibilité
d’appel d’offres alors que la SNEL s’y accroche et
trouve des arguments pour prouver la régularité de sa
démarche.
Honorable Président,
Honorables Membres du Bureau,
Honorables Députés et chers collègues,
Tels sont les faits présentés de manière à rencontrer la
compréhension de tous. Pour tirer convenablement les
leçons dans ce dossier, il me paraît judicieux de
dégager d’abord les anomalies éventuelles :
1. Mag Energy conditionne la signature
de l’Avenant 3 à la convention de financement G. 23
conclue le 3 novembre 2005, à la finalisation du projet
de convention sur la réhabilitation de 4 turbines. Ce
projet qu’on cherche à imposer est celui qui n’a pas
rencontré l’approbation du PCA, de l’ADG et de l’ADF de
la SNEL, et n’a pas obtenu l’aval de la ministre du
Portefeuille pour des raisons objectives.
Cela signifie que Mag Energy a cherché à extorquer, à travers les
pressions morales et des promesses financières, la
signature des responsables de la SNEL.
2. Dans la traçabilité des
négociations : il y a absence de preuves de garanties
financières de la part de Mag Energy compte tenu du
montant en jeu. Quand bien même l’argent devait provenir
de Mag Energy, elle-même, la garantie de la
disponibilité des fonds n’a jamais été prouvée. Cet
état de choses s’apparente vraisemblablement à de
l’escroquerie car Mag Energy devant se servir de ces
différentes conventions pour faire de la spéculation sur
le marché financier international.
3. Absence d’informations fiables sur
Mag Energy. Elle a sollicité à la SNEL sans prouver la
valeur de son label dans d’autres marchés de la sorte.
Il ne s’agit pas moins d’une situation aggravante de
l’escroquerie car à ce sujet, Mag Energy fait circuler
dans le monde entier, à travers l’Internet, qu’elle a en
RDC, des projets de potasse, magnésium, forestier et
qu’elle est le premier producteur indépendant d’énergie
en RDC.
Voilà Monsieur le Président, une entreprise qui n’a jamais produit
un seul KW chez nous et qui se présente comme le majeur
dans le domaine. Vous pouvez déjà comprendre que ses
menaces d’aller en justice pour imposer ses vues sont
très fragiles.
4. Confusion sur la nature du projet de
convention qui apparaît à la fois comme une convention
de financement, un contrat de partenariat pour la vente
d’énergie électrique et un engagement pour
l’exploitation, la gestion et la maintenance. Du
méli-mélo qui ne crédibilise pas le projet lui-même.
5. La hauteur très élevée du coût
financier du projet de la convention qui entraîne le
remboursement en énergie électrique à Mag Energy pour
une valeur évaluée à 650.000.000 dollars américains
contre le coût de réhabilitation estimée à 110.000.000
$US. Il s’agit d’un cas type de la lésion, inacceptable
en droit, surtout qu’en examinant le service de la dette
pour une durée de 15 ans, on arrive à un taux d’intérêt
de 26,5 % par comparaison à d’autres sources de
financement identifiées par la SNEL et qui ne dépassent
pas 9 %. Au Congo tout le monde croit que c’est une
jungle où il faut venir se servir anarchiquement avec la
complicité de certaines autorités.
6. Le déséquilibre manifeste dans la
répartition des charges et des avantages en faveur de
Mag Energy suivant les stipulations de ce contrat et
l’examen du dossier, les montants du projet peuvent être
perpétuellement augmentés en fonction de plusieurs
événements à charge de la SNEL. Etant donné que ces
montants sont remboursables en énergie électrique, cela
équivaudrait à hypothéquer à quasi perpétuité les 4
groupes de la centrale d’Inga II au détriment de la
communauté nationale.
7. Des dispositions contenues dans le
contrat et qui consacrent l’exclusivité dans la
fourniture de l’énergie électrique au seul profit de Mag
Energy et encore une fois de plus au détriment des
Congolais. C’est politiquement inacceptable surtout pas
par nous.
8. La durée illimitée de la convention,
avec des stipulations peu claires et très rigoureuses en
cas de résiliation.
Honorable Président de l’Assemblée nationale,
Honorables Députés et chers collègues,
Face à ces nombreuses anomalies, l’on comprend aisément que la SNEL
ne pouvait pas poursuivre son partenariat avec Mag
Energy à n’importe quelles conditions et que la ministre
du Portefeuille avait agi en personne avisée et très
prudente pour refuser de cautionner dans la
précipitation ce projet de convention du 14 septembre
2007.
Aussi, sur le plan juridique, plusieurs éléments nous permettent
d’écarter toutes les prétentions de Mag Energy à vouloir
se prévaloir des conventions précitées. Ces éléments
sont en même temps des recommandations :
1. De la caducité du protocole du 14 avril 2005
Ce protocole d’accord avait une durée d’une année renouvelable. Au
14 avril, il n’a pas été renouvelé pour la seconde fois
et son objet a même disparu car les financements n’ont
pas été trouvés. Toutes les imputations de Mag Energy
selon lesquelles ce texte serait encore valable pour
toute reconduction au motif que les parties en
poursuivant leurs négociations auraient manifesté leur
intention de reconduire leur partenariat exclusif dans
le prolongement du protocole d’accord, un tel
raisonnement n’a pas de sens en droit et par conséquent
doit être écarté.
2. Non validité de la convention de partenariat du 14
septembre 2007
Plusieurs éléments le démontrent :
- l’absence de l’autorisation
préalable de l’autorité de tutelle administrative et
financière pour en particulier les marchés de travaux et
de fournitures d’un montant égal ou supérieur à 1
million de Zaïres, et les emprunts à plus d’un an de
terme (article 41 de la loi n° 78/002 du 06 janvier
1978).
- L’ADF qui s’occupe essentiellement
des problèmes financiers au sens de l’article 91 de la
susdite loi n’est pas signataire de cette convention. A
ce niveau, il faut qu’on dise que le refus d’ordre par
certains responsables de la SNEL n’est pas condamnable.
Même point de vue de la Constitution (Article 28). Ils
sont excusables lorsque l’ordre est manifestement
illégal.
A ce niveau, il faut bien que nous puissions comprendre que le
protocole d’accord du 14 avril 2005 diffère
juridiquement de la convention du 14 septembre 2007.
Dans le premier, il était question d’identifier et
réhabiliter 4 groupes d’Inga II et de construire une
ligne haute tension Inga – Pointe-Noire. Dans le second
cas, il était visé la réhabilitation des groupes G 25, G
26, G 27 et G 28. Les objectifs visés par ces deux
textes se diffèrent et aucun élément du projet de 2005
ne peut transmettre une validité juridique au protocole
de 2007 qui consacrait une exclusivité pour la
réhabilitation de ces groupes d’Inga par Mag Energy.
En conclusion,
- les travaux de réhabilitation
partielle du groupe G 23 ne posent pas de problème et
devraient se poursuivre sous financement conjoint de Mag
Energy et de la Snel. Donc pour ce projet, le
partenariat entre les deux entreprises est convenable.
- Les conventions du 14 avril 2005 et
celle du 14 septembre 2007 ne peuvent plus sortir
d’effet en droit pour les motifs ci-haut évoqués,
caducité et irrégularité.
- L’avis de recherche de financement
pour la réhabilitation complète des groupes 7 et 8
d’Inga II B lancé par la Snel le 20 février 2008 ne
viole aucune disposition légale ou contractuelle.
Toutes les démarches de Mag Energy visant à empêcher la Snel de
négocier avec d’autres partenaires à travers un appel
d’offres, ces démarches là sont illégales et devraient
être sanctionnées par les instances judiciaires. |