Confusion au Cndp

Bosco Ntaganda confirme la destitution de Nkunda et tend la main à Kabila

- Entretemps, les délégués de Nkunda à Nairobi continuent à reclamer la présence des parlementaires aux pourparlers de la capitale kenyane.

Bosco Ntaganda, le chef d’état-major général de la rebellion connue sous le nom de Congrès national pour la défense du peuple (Cndp) a confirmé hier la destitution de Laurent Nkunda de la présidence du Cndp. Il s’est dit prêt à collaborer avec les Forces armées de la République démocratique du Congo (Fardc) pour mettre hors d’état de nuire des rebelles rwandais des Fdlr qui opèrent à l’Est de la Rdc.

S’exprimant en swahili au micro de Hortense Tabaku de Digital Congo dans la soirée du 8 janvier, le chef de l’état-major général du Cndp semblait clair dans ses intentions. Il s’est dit prêt à collaborer avec les Fardc dans le programme visant à traquer et à mettre hors d’état de nuire les rebelles hutus rwandais des Fdlr opérant dans les Kivu. Car, cette action permettrait le retour des réfugiés et des déplacés de guerre chez eux.

En outre, cette action concertée souhaitées entre le Cndp, les Fardc et le Pareco  soutient-il, offre un retour à la paix dans cette partie de la Rdc dans ce sens qu’il n’y aurait plus d’affrontement avec le Cndp. Ils seront tous ensemble occupés à combattre l’ennemi commun que sont les Fdlr.

Le général Bosco Ntaganda a par ailleurs exprimé sa volonté de respecter et faire respecter tous les accords signés par le Cndp à ce jour.

Evoquant le cas du général Nkundabatware Mihigo, le chef d’état-major général du Cndp a confirmé la destitution prononcée il y a quelques jours. Il est reproché à Nkundabatware un détournement des fonds du mouvement pour ses fins personnels. En outre, Nkunda a versé dans la dictature en soumettant le fonctionnement de toutes les institutions du Cndp, à savoir le collège général, le Bureau exécutif à sa seule volonté.

Selon le général Bosco Ntaganda, les hauts cadres du Cndp doivent se réunir incessamment pour désigner l’homme qui présidera aux destinées de ce mouvement politico-militaire.

 

Quel interlocuteur pour le gouvernement ?

 

Alors que le chef d’état-major général du Cndp livrait son interview à Kabati (à plus ou moins 35 km de Goma dans le territoire de Masisi), à Nairobi les négociations battaient leur plein. La délégation du Cndp prenant part à ces assises a été désignée par Nkunda.

Mais, le dissident Ntaganda l’a reconnu tout en relevant le caractère unilatéral de la décision prise par le président destitué.

Cependant, le haut-commandement militaire du Cndp qui aurait pris la décision de destituer Nkunda le 5 janvier selon le porte-parole Désiré Kamanji a  désavoué Bosco Ntaganda 24 heures plus tard. Cet organe accusait le chef d’état-major général de «haute trahison» pour avoir tenté de déstabiliser le Cndp par la destitution de Nkunda.

Ainsi, la question vient automatiquement à l’esprit : qui est l’interlocuteur du gouvernement de la Rdc, Nkunda ou Ntaganda ? C’est-à-dire, qui signera les accords résultants de négociations de Nairobi ? Car, dire que c’est Nkunda qui a délégué les négociateurs laisse entrevoir une poche résiduelle des rebelles, des affrontements et d’autres négociations encore. On n’est pas sortie de l’auberge.

Le spectre de Sun City

 

A quelques détails près, la Rdc est sur la voie des négociations de Sun City. Car, hier jeudi, les deux délégations en concertation à Nairobi sous la facilitation de l’ex-président tanzanien Benjamin Mkapa s’exprimaient séparément sur la participation des parlementaires aux concertations. On sent de loin l’odeur de l’inclusivité prônée il y a quelques années pour que les décisions engagent toutes les institutions de la République.

Cette opinion est nourrie par l’annonce du point de chute des travaux de Nairobi : préparer un sommet des Chefs d’Etat concernés par la crise de l’Est de la Rdc. Le président de la Rdc Joseph Kabila a d’ailleurs reçu dans la journée d’hier, l’émissaire de l’Onu, le nigérian Olosegun Obosanjo et l’envoyé du président rwandais, le général James Kabarebe bien connu des Congolais.

L’émissaire onusien devait, toujours hier, rencontrer le président du Rwanda, Paul Kagame à Kigali. Celui-ci accusé d’armer le Cndp par l’Onu s’est toujours plaint des forfaits des Fdlr. Un problème qui n’a pas été résolu par deux rebellions pro-Kigali qu’il a parrainé en dix ans : le Rcd (Rassemblement congolais pour la démocratie) entré dans les institutions de la République après le dialogue intercolongais de Sun City et le Cndp qui est en passe de suivre la même voie.

Et, comme par le passé, le Cndp-Nkunda rentrera par la grande porte dans les institutions des deux Kivu et même nationales tandis que le Cndp-Ntaganda a toutes les chances de rester au dehors. Car, la rébellion des Fdlr que veut combattre l’aile Bosco du Cndp ne sera pas résorbée le temps des pourparlers de Nairobi et du sommet des chefs d’Etat préconisé par Mkapa pour la mi-janvier.

Les leçons enseignées par l’histoire immédiate de la Rdc sont-elles prises en compte par les négociateurs gouvernementaux ? Car, il faut mettre tous les deux Cndp définitivement aux côtés des institutions légitimes et légales de la République une fois pour toutes pour enlever le prétexte Fdlr cher au Rwanda et répondre aux desiderata des Congolais en rébellion.

Mayonde Kolongo