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Accord de paix entre le Gouvernement
et le Congrès national pour la défense du peuple (Cndp)
C’est le 23 mars dernier que le gouvernement et le
Congrès national pour la défense du peuple, le Cndp, ont
signé l’accord de paix. La République, toujours à
l’affût de la bonne information, était à ce rendez-vous
avec ses lecteurs qui avaient eu l’occasion d’obtenir
dès le jour de la signature, l’économie dudit accord.
Aujourd’hui, La République toujours prête à servir la
République, met à la disposition de ses lecteurs, le
précieux document que d’aucuns soutenaient être un
document top secret. Un document qui comprend les
signatures de Raymond Tshibanda pour le compte du
gouvernement ; Désiré Kamanzi pour le Cndp, Olusegun
Obasanjo et Benjamin William Mkapa comme témoins.
Préambule
Nous, Gouvernement de la République Démocratique du
Congo et Congrès National pour la Défense du peuple (CNDP),
Parties au présent Accord,
Réunis en plusieurs sessions à Nairobi (Kenya) et
Goma (RDC) sous les auspices de la co-Facilitation de
l’Envoyé Spécial du Secrétaire Général de l’Organisation
des Nations unies pour les Grands Lacs, S.E.M. Olusegun
Obasanjo et du co- Facilitateur de l’Union Africaine et
de la Conférence Internationale sur la Région des Grands
Lacs, S.E.M. Benjamin William Mkapa;
Soucieux de contribuer à une paix durable en
République Démocratique du Congo et à une réconciliation
sincère entre filles et fils de ce grand pays ;
Convaincus de la nécessité de parvenir à une
résolution rapide et durable de la crise qui, des années
durant, a prévalu dans l’Est de la République
Démocratique du Congo en général, et dans le Nord et Ie
Sud-Kivu en particulier, créant des conditions propices
à des violations massives des droits humains ainsi
qu’une crise humanitaire sans précédent auxquels il
importe de mettre rapidement fin;
Conscients du fait que le Dialogue constitue le mode
par excellence de règlement des conflits ;
Réaffirmant le caractère intangible et
inaliénable des principes fondamentaux de la
Constitution de la République, particulièrement ceux
relatifs :
a) à la souveraineté nationale;
b) à l’intégrité territoriale ;
c) à l’inviolabilité des frontières nationales,
conformément au tracé en vigueur au 30 juin 1960 ;
d) aux droits humains, libertés fondamentales et devoirs
du citoyen et de l’Etat;
e) au caractère républicain et apolitique des Forces
Armées et de la Police Nationale;
Considérant les Accords et cadres de référence
suivants :
a) Le Pacte sur la Sécurité, la Stabilité et le
Développement dans la région des Grands Lacs signé le 15
décembre 2006 à Nairobi;
b) Le communiqué conjoint de Nairobi du 9 novembre 2007
;
c) Les Actes d’engagement signés à Goma le 23 janvier
2008 à l’issue de la Conférence sur la Paix, la
Stabilité et le Développement dans les provinces du
Nord-Kivu et Sud-Kivu, ainsi que les résolutions de
ladite conférence ;
d) Les résolutions pertinentes du Conseil de Sécurité,
notamment les résolutions 1843, 1856 et 1857 relatives à
la situation sécuritaire au Nord Kivu, au renforcement
de la M0NUC et à son nouveau mandat ;
e) Le communiqué conjoint du Sommet des chefs d’Etat et
de Gouvernement de la Région des Grands lacs tenu à
Nairobi le 7 novembre 2008;
Considérant la nécessité du strict respect des
normes et principes fondamentaux du droit international
humanitaire;
Considérant les récentes déclarations militaires
et politiques du CNDP en dates du 16 janvier et du 4
février 2009, à Goma ;
Sans préjudice d’autres Accords susceptibles de
contribuer à ramener et consolider la paix et la
stabilité dans les provinces du Nord Kivu et du Sud
Kivu, ainsi que dans la Région des Grands Lacs;
Convenons solennellement de ce qui suit :
Article 1 : De la transformation du CNDP
1.1. Le CNDP confirme le caractère irréversible de sa
décision de mettre fin à son existence comme mouvement
politico-militaire. Il s’engage :
a) à intégrer ses éléments de police et ses unités
armées respectivement dans la Police Nationale
Congolaise et les Forces Armées de la République
Démocratiques du Congo ;
b) à se muer en parti politique et à remplir les
formalités légalement requises à mettre fin;
c) à poursuivre dorénavant la quête de solutions à ses
préoccupations par des voies strictement politiques et
dans le respect de l’ordre institutionnel et des lois de
la République.
1.2. Le Gouvernement s’engage à traiter avec célérité la
demande d’agrément du CNDP comme parti politique.
1.3. Par ailleurs, les parties acceptent le principe de
participation du CNDP dans la vie politique de la RDC.
Les modalités en seront fixées d’un commun accord.
Article 2 : Des prisonniers politiques
2.2. Le CNDP s’engage à produire, dans les plus brefs
délais, la liste réactualisée de ses membres prisonniers
politiques.
2.3. Conformément aux Actes d’engagement de Goma, le
Gouvernement s’engage à procéder à la libération de ces
prisonniers. Le Gouvernement s’engage également à
assurer leur rapatriement dans leurs lieux d’habitation.
Article 3 : De l’amnistie
3.1. En vue de faciliter la réconciliation nationale, le
Gouvernement s’engage à promulguer une loi d’amnistie
couvrant la période allant de juin 2003 à la date de sa
promulgation, et ce conformément au droit international.
3.2. Les parties conviennent de l’observance stricte de
l’indépendance du pouvoir judiciaire telle que consacrée
par ta Constitution.
3.3. Le CNDP ayant exprimé des préoccupations quant à
certaines dispositions du projet de loi tel que déjà
adopté par l’Assemblée Nationale, dont la qualification
à son avis restrictive des faits amnistiés, il a été
convenu que ces préoccupations soient transmises par le
Gouvernement au parlement pour examen.
Article 4 : Du mécanisme national de réconciliation
4.1. Les parties s’engagent à entretenir une dynamique
de réconciliation, de pacification des coeurs et des
esprits, ainsi que de bonne cohabitation
intercommunautaire en tant qu’exigence primordiale de
bonne gouvernance;
Dans cette optique :
a) Les parties conviennent de la création d’un mécanisme
national chargé de définir et de conduire la politique
de réconciliation entre Congolaises et Congolais, et de
lutter contre la xénophobie.
b) Le Gouvernement s’engage à créer une structure
ministérielle responsable à la fois de la sécurité
intérieure, des affaires locales et de la
réconciliation. A défaut de créer un Ministère
spécifique, toutes les matières susmentionnées devront
faire l’objet d’une prise en compte claire dans la
définition des attributions d’un même Ministère.
Article 5 : De la résolution des conflits locaux
5.1. Le Gouvernement s’engage à mettre en place des
Comités locaux permanents de conciliation, relevant de
l’autorité civile locale et composés notamment de sages
locaux, hommes et femmes, pour pallier la carence en
matière de prévention et de résolution extra judiciaire
de conflits.
5.2. Les parties conviennent du principe de la création
d’une « police de proximité » entendue comme branche de
la Police Nationale Congolaise, à l’écoute du peuple à
la base et au service de celui-ci,
5.3. Les éléments de la police de proximité seront
recrutés et formés au niveau national. Le programme de
leur formation sera structuré de manière à les doter
d’une connaissance profonde des réalités sociologiques
des régions où ils seront déployés. Sans être constituée
sur une base ethnique ou communautaire, la police de
proximité veillera, dans le déploiement de ses unités
sur le terrain, à ce que la composition de celles-ci
reflète la diversité sociale locale.
5.4. Les deux parties conviennent que la contribution du
CNDP sur les sujets ci-dessus est à verser à la partie
gouvernementale.
5.5. En attendant la mise en place de la police de
proximité, et afin d’assurer la sécurité des réfugiés et
personnes déplacées rentrant dans leurs milieux, les
parties conviennent de la mise en place, par le
Gouvernement, d’une unité de police spéciale issue du
processus d’intégration des éléments de la police du
CNDP au sein de la Police Nationale Congolaise. Cette
unité sera formée et équipée conformément aux exigences
de maintien de l’ordre au niveau local.
Article 6 : Du retour des réfugiés et des déplacés
internes
6.1. Les deux parties conviennent que vivre en paix dans
son pays et jouir pleinement de sa citoyenneté sont des
droits inaliénables de tout Congolais. De ce fait, le
retour rapide des personnes déplacées et des réfugiés
congolais encore présents dans les pays voisins vers
leurs milieux d’origine est une nécessité.
6.2, En conséquence, le Gouvernement s’engage à relancer
dans les plus brefs délais, les Commissions tripartites
relatives aux réfugiés congolais se trouvant dans les
pays voisins et à initier des actions de réhabilitation
nécessaires à leur réinsertion. Les parties s’accordent
également à inciter et à faciliter le retour des
déplacés internes.
6.3. Les modalités pratiques relatives à ces opérations
feront l’objet d’une élaboration de mécanismes
particuliers, notamment :
a) Identification
b) Etude de localisation
c) Viabilisation des zones de retour (sécurité,
infrastructures, eau...)
d) Réinsertion sociale,
6.4. Un calendrier contraignant sera élaboré pour une
prompte mise en œuvre de cette disposition.
Article 7 : Des zones sinistrées
7.1. Du fait des guerres, récurrentes, qui ont entraîné
la destruction des infrastructures de base, des
habitations, des champs, des plantations et du bétail,
ainsi que l’impraticabilité des routes, les parties
recommandent que soient, déclarées « zones sinistrées»
les Provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
7.2. Le Gouvernement s’engage à mettre en oeuvre des
projets intégrateurs et des projets, de développement à
haute intensité de main-d’oeuvre, de manière à absorber
la main-d’oeuvre que rendront disponibles la
démobilisation, le retour des déplacés internes et celui
des réfugiés, en commençant par les territoires les plus
affectés.
Article 8 : De l’Administration du Territoire
8.1. Les parties conviennent que le rapprochement de
l’administration des administrés est une exigence de
bonne gouvernance.
8.2. Se fondant sur la nécessité d’une meilleure prise
en compte possible des réalités sociologiques du pays,
le CNDP a proposé un modèle de découpage du territoire
national.
8.3. Il a été convenu d’enregistrer la contribution du
CNDP sur ce sujet comme un élément de réflexion pour
l’amélioration constante de l’efficacité de
l’Administration du Territoire.
Article 9 : De l’Administration Publique
9.1. Les parties s’accordent sur le fait que
l’administration devrait répondre aux besoins de
proximité que ressentent souvent les populations
locales.
9.2. Dans ce cadre, le CNDP a proposé que
l’Administration publique soit prise en charge par des
Agences Nationales techniquement et financièrement
autonomes, quoique sous tutelle des Ministères.
9.3. Il a été convenu de verser cette contribution du
CNDP à la partie gouvernementale pour enrichir les
réflexions liées à la réforme de l’Administration
publique en République Démocratique du Congo.
Article 10 : De la réforme de l’Armée et des Services de
Sécurité
10.1. Les deux parties ont convenu qu’une réforme
profonde de l’Armée et des Services de Sécurité de la
RDC constitue une priorité.
10.2. Le CNDP a proposé des orientations stratégiques
pour une telle réforme.
10.3. Le Gouvernement, qui est conscient de cette
nécessité et y travaille déjà s’engage à inscrire la
réforme de l’Armée et des Services de Sécurité en
première ligne des activités à réaliser dans les
meilleurs délais.
Article 11 : Du mode de scrutin
11.1. Les parties conviennent de la nécessité d’une
évaluation urgente, suivie d’une révision si nécessaire
de la loi électorale, afin de permettre, une
représentativité la plus large possible, sans pour
autant nuire à l’efficacité des institutions à tous les
niveaux, et de renforcer les sanctions à l’endroit de
ceux qui, pendant la campagne électorale, tiennent des
discours sectaires ou haineux.
11.2. Une proposition en ce sens est versée par le CNDP
à la partie gouvernementale pour transmission à la
Commission électorale nationale indépendante.
Article 12 : Des questions spécifiques
12.1. Le Gouvernement s’engage à apporter une solution
politique au problème de la réinsertion professionnelle
des cadres administratifs ayant adhéré au CNDP, sans
préjudice, pour autant, des textes légaux, en vigueur.
12.2. Les parties conviennent que la solution au
problème de la réhabilitation des députés provinciaux
invalidés pourrait être trouvée dans le cadre plus large
de la participation du CNDP à la vie politique
nationale.
12.3. Pour le dossier des chefs coutumiers non cooptés à
l’Assemblée provinciale du Nord Kivu, il a été noté que
celui-ci est déjà ouvert par un arrêt de la Cour Suprême
de Justice.
Les parties conviennent de formuler une recommandation à
la Commission électorale nationale indépendante pour
exécution rapide dudit arrêt,
12.4. Les deux parties conviennent du rétablissement de
l’autorité de I’Etat dans les territoires de Masisi, de
Rutshuru et de Nyiragongo. Le principe convenu est donc
celui de la réhabilitation dans leurs fonctions des
Administrateurs de Territoire et des Administrateurs de
Territoire Assistants nommés par l’Etat. Quant au reste
du personnel, il reste en place jusqu’à nouvel ordre.
Les parties conviennent par ailleurs que dans la mise en
oeuvre de ces dispositions, soit privilégiée la
nécessité de promouvoir la concorde et la paix sociale.
A cet effet, des sanctions seront prises à l’endroit de
ceux qui enfreindraient ces dispositions. Les
ex-Administrateurs de Territoire du CNDP seront affectés
à d’autres responsabilités dans le cadre plus large de
la participation du CNDP à la vie politique nationale.
12.5. Sans préjudice du droit et de l’équité, tous les
biens spoliés doivent être remis à leurs propriétaires,
personnes physiques ou morales. Outre les mécanismes
traditionnels de résolution de ce genre de contentieux,
les parties conviennent de la mise sur pied rapide de
comités locaux permanents de conciliation.
12.6. En vue d’une compétitivité accrue de l’économie
nationale, les parties conviennent de la nécessité
d’accélérer le processus de libéralisation des
entreprises publiques en RDC.
12.7. Le Gouvernement s’engage à prendre en charge les
blessés de guerre, orphelins et veuves des ex-éléments
CNDP dont la liste sera produite par le CNDP.
12.8. Les parties conviennent de la reconnaissance
formelle des grades des ex-éléments CNDP aussi bien dans
la Police Nationale Congolaise que dans les FARDC. Cette
question sera administrativement réglée de manière
globale dans le cadre des OG et les actes réglementaires
y afférant seront pris. Les efforts pour une logistique
efficace au profit des unités sur le terrain seront
renforcés.
Article 13 : Des réformes économiques
Les parties conviennent de la nécessité de mécanismes
fiables et efficaces de bonne gouvernance à tous les
niveaux et dans tous les domaines, y compris celui de la
certification, de l’exploitation, de l’évaluation et du
contrôle des ressources naturelles.
Article 14 : Du Comité de suivi
Un Comité national paritaire de suivi Gouvernement-CNDP
sera institué par un texte règlementaire. Il sera chargé
de veiller à la mise en oeuvre de cet Accord.
Son mandat est de trois mois, avec possibilité de
renouvellement.
Article 15 : Du Comité International de suivi
15.1. L’organisation des Nations unies, l’union
Africaine et la conférence Internationale sur la Région
des Grands Lac sont les témoins internationaux de cet
Accord et assureront le suivi de sa mise en oeuvre
effective par les parties,
Ces institutions, par le truchement des deux
Co-Facilitateurs, constituent le Comité international de
suivi de l’Accord.
15.2. Le Comité international de suivi effectuera des
évaluations périodiques afin de mesurer les progrès
réalisés dans la mise en oeuvre de l’Accord, Il pourra
également assister le Gouvernement dans la mobilisation
de l’appui régional et international à la mise en oeuvre
dudit Accord,
15.3. Le mandat du Comité international de suivi est de
trois mois, avec possibilité de renouvellement.
Article 16 : De l’entrée en vigueurx
Le présent accord entre en vigueur à la date de sa
signature.
Fait à Goma, le 23 mars 2009
Pour le Congrès National
Pour le Gouvernement de la
pour la Défense du Peuple
République Démocratique du Congo
Dr Désiré Kamanzi
S.E.M Raymond Tshibanda
Président
Ministre de la Coopération
Internationale et Régionale
Comme Témoins
S.E.M OLUSEGUN OBASANJO
S.E.M BENJAMIN WILLIAM MKAPA
Co-Facilitateur
Co-Facilitateur
Envoyé Spécial du Secrétaire Général
pour l'Union Africaine
des Nations Unies pour la Région
et la Conférence Internationale
des Grands Lacs
sur la Région des Grands Lacs

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