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Apres le dossier Snel-Mag Energy
La Cour des comptes saisie de l’affaire passeports
biométriques

Plusieurs
fois reporté, l’exa-men du rapport de la commission
économique et financière relatif à la passation des
marchés des passeports biométriques et thermocollants a
été finalement débattu le vendredi 09 janvier 2009 à la
chambre basse du Parlement. Après le débat houleux du
rapport de la même commission relatif au contrat
Snel-Mag Energy, les députés se sont penchés, sans trop
de passions, à l’examen de ce dossier considéré comme
l’une des questions chaudes de cette législature.
Les députés nationaux ont fait part de leurs inquiétudes sur les
nombreuses zones d’ombres qui entourent ce dossier. Pour
la commission économique et financière, le Gouvernement
doit poursuivre son contrat signé avec la firme
française Charles Oberthur pour la fourniture à la Rdc
des passeports biométriques. Cette firme a déjà touché
du gouvernement, la bagatelle somme de 8 millions
d’euros, représentant près de 70% de la valeur du
montant exigé par le fabricant français. Pour la
commission, cette mesure est motivée par le souci de
faire épargner au pays près de 16 millions de dollars et
de lui éviter une cascade des procès suite aux
nombreuses actions judiciaires que pourraient lui
intenter les nombreux intervenants lésés dans ce dossier
dont la firme espagnole RSI-Holding Indra Sistemas s.a..
Cette firme détient un droit à exécuter ce marché suite
à la décision du conseil des adjudications du
gouvernement de lui accorder ce marché après un appel
d’offre international. Si la firme espagnole décide de
saisir la justice, le gouvernement se trouverait avec
deux actions judiciaires au cas où l’Assemblée nationale
décidait de retirer le marché à la firme française.
Etant donné que le gouvernement a déjà commandé les
passeports à cette firme, la prudence serait de
continuer à exécuter ce contrat.
Cette position n’a pas totalement reçu l’assentiment des députés
qui n’ont pas apprécié les manœuvres qui ont prévalu à
l’attribution de ce marché à la firme française.
Celle-ci ne disposerait pas, selon certains députés, du
logiciel Imago susceptible de lui permettre de fabriquer
les passeports biométriques. En outre, cette firme a
obtenu ce marché à l’issue des manœuvres du secrétaire
général du Budget, président du Conseil des
adjudications, qui est passé outre la décision de ce
Conseil et a, de son seul chef, décidé de confier ce
marché à la firme française. Cela cacherait des mobiles
peu louables. Une autre motivation qui n’a pas emporté
l’assentiment des députés, reste la manière dont l’Hôtel
de monnaie a été débarqué. Alors que sa facture ne
représente que 3 millions de dollars, contrairement au
plus de 8 millions d’euros de la firme française,
l’Hôtel de monnaie a été éconduit comme un mal propre
dans ce dossier alors qu’il est l’imprimeur officiel de
l’Etat congolais. En effet, intervenant dans ce dossier
conformément aux textes qui le crée, l’Hôtel de monnaie
s’est estimé en droit d’imprimer les passeports
biométriques pour le compte de l’Etat et a estimé
n’avoir aucune obligation de soumissionner à un appel
d’offre dès lors qu’il s’agit de remplir un devoir
rentrant dans le cadre de ses missions. L’Hôtel de
monnaie, estimant disposer de l’expertise nécessaire, a
imprimé à titre expérimental 70 passeports qu’il a
livrés au ministère des Affaires étrangères avec les
kits d’identification que le ministère n’a pas voulu
réceptionner et qui a été à la base du rejet de ces
passeports par les chancelleries occidentales.
Pour couper court à cette querelle, certains députés ont estimé que
le marché devait revenir à l’Hôtel de monnaie qui
dispose de la qualification voulue pour ce travail. La
société François Charles Oberthur n’est pas de bonne foi
dans l’exécution de ce contrat dans la mesure où elle ne
veut pas livrer la première série des passeports alors
qu’elle a déjà reçu 70% du montant exigé ; cela traduit
la légèreté avec laquelle ce contrat a été conclu. Tout
porte à croire qu’il existerait des nombreuses
complicités dans la conclusion de ce contrat qui
ressemble fort bien à un contrat léonin d’autant plus
que les conditions posées par Fco sont très
contraignantes pour le Gouvernement.
En conclusion, une voie de sortie a été trouvée qui ne contente pas
tout le monde, puisque des nombreux compatriotes
continuent à souffrir du manque de passeports et cela
freine leurs activités, mais qui a tout de même
l’avantage d’établir toute la lumière sur cette affaire.
D’après les élus, le ministère des Affaires étrangères
doit accepter de réceptionner les 2 Kits de
personnalisation de l’Hôtel de monnaie.
Selon l’Assemblée nationale toujours, il faut mettre sur pied un
petit comité technique chargé d’aller à l’Hôtel de
monnaie pour assister à une démonstration en présence du
Premier ministre, des membres de l’Ecofin et du
ministère des Affaires étrangères pour se convaincre de
la capacité de l’Hôtel de monnaie à produire ce type de
passeports. La chambre basse du Parlement congolais a
par ailleurs confié ce dossier à la Cour des comptes
pour que celle-ci vérifie les modalités de passation des
marchés, les allégations du comité des adjudications où
le marché avait été confié à la firme espagnole, les
termes exacts du contrat conclu avec Fco et y déceler
les défaillances décriées et le paiement versé au
bénéficie de la firme française. La plénière a confié à
la Cour des comptes la mission d’établir les
responsabilités à l’issue de ce travail.
L’objectif poursuivi en prenant cette décision est de pouvoir
punir toutes les personnes impliquées dans ce dossier.
L’Assemblée nationale, à l’image de la mise à la
disposition de la justice des douze députés cités dans
l’affaire de la Dgi, semble être déterminée à corriger
les mœurs politiques et les habitudes de gestion qui ont
élu domicile dans notre pays. Cette démarche, si elle se
confirme, ne doit pas être un feu de paille ou un simple
phénomène des modes pour devenir véritablement un mode
de gestion de l’Etat. L’affaire des passeports
biométriques montre à suffisance que les contrats
impliquant l’Etat congolais sont souvent mal négociés et
préjudicient l’Etat au lieu de le servir.
Des nombreux Congolais souffrent aujourd’hui de l’inconséquence des
décisions prises dans ce dossier et se retrouvent sans
passeports, dans l’impossibilité de voyager et de vaquer
à leurs activités et se trouvant ainsi prisonnier malgré
eux.
Charles Mukonkole
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