De 650 à 850 Fc et de 850 à 550 ou 600 Fc

Le dollar en folie : les péchés du Gouvernement

- Muzito et son équipe ont assez attendu avant de décider, et les prix sur le marché ne suivent pas encore la baisse du dollar;

- La réforme de la Banque centrale du Congo constitue, à long terme, une solution durable en vue de la stabilité

La surchauffe du dollar américain par rapport au franc congolais a bousculé la donne économique jeudi et vendredi de la semaine dernière. S’il est vrai qu’au premier jour, la montée a été spectaculaire; au deuxième jour, la devise américaine a atteint la crête de 800 à 850 Fc pour 1 dollar Us. Un taux d’inflation qui rappellerait celui des années 90’ de triste mémoire. La pression a été telle qu’à partir de samedi la chute était, elle aussi, vertigineuse. A Le Château (Place Hugo Tanzambi) et dans les places fortes de la capitale, le dollar américain était échangé à 750 Fc et ailleurs à 700 Fc avant de retomber entre 550 à 600 Fc. Depuis lors, les Kinois retiennent leur souffle. Tant les conséquences négatives sur les prix des produits de première nécessité ne se sont pas faits attendre, les étiquettes des prix flambent jusqu’à ce jour, d’une manière qui ne pourrait laisser indifférents les consommateurs. Bien que l’on assiste à une relative accalmie, le feu couve encore sous les cendres.

Les effets de cette secousse apparemment inattendue se font encore sentir et risquent de perdurer tant la fièvre spéculative ne connaît pas de répit. Au marché parallèle, le dollar américain se vend à 700 Fc tandis que pour l’achat on débourse entre 550 et 600 Fc. Les spéculateurs profitent de l’occasion pour s’adonner à cœur joie à leur jeu habituel. Comme d’habitude, certains ont en peu de temps raflé la mise, d’autres par contre, ont été désagréablement surpris par les dernières fluctuations monétaires.

De toutes parts, les critiques fusent et on s’interroge sur l’apparition de ce phénomène à l’effet dévastateur alors que si l’autorité monétaire avait joué à l’anticipation en dépit de la conjoncture difficile, on n’allait pas en arriver là. Dans le monde troublé de la finance, les précautions constituent des enjeux vitaux à ne point négliger.

 

Les principaux goulots d’étranglement

Pour le gouverneur de la Banque centrale du Congo, Jean-Claude Masangu, cinq raisons majeures justifient la crise monétaire de ces derniers jours. Il s’agit de la baisse sensible du coût des matières premières (cuivre, diamant, bois…), de la guerre à l’Est du pays, des effets de la crise financière internationale, du paiement de la dette extérieure (Banque mondiale, Fmi), des besoins accrus en devises étrangères des importateurs locaux après les fêtes de fin de l’année.

Peut-on dire, aujourd’hui, que toutes ces raisons ont été balayées d’un trait en vue d’influer sur la baisse du dollar américain par rapport au Franc congolais ? Ni les prix à la baisse des matières précieuses n’ont été majorés encore moins les armes ne se sont tues dans la partie orientale ou l’affolement de la crise financière mondiale n’a été maîtrisé. Visiblement, le problème réside ailleurs.

La dollarisation de l’économie congolaise qui s’accompagne de celui du système de change quelle que soit la raison évoquée de monnaie de référence porte préjudice constamment au Franc congolais qui souvent en subit les contrecoups à la moindre grippe ou opération spéculative. Les exemples du Pérou ou du Brésil qui ont connu des situations identiques sont édifiants. Ces pays ont su grâce à l’intelligence de leur politique financière et à la volonté politique de leurs dirigeants sortir du cercle vicieux de l’étranglement. Et, aujourd’hui, les effets dévastateurs de la dollarisation de leur économie ont été liquidés. Ce qui est valable pour le Pérou et le Brésil l’est aussi pour la Rd Congo à quelques nuances près.

Selon un expert monétaire, l’épongement de la réserve de change à la Banque centrale du Congo et le recours à la planche à billets sont, entre autres, des facteurs ayant contribué à la résurgence de ce phénomène qui, au regard de la même politique monétaire, constitue une menace permanente. Pour lui, le mauvais état des finances publiques est explicatif de la détérioration de la situation monétaire. Une autre cause est la contrepartie de plus en plus faible des recettes de l’Etat avec un taux bas de mobilisation. La non maîtrise simultanée des recettes et des dépenses aggrave la situation monétaire du pays. Cela a pour conséquence de détruire le système productif du pays, de créer la surenchère et la flambée de tous les prix, d’aggraver la situation sociale de la population, de pousser les consommateurs à ranger aux oubliettes la monnaie nationale au profit du roi dollar Us et de compter, vendre et épargner en des unités monétaires plus stables.

 

Faut-il réformer la Banque centrale du Congo ?

Quoi qu’on en dise, le constat est formel : malgré la dépréciation du dollar américain face au Franc congolais, les prix des produits de première nécessité restent indexés à l’ancien taux. Leur structuration demeure vitale étant donné la gravité de la situation. On reconnaît toutefois que deux motifs expliquent l’appréciation de la monnaie nationale : l’intervention de la Banque centrale du Congo sur le marché en devises notamment dans le dérèglement des mécanismes spéculatifs avec effets d’anticipation. Pourvu que ça dure car les spéculateurs qui se comptent parmi les gros importateurs n’ont pas encore dit leur dernier mot !

Les experts sont unanimes à reconnaître que seule la réforme de la Banque centrale du Congo pourrait parvenir à colmater les brèches à long terme, la navigation à vue ne serait que du cosmétique appliqué là où il y a nécessité d’une thérapeutique de choc. L’Assemblée nationale doit saisir cette opportunité.

Ndongala Mbizi a Nkadi