Aujourd’hui à l’Assemblée nationale

Philippe Futa et Jeanine Mabunda attendus de pieds fermes

Le décor était planté, hier jeudi 11 juin 2009, à l’Assemblée nationale pour entamer le débat relatif aux nombreuses initiatives de contrôles parlementaires lancées par les élus du peuple à l’endroit d’une dizaine des membres du gouvernement. En effet, après la présentation, le mercredi 10 juin 2009, par les députés concernés, de leurs questions -d’actualités et orales- posées aux membres du gouvernement, la plénière avait auditionné les réponses de ces derniers avant de voir le bureau reporté à jeudi 11 juin 2009, le débat qui aurait dû impérativement s’ouvrir après les réponses des ministres.

Pour des raisons de reconstitution physique, Evariste Boshab avait suggéré à la plénière le report de la séance du mercredi 10 au jeudi 11 courant. Mais contre toute attente, la plénière prévue à cet effet à 13 heures, a été reporté au vendredi 12 juin 2009 alors que les élus était déjà en nombre dans l’hémicycle pour en découdre avec les membres du gouvernement, chacun dans son domaine précis.

Si les supputations vont bon train quand aux raisons de ce report tardif de la plénière, certains n’ont pas manqué d’affirmer que leurs déterminations restent intacts pour ‘’descendre’’ les membres du gouvernement. Au hit parade des ministres les plus attendus figures en bonne place André Philippe Futa, ministre de l’Economie nationale et du Commerce extérieur ainsi que Jeanine Mabunda Lioko, l’inamovible ministre du Portefeuille  de la troisième République.

Les raisons qui sont à la base de l’engouement des élus pour ces deux ministres sont diverses. Le ministre de l’Economie nationale fera l’objet des attaques virulents des députés nationaux qui n’ont pas tolérés son attitude ‘’irrespectueux’’ à l’endroit de l’un de leurs collègues, auteur de la question orale qui lui était destinée ensemble avec ses collègues de l’Industrie et des Finances. En effet, se laissant emporté par un paragraphe inséré dans la question, Philippe Futa a répondu à Tunda ya Kasende, auteur de la question, qu’il était aussi nationaliste et compétent que le député qui aurait mis en doute son nationalisme et sa compétence. Cela était plus que suffisant pour emporter la colère de l’hémicycle qui garde encore dans sa mémoire, le malheureux épisode Thambwe Mwamba. Ce petit égarement du ministre risque fort bien d’éclipser les questions pertinentes posées par le député au sujet de certaines facilités que le gouvernement aurait illégalement accordé à la société Marsavco.

Quant à sa collègue du Portefeuille, les  choses sont beaucoup plus sérieuses que cela. Il s’agit, en effet, d’établir toute la lumière sur les contours des contrats d’assistance technique conclus en 2008 entre la Rdc, représentée par le Copirep, et deux firmes étrangères, à savoir l’espagnole Progosa et la française Adpi-Kpgm. La première est chargée de stabiliser les activités de l’Onatra tandis que la seconde est chargée de stabiliser celles de la Rva. Des nombreuses zones d’ombres planent sur ces deux contrats notamment le caractère excessif des rémunérations versées aux experts de ces deux firmes qui plombe les finances de ces deux entreprises, les contre performances des sociétés assistées, la situation sociale alarmante du personnel de ces deux sociétés, le profil des experts venus prêter leur concours à la Rva et à l’Onatra, l’absence d’évaluation de ces contrats à mi-parcours, le management des dirigeants, la violation des textes notamment par la création d’organes non statutaires et l’absence d’un apport financier de ces deux firmes étrangères.

Les élus nationaux attendent, au fait, la ministre du Portefeuille sur la question de la rémunération des dirigeants de ces deux firmes et sur la promotion de l’expertise nationale qui ne fait pas défaut au pays pour redynamiser nos entreprises publiques. L’Adg de l’Onatra toucherait 38.000 euros mensuel tandis que celui de la Rva verrait son compte créditer à hauteur de 28.000 euros par mois. A cela, il faut ajouter les salaires des autres dirigeants, des experts de soutien (2.200 euros par jour) ainsi que des nombreux avantages comme les frais d’hébergements (11.000 euros mensuel), de voyage (5.000 euros par personne et par voyage), de rédaction et d’envoi des rapports. Pour madame la ministre, les rémunérations versées aux dirigeants de Progosa et de Adpi-Kpgm sont, en fait, versées à leur firmes et non aux individus comme semble l’affirmer l’auteur de la question orale avec débat, le député national Mukonkole. Pour ce dernier, au contraire, s’appuyant sur les clauses de ces contrats comme il l’a affirmé à la lecture de sa question, ces rémunérations  sont bel et bien versées aux dirigeants. Dès lors, qui du ministre et du député dit la vérité ? Le débat d’aujourd’hui va éclairer l’opinion publique. Quant à la question de l’expertise nationale, elle tient particulièrement à cœur les élus nationaux qui considèrent que le Gouvernement doit s’appuyer sur cette expertise qui existe et qui est à même d’épargner à l’Etat congolais des dépenses exorbitantes comme celles prévues dans le cadre de ces contrats où la Rdc paiera près de 7 millions de dollars à Progosa et Adpi-Kpgm en guise des rémunérations de leur travail. Le pays faisant déjà face à des nombreux problèmes, il serait indiqué, pour la gestion efficace des Finances, de recourir à une expertise locale utilisée selon les conditions salariales et sociales du pays au lieu de recourir à des contrats d’assistance technique mettant en lice des étrangers parfois très déconnectés de nos réalités, affirment les députés.

La question vaut tout son pesant. Dans ces conditions, le débat promet d’être houleux dans la mesure où il se pose la double problématique de la relance de nos entreprises publiques et de la gestion des nationaux qui a été catastrophiques depuis l’accession du pays à l’indépendance. Le Gouvernement congolais, contraint à redresser la barre, est placé devant un dilemme. Entre protéger et promouvoir l’expertise nationale qui a montré ses limites et faire appel à une expertise étrangère trop couteuse, le choix, décidemment, n’est pas facile à opérer puisque dans les deux cas il s’attire les foudres de l’opposition. La solution, puisqu’il en existe une, viendra certainement d’une démarche dialectique.

Charles Mukonkole    

 

 





 



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