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Motion de défiance contre Muzito, ça passe ou ça casse
Le
député national Clément Kanku Bukasa a réussi l’exploit
de réunir cinquante signatures, ce qui constitue le
minimum requis pour déposer une motion de défiance
contre un membre du Gouvernement. En effet, c’est dans
la soirée de mercredi 10 juin 2009 que ce député de
l’opposition a déposé au bureau de la chambre basse du
Parlement, sa motion de défiance contre le Premier
ministre Muzito en annexant les signatures des députés
nationaux qui ont souscrits à sa démarche.
Ainsi, en application de l’article 196, alinéa 3 du
règlement intérieur de l’Assemblée nationale, le bureau
dirigé par Evariste Boshab est contraint d’organiser le
débat et le vote de cette motion de défiance dans un
délai de 48 heures suivant son dépôt. C’est donc, sauf
imprévu, le vendredi 12 juin 2009 que cette question
devra être traitée en séance plénière. Le bureau de
l’Assemblée nationale, qui est très respectueux du
règlement intérieur et de la Constitution, est quasiment
lié voire même contraint de consacrer la plénière
d’aujourd’hui à l’examen de cette question.
Toutefois, en dehors de la question relative au fond de
cette motion, une série des préoccupations de forme doit
être évacuée. De prime à bord, il faut préciser que
Kanku Bukasa court le risque de voir sa motion rejetée.
En effet, le Premier ministre, en sa qualité de chef du
Gouvernement ne peut faire l’objet d’une motion de
défiance. Cette procédure est plutôt prévue, selon
l’esprit de la Constitution et du règlement intérieur de
l’Assemblée nationale, contre un membre du
Gouvernement car , les conséquences qui découlent de
l’adoption d’une motion de défiance soustraient le
Premier ministre de cet exercice.
En effet, lorsqu’un membre du Gouvernement fait les
frais d’une motion de défiance, « Celui-ci est réputé
démissionnaire », comme l’affirme le dernier alinéa
de l’article 197 du règlement intérieur. Cela veut dire
qu’il quitte le Gouvernement. Si cette éventualité
était appliquée au Premier ministre, cela voudrait dire
que le Premier ministre frappé par une telle motion
devrait quitter, lui aussi, le Gouvernement. Or, les
conséquences juridiques du départ du Premier ministre
–qu’il s’agisse de la démission, du limogeage et d’une
sanction de l’Assemblée nationale- font que le départ de
celui-ci entraîne ipso facto la chute de l’ensemble du
Gouvernement. Et pourtant, l’objectif poursuivi par une
motion de défiance n’est pas la chute du Gouvernement
mais le départ d’un membre de ce Gouvernement. Le
constituant l’a clairement spécifié lorsqu’il a
différencié les nombres des signatures qu’il faut
recueillir pour actionner une motion de défiance et une
motion de censure. Cette différence – 50 pour une motion
de défiance et 125 pour une motion de censure- tient aux
conséquences résultantes de ces deux actions. Il a
estimé que pour faire tomber tout un Gouvernement, il
faudrait avoir des raisons très solides que pour faire
tomber un seul de ses membres. Lorsque un membre du
Gouvernement est frappé par une motion de défiance, il
est réputé démissionnaire. Or, un Premier ministre
démissionnaire rend tout son Gouvernement
démissionnaire. Pour que cette éventualité se présente,
il y a un autre mécanisme qui est prévu et c’est bien la
motion de censure contre le Gouvernement qui a une autre
motivation et une autre conditionnalité comme dit plus
haut.
Faire tomber le Gouvernement n’est donc pas une
décision banale. Le chef de l’Etat lui-même, conscient
des implications qui en découlent, prend le temps de
murir sa réflexion avant de poser un tel acte.
L’Assemblée nationale devrait aussi suivre ce
comportement républicain en évitant de traiter les
affaires de l’Etat à la légère. Nonobstant le fond de la
motion, il y a fort à parier que l’opposition risque de
sortir, une fois de plus, perdant de ce bras de fer, car
sur le plan politique, la majorité ne lui accordera pas
le cadeau de faire tomber le Gouvernement qui
équivaudrait, en fait, à sa propre fragilisation. Si
problème il y a, la majorité va préfère le régler en son
sein.
Une dernière difficulté qui se dresse sur le chemin de
Kanku Bukasa demeure sans nul doute le temps qui reste
avant la fin de la session ordinaire. Sauf changement de
dernière minute, Evariste Boshab reste déterminé à
renvoyer les députés en vacances parlementaires au 15
juin 2009. Or, cette date tombe le lundi prochain. Il ne
reste théoriquement que la journée d’aujourd’hui et
celle de samedi pour débattre de cet épineux problème.
En même temps, la chambre basse est entrain d’examiner
les questions orales déposées par les députés à
l’adresse des certains membres du Gouvernement. Par
bonheur, cette question sera vidée aujourd’hui. Il ne
restera plus que la journée de samedi 13 juin pour
traiter de la motion du Premier ministre sans compter le
vote de la loi sur la Ceni lequel a été suspendu. Le
temps risque donc de faire grièvement défaut. Enfin, le
règlement intérieur stipule que le débat et le vote
peuvent avoir lieu, qu’au moins quarante huit heures
après le dépôt. Le verbe pouvoir utilisé ici signifie
que le débat et le vote dans ce délai de 48 heures est
une éventualités. Or, l’état actuel du calendrier ne la
permet pas. Au minimum, la motion de défiance sera
inscrite au calendrier quitte à ce que l’opportunité de
son examen se dégage.
C’est cela la quintessence de l’article 196, alinéa 3
évoqué.
Ainsi, sans pour autant exonérer Adolphe Muzito de sa
responsabilité de rendre compte à la représentation
nationale, les règles de forme risquent de l’aider, une
fois de plus, à échapper momentanément à cet exercice.
Charles Mukonkole
Rcd : les masques de la tricherie de Ruberwa tombent
Le
feuilleton qui se déroule au Rassemblement congolais
pour la démocratie (Rcd) ressemble à un film digne des
acteurs de la série b. La preuve, c’est que le scénario
et la mise en scène sont- à quelques exceptions près-
sortis de la même moule. Tenez. En juin 2005, Azarias
Ruberwa est réélu à la présidence de ce parti pour un
mandat de cinq ans après avoir modifié les statuts et
prolongé de trois ans le mandat qui était de deux ans. A
la suite d’une motion présentée par Emile Ngoy, il avait
été entendu qu’après une période de deux ans au terme
des élections présidentielle, législatives, provinciales
et sénatoriales, le collège des fondateurs devrait faire
le point de la situation et rendre compte.
En sa qualité de garant de fonctionnement du Rcd,
Ruberwa qui devrait convoquer la session d’évaluation,
s’est abstenu. Le congrès du parti qui s’est tenu en
décembre 2005 au centre Nganda avait aussi exigé
l’évaluation à mi-mandat. Curieusement, elle n’a jamais
eu lieu. Et depuis son échec à l’élection présidentielle
de 2006, Ruberwa a plongé le Rcd dans une léthargie
suicidaire : pas de réunions, pas d’activités. Pis, il
s’est arrogé la présidence de tous les organes même ceux
de contrôle. Président du parti, il assume en même temps
les fonctions de président du congrès, de président du
conseil national, de président du collège des
fondateurs. Pour un ancien rebelle reconverti en
démocrate et par surcroit un juriste, s’arroger de la
sorte tous les pouvoirs entre ses mains, cela relève de
la dictature pure et simple.
En avril dernier, le comité directeur lui avait demandé
de présenter son rapport d’activités. Il s’est exécuté
le 2 mai, mais son rapport fut rejeté. Le constat était
formel : dysfonctionnement, mauvaise gestion des
finances, favoritisme avéré en confiant les postes de
responsabilité durant la transition à des amis et des
frères décourageant ainsi les membres historiques du
parti. C’est ainsi que l’on s’est retrouvé avec des
membres de la 25ème heure
au gouvernement, dans les entreprises publiques et
ailleurs. Ce qui est justement à la base de nombreux
départs. A cause de ce comportement de Ruberwa, tous ces
cadres ont quitté le Rcd à la recherche de leur pain
quotidien. Apparemment, il n’en a tiré aucune leçon à
voir la manière dont il s’y prend depuis qu’il a été
suspendu de ses fonctions de président du Rcd.
Pour qui sonnera le glas ?
Cependant dans la guerre des tranchées entre les deux
camps, le groupe Onusumba (Adolphe Onusumba, Trésor
Kapuku, Eugène Serufuli, Francis Bedi, Nyongolo Alimasi,
Dr Emile Ilunga, Donatien Mabiala, Esaïe Kuyena, Tommy
Tambwe, Léon Mondole, Léon Muheli, Bizima Karaha, Freddy
Sukusuku, Bampa Jules, Mondjo Eyoka) aligne quinze
acteurs connus et présents à Kinshasa. De l’autre côté,
on n’a que huit membres (Ruberwa, Nyarugabo Muhizi,
Kitembo Gertrude, Faïda Mwangilua, Dr Lola Kisanga,
Baruti Amisi, Serukiza , Jean-Marie Emungu).
Curieusement selon les dernières informations, lors de
l’ultime réunion qui a regroupé les pro-Ruberwa, on n’a
enregistré effectivement que la présence de huit
membres, les dix autres qu’on a cités et prétendu avoir
renforcé les rangs de ce groupe n’est constitué que des
procurations par sms ou mails dont l’origine est mise en
doute. Il est évident que si les dix procurations sont
écartées des huit présences, c’est que le groupe Ruberwa
est en minorité. Parmi eux, il y en a ceux qui se
désintéressent aux activités de ce parti depuis lors et
qui n’ont jamais mis leurs pieds à Kinshasa (Mme Devotte
Gashinge, Stanislas Kamanua, Jean-Claude Tauna,
Tharcisse Mabangua, Joseph Rubibi, Prosper Masimpaka,
Emmanuel Kamanzi, Gervais Ruboneka, Dr Loso, Balamage N’Kolo,
Baitsura Musowa). De source fiable, on renseigne que le
groupe Onusumba attend que Ruberwa vide toutes ses
cartouches avant le dernier coup d’estocade politique.
L’épreuve de force engagée entre les deux parties
déterminera, dans un proche avenir, de quel poids pèse
chaque groupe.
Lr
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