Réhabilitation des routes dans le Katanga 

La priorité première : l’axe Kasumbalesa-Lubumbashi-Likasi-Kolwezi

Les deux chambres législatives du Parlement clôturent, en principe, la session extraordinaire ce mercredi 14 janvier 2009. Essentiellement consacrée à l’examen et à l’adoption du projet de budget 2009, l’Assemblée nationale et le Sénat ont profité de cette opportunité pour finaliser d’autres questions en suspens dont notamment les rapports des commissions d’enquêtes.  Au Sénat, la plénière du lundi dernier a été consacrée à l’audition du rapport de la commission ad hoc qui a statué sur l’affaire réhabilitation de la route Kolwezi-Solwezi. Comme nous l’avons dit dans notre édition d’hier, l’examen de ce dossier par ladite commission était entaché de beaucoup de légèreté donnant même l’impression que certains sénateurs, mal informés peut-être, sinon se sont faits complices des multinationales étrangères. Cela parait vrai dès lors que la commission ad hoc est même allé au-delà de ses prérogatives se transformant en conseil d’adjudication pour attribuer l’exclusivité du marché de réhabilitation de cette route qui lie la Rdc et la Zambie à un entrepreneur, la société Kingamyambo Musonie Tailings, Kmt, à travers sa filiale First Quantum. Ce qui a provoqué un tollé général au Katanga où on estime que ce projet ne devrait pas être examiné seulement en terme de faisabilité technique ou de garantie de financement, mais plutôt tenant compte du fait qu’il est loin de favoriser un développement intégré de la province.

Heureusement, certains sénateurs intervenus ont dénoncé la prise en charge de la construction de cette route par cette entreprise qui a réussi à s’attirer des défenseurs dans les milieux officiels tant au ministère des Infrastructures, Travaux publics et reconstruction que parmi les sénateurs. La présence à Kinshasa du ministre provincial des Travaux publics du Katanga, Fridolin Kasweshi, n’a pas été indifférente à cette bonne compréhension des enjeux de cette route pour avoir réussi à clarifier l’opinion sur les tenants et aboutissants de cette affaire. Voulant davantage donner de la lumière sur ce dossier, nous avons réussi à percer le mystère de ce dossier dont nous révélons  dans ces lignes, le vrai problème.

Tout est parti de la volonté exprimée par la société Kingamyambo Musonie Tailings d’ouvrir le trafic routier entre la ville congolaise de Kolwezi et la ville zambienne de Solwezi. Pour, selon les responsables de cette entreprise, faciliter l’acheminement de ses équipements miniers et d’autres intrants provenant d’Afrique du Sud pour l’interland minier congolais ou zambien.  Or, à ce jour, les équipements miniers à l’import comme à l’export sont transportés à travers l’axe routier Kasumbalesa-Lubumbashi-Likasi-Kolwezi.  Cet axe routier qui est l’aboutissement de la Nationale n° 1 a connu une dégradation accélérée suite essentiellement à l’accroissement du trafic à la suite du développement de nouveaux projets miniers dans le Katanga.

Des grands travaux de réhabilitation de cet axe routier sont toutefois dans leur phase finale avec l’entreprise chinoise CREC d’une part, ainsi que la Banque mondiale et quelques opérateurs miniers de la place sur le tronçon Lubumbashi-Likasi et Likasi-Kolwezi. Cet axe routier est considéré, avec raison d’ailleurs, comme capital pour la province pour plusieurs raisons. Entre autres, il sert dans sa partie Likasi-Kolwezi de jonction des trafics avec la partie agricole de la province que représentent l’Ouest et le Nord et l’Est de la province.  Tenant compte de la position géographique des zones zambiennes d’intérêt alimentant le Katanga en denrées alimentaires et autres produits manufacturés, le trajet Kolwezi-Likasi-Lubumbashi-Kasumbalesa-Chingola (Zambie) offre plus d’avantages que le détour passant par Kolwezi-Solwezi-Chingola.

A travers le projet de réhabilitation de la route Kolwezi-Solwezi, Kmt ou First Quantum voudrait, en réalité, en faire « sa route » qui va lui permettre d’acheminer les produits miniers de son lieu d’exploitation au Katanga directement vers ses usines de traitement en Zambie. C’est là un coup de pied lancé dans la décision du gouvernement provincial exigeant aux opérateurs miniers de construire des usines de traitement des minerais sur place au Katanga, plutôt que d’exporter des minerais bruts à l’extérieur du pays provoquant un grand manque à gagner pour le pays.

Cette route va aussi fragiliser le remboursement du financement des travaux de réhabilitation de la route Kasumbalesa-Lubumbashi, et provoquera un manque à gagner pour la Société nationale de chemin de fer (Sncc) qui verra bon nombre de ses clients miniers abandonner le trafic ferroviaire au profit de trafic routier, privant aussi à l’Etat congolais les ressources résultant de la perception de l’impôt sur le revenu.

Au Katanga, on ne rejette pas entièrement les travaux routiers sur l’axe Kolwezi-Solwezi, mais l’on dit qu’il ne doit pas être une première priorité, plutôt une seconde. Ainsi, l’on voudrait consolider l’engagement de garantir l’exécution des travaux de réparation de la route Likasi-Kolwezi en attendant son asphaltage ; entamer, aussitôt l’engagement formalisé, les travaux de réhabilitation du tronçon de l’axe Kolwezi-Solwezi ; garantir l’asphaltage du tronçon Likasi-Kolwezi, grâce au nantissement des recettes de péage entre Kasumbalesa et Kolwezi d’une part ; et d’autre part, par une contribution des opérateurs miniers dans le cadre de BOT ; ce qui implique d’ajourner jusqu’en 2010 la réalisation des travaux de construction de l’autoroute Kasumbalesa-Lubumbashi ; autoriser le financement de réhabilitation de l’axe routier Kolwezi-Lumwana qui ne revêt pas le même intérêt pour la population, mais plutôt pour les opérateurs miniers.

Plutôt que de toujours vouloir tout donner aux multinationales étrangères, en ce qui concerne la route Kolwezi-Solwezi, le Sénat qui se réunit ce mercredi a tout intérêt de regarder mieux où va l’intérêt national.

Lr