2eme audience à la Cpi

Affaire Bemba : la défense relève des failles et des contradictions dans les témoignages des victimes

La deuxième des quatre journées d’audiences préliminaires de confirmation des charges à l’encontre du suspect Jean-Pierre Bemba, ancien vice-président congolais, arrêté le 24 mai dernier à Bruxelles pour crimes de guerre et contre l’humanité commis par ses miliciens en République Centrafricaine entre octobre 2002 et mars 2003 a eu lieu hier devant la Cour pénale internationale de la Haye. La série d’audiences qui se concluront ce jeudi, servira à l’équipe de trois juges pour établir si les preuves de huit chefs d’accusation formulés par la Cpi contre Bemba sont suffisantes pour entamer une poursuite formelle; les juges disposent d’un délai de soixante jours pour décider de mettre sur pied un procès ou non.

Durant l’audience de lundi, l’accusation a confirmé le recours par les milices de Jean-Pierre Bemba «aux viols et tortures comme armes de guerre». Le procureur Petra Kneuer a révélé que les «hommes de Bemba allaient de maison en maison, se livrant au pillage et violant mères, épouses et filles» tout en soulignant que «Bemba a choisi le viol comme méthode de base». Les avocats du président du Mlc ayant répondu à l’appel du président centrafricain Ange Félix Patassé, menacé alors par le général François Bozizé qui a pris le pouvoir en mars 2003, ont nié toute responsabilité de leur client, formulant la première requête de non-lieu.

Au cours de la seconde audience de mardi consacrée essentiellement à la défense, celle-ci s’est livrée à contredire la plupart des éléments à charge en tentant de battre en brèche la responsabilité personnelle de son client. L’argumentaire juridique a tourné autour de la démonstration sur la négation de la responsabilité personnelle et directe de Bemba dans les atrocités commises par ses hommes et qui, dès lors, ne peut être mis en cause. Pour la défense, la paternité des crimes commis à Bangui revient au président Félix Patassé et au ministre centrafricain de défense de l’époque.

C’est dans cette perspective que l’un des avocats de l’ancien vice-président, Me Kwebe a, intervenant hier devant les juges de la Cour pénale internationale, relevé les failles et contradictions de l’accusation contre son client. Il a cité, pour étayer ses allégations le cas particulier du témoin n° 6 dont les propos ont été recueillis par les agents du Pnud à Bangui et ceux des fonctionnaires du ministère des Affaires sociales de l’ère Bozizé après le coup d’Etat réussi par ce putschiste. Pour l’avocat congolais, c’est en substance l’échantillon-type sur lequel table la Cpi. Me Kwebe a, d’autre part, mis en exergue les erreurs graves sur les dates d’une attaque militaire qui aurait été opérée dans la localité Kilomètre 12 (PK 12) par les éléments de Bemba alors qu’à cette période, ces derniers n’étaient pas encore sur les lieux. Pour preuves, il a cité les communications échangées durant cette période.

Le huis-clos est cependant intervenu à la suite de la citation du cas du témoin n° 6 par Me Kwebe, décision prise par le procureur au nom de la protection des témoins.

Cette disposition a sans doute mis à mal les proches, amis et partisans de Jean-Pierre Bemba dont son père Jeannot Bemba, son épouse, François Mwamba, secrétaire général du Mlc qui suivaient l’audience dans une petite salle située derrière la vitre qui sépare l’assistance du prétoire. Hier encore, le procureur de la Cpi a confirmé les accusations à l’encontre de Jean-Pierre Bemba dont les éléments à charge sont fondés sur divers rapports et dépositions des témoins. Pour lui, les crimes commis par le suspect méritent l’ouverture du procès.

N.M.N