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Le Franc congolais sous bonne cure
Les guichets de la Banque nationale renfloués par le
Fmi
Cette
fois ci, le Fonds monétaire international a tenu parole.
Il vient de réaliser la promesse d’un prêt de 200
millions de dollars en faveur de la Rdc afin de soutenir
la balance des paiements. Et la Banque nationale passe
aussitôt à l’opération de sauvetage de la devise
nationale : toutes les banques commerciales sont
conviées depuis hier lundi à exprimer leurs besoins en
dollars et au taux d’acquisition de cette monnaie. La
Bcc se réservera alors la liberté de choisir les
meilleures offres ; l’opération vise ainsi à refaire la
valeur du Franc congolais sur le marché de change. Il
est évident donc que dans les tout prochains jours, la
monnaie nationale va prendre sa revanche sur la devise
américaine.
Selon les autorités de la banque centrale, la pratique
sera de mise chaque fois que le franc congolais aura
perdu 1.5 % de sa valeur sur le marché de change. Mais
l’institution entend aussi assumer pleinement son rôle
de conseiller du gouvernement en matière de monnaie.
Aussi rappelle-t-elle qu’au cours des quatre derniers
mois, la monnaie nationale a perdu 22 % de sa valeur.
Ce, en raison de la baisse des recettes, de la mal
gouvernance dont la corruption et le dérapage dans
l’exécution du budget de l’Etat. On le sait, les
recettes d’exportation de l’Etat ont sensiblement chuté
à cause de la baisse des cours mondiaux des produits
miniers qui ont vu des entreprises du secteur plier
bagages ou réduire au strict minimum leurs productions.
Par conséquent, les autorités de la Banque nationale en
appellent à la valorisation de la production et de
l’exportation des produits agricoles, très peu affectés
par les fluctuations des cours mondiaux. Comme ils
permettent de limiter le recours du pays à l’importation
des produits essentiels. Les nombreuses convulsions
connues ces derniers temps ont par exemple, dopé de 20 %
les prix de produits de consommation courante sur les
marchés locaux, précise la Bcc.
Déjà le Premier ministre a pris de mesures transitoires
pour consolider l’action de la Banque. Adolphe Muzito a
en effet instruit le ministre des Finances à mettre en
veilleuse toutes les dépenses de l’Etat, exception faite
de celles liées au service de la dette. Probablement
l’annonce de ces mesures a eu un effet immédiat sur le
taux de change, car en début d’après-midi la monnaie
nationale s’échangeait déjà à 840 Fc pour 1 dollar
contre 850 depuis 4 jours.
James Momba
Dans les entrailles d’une grève
Onatra : des chiffres qui attisent la tension !
La
grève déclenchée par les agents de l’Office national de
transports (Onatra) dans la ville de Matadi a fini par
gagné les villes de Boma et de Kinshasa, paralysant
ainsi les activités de l’entreprise sur toute sa partie
essentielle. Initialement centrées sur le réajustement
des salaires au regard de la chute du Franc congolais
face au dollar américain sur le marché de change, les
revendications des travailleurs ont évolué pour réclamer
actuellement le limogeage de l’Administrateur délégué
général (Adg) et du Président du conseil
d’administration (Pca). La reprise du travail est
assujettie à cette condition majeure, a affirmé le
président de l’Intersyndical de l’Onatra, Etienne
Ntadila, qui attend impatiemment une rencontre avec le
Premier ministre pour trouver une solution appropriée.
Mais il prend soin de prévenir que « le départ de M. le
PCA et celui de l’ADG ne sont pas négociables ».
Dans les milieux des deux personnalités, on accuse les
travailleurs de vouloir mettre en péril le plan de
redressement de l’entreprise par une solidarité
irréfléchie. En effet, après une autopsie minutieuse, le
plan élaboré pendant 11 mois de gestion des experts
espagnols de Progrosa, il est prévu le dégraissement
d’environ 4000 agents. Ceux-ci se recrutent parmi les
agents ayant atteint sinon dépassé largement l’âge de la
retraite, mais aussi ceux recrutés anarchiquement depuis
5 ans alors que l’entreprise accusait déjà la pléthore
du personnel. Ce sont ceux-là, ont soutenu les sources,
qui agitent la tension afin de se maintenir à leurs
postes au mépris de l’effort de redressement de
l’entreprise.
En réalité, l’Onatra compte au sein de son personnel des
agents incapables de soulever un tournevis à cause du
poids de l’âge mais qui ne consentent nullement de se
faire remplacer. La tradition voudrait que tout agent
admis à la retraite soit remplacé uniquement par son
fils ; tant qu’il n’aura pas présenté ce dernier,
l’agent campe à son poste comme une sangsue. Surtout si
l’agent n’a pas de pièce de rechange à proposer ou s’il
n’a pas mis au monde à temps. Par ailleurs, les
différentes autorités de tutelle qui se sont succédé ces
dernières années ont grossi les fichiers de l’entreprise
en y recommandant leurs enfants, copines, beaux-frères,
nièces … sans considération des besoins réels de l’Onatra
en cette matière et de l’impératif de développement. Ce
sont tous ces vices – véritables écueils au
développement – que le comité Claude Pecun Poson compte
redresser pour donner de la chance à sa gestion. Hélas,
le personnel congolais a horreur du dégraissage, de la
privatisation ; ce qui explique l’agitation observée
actuellement.
Cependant, dans les milieux des agents, la raison de la
réclamation du départ de l’Adg Claude Pecun Poson et du
Pca sont plus profondes qu’on ne le pense. En 11 mois de
gestion, sur 24 convenus, le bilan est largement
négatif : le nouveau comité a accaparé tous les
avantages en majorant les salaires des seuls cadres
dirigeants. Selon ces sources, l’Adg s’est octroyé
30.000 dollars américains par mois et 20.000 dollars Us
à chaque directeur de sa race, alors que le dernier des
ouvriers n’a pas 200 dollars Us par mois ! Dans le même
temps, les missions de service sont quasiment
suspendues. En raison de cette politique de ségrégation,
il s’est produit une fracture au sein du personnel
scindé en bénéficiaires et marginalisés. L’aura actuelle
de l’Intersyndical s’est abreuvé dans les gémissements
d’un personnel ouvrier mais essentiel dans le
fonctionnement de l’entreprise.
Par ailleurs, les agents affirment avoir perdu tout
espoir dans la réussite du mandat Progrosa et accusent
le comité de gestion d’œuvrer dans le but de placer l’Etat
congolais dans une situation qui l’oblige à privatiser
l’entreprise. Selon eux, en effet, le comité de gestion
négocierait un emprunt de l’ordre de 150 millions de
dollars américains pour apurer tous les litiges relatifs
aux salaires des agents et, vraisemblablement des frais
des agents admis à la retraite et au limogeage. Une
telle dette – greffée à celle qui existe déjà – pour une
entreprise en récession, est un coup de grâce à l’Onatra
qui sera incapable d’honorer ses engagements. Il lui
restera par conséquent une seule issue : ouvrir son
capital au plus fortuné que lui. En clair, les artisans
du forfait récupéreront la bride.
Le plus grand péché reproché à Claude Pecun Poson est
d’éluder la raison sociale de l’Onatra dans sa
thérapeutique. En effet, en tant qu’entreprise des
transports, on aurait voulu voir l’Adg orienter toute
son action sur l’outil de travail, c’est-à-dire sur la
réhabilitation des unités fluviales. Comment peut-on
opter de contracter un prêt de 150 millions de dollars
pour l’affecter dans une activité non génératrice de
revenus, s’était-on interrogé. Pour convaincre sur son
expertise, a-t-on poursuivi, le comité de gestion aurait
dû orienter cette fortune vers l’acquisition ou la
réhabilitation des bateaux afin de remettre l’Onatra sur
l’orbite de la production. Après 11 mois de gestion,
l’entreprise n’a toujours pas renoué valablement avec le
fleuve et la rivière Kasaï. Pourtant, la relance du
trafic peut faciliter la résorption de la pléthore
déplorée aujourd’hui ; il resterait simplement la
question des agents admis à la retraite.
James Momba
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