Sur décision de l’état-major général

Cndp : Nkunda évincé au profit du Dr Kamanzi

- Douze haut-cadres sont désignés au sein du comité politique provisoire mis en place jusqu’à la restructuration du mouvement rebelle

- A Nairobi, l’accord de la cessation des hostilités, est fin prêt pour la signature

La crise couvant depuis une dizaine de jours au sein du Cndp vient d’être relancée avec la mise en place mardi, au terme d’une réunion de l’état-major général du mouvement rebelle, d’un comité politique provisoire présidé par le Dr Désiré Kamanzi en remplacement de Laurent Nkunda accusé de «mauvais leadership et de mauvaise gestion».

 Au cours de cette rencontre cruciale tenue dans le territoire de Rutshuru, au Nord-Kivu à laquelle a pris part le général Bosco Ntaganda, chef d’état-major général de ce mouvement, il a été désigné douze cadres du comité politique provisoire.

Selon l’annonce qui en a été faite par son porte-parole, Jean Munyampenda, ancien de l’Afdl et du Rcd/Goma, ce comité a le devoir d’assurer la gestion interne jusqu’à la restructuration du mouvement, en définir les structures et de coordonner tant les activités politiques que diplomatiques. Diversion ou coup d’Etat de palais comme le croient certains observateurs ? A ce qu’il nous semble, l’éviction de Laurent Nkunda ne procède nullement d’un simple jeu de ping-pong, mais exprime plutôt le profond malaise longtemps occulté qui cachait les contradictions internes que vit le Cndp depuis sa création.

En annonçant le jeudi 8 janvier dernier la destitution le 5 janvier de Nkunda de la tête de la rébellion, le général Bosco Ntaganda fait figure de «tombeur» de l’intraitable chef rebelle sur qui pèsent des accusations de détournement des fonds du mouvement pour des fins individuels, de la soumission du fonctionnement des structures du Cndp, à savoir le collège général et le Bureau exécutif, à son diktat.

Avec la mise en place du comité politique provisoire en début de semaine, c’est la promesse faite jadis par Bosco Ntaganda qui vient d’être réalisée. Qu’est-ce qui pouvait, dès lors, se passer puisque la réaction des Nkundistes ne s’est pas faite attendre ? Pour le porte-parole militaire de cette aile, Séraphin Mirindi, le Cndp ne reconnaît pas ce mouvement qu’il a traité de «combines». Il a promis des sanctions beaucoup plus graves qui seront prises  urgemment à l’encontre des dissidents qui, selon lui, risquent d’empiéter sur les concertations de Nairobi.

 

Un monstre à double tête

Ainsi qu’il apparaît, il est évident que l’on assiste à un dédoublement du Cndp. Il y a, d’une part, l’aile Nkunda qui prend part aux pourparlers de la capitale kenyane qui, sauf imprévu, devraient cheminer hier à la signature de l’accord de cessation des hostilités et, d’autre part, l’aile Ntaganda qui est ouverte à la collaboration avec les Forces armées de la République démocratique du Congo (Fardc) en une des actions communes pour mettre fin à l’aventure des rebelles rwandais des Fdlr opérant à l’Est du pays. L’objectif est de  favoriser l’accélération du processus du retour des réfugiés et des déplacés de guerre dans leurs contrées respectives et par voie de conséquence, de permettre un cadre concerté pour un retour rapide de la paix dans cette partie de la République par l’arrêt total des affrontements.

Dans l’un et l’autre cas, la démarche est politique. Cependant l’approche de deux clans diffèrent selon les intérêts de chaque groupe. Quelle marge de manœuvres dispose le duo Ntaganda-Kamanyi pour peser sur l’avenir de ce mouvement ? C’est la grande interrogation. Du point de vue des rapports de force dans un mouvement où les groupes d’intérêt autour du chef évincé, Laurent Nkunda, se livraient à leur jeu habituel de positionnement, il était sûr qu’il y aura du mal à maintenir les équilibres tant les clivages, les frustrations … ne pouvaient que conduire au dédoublement si pas à l’éclatement.

Du point de vue de contexte, c’était le bon moment pour Bosco Ntaganda d’annoncer la défénestration de Laurent Nkunda deux jours avant la reprise des concertations de Nairobi entre le gouvernement et le Cndp dont la participation était sujette à caution. Cela a sans doute ébranlé les calculs de Nkunda, encore faut-il que Kamanyi arrive à prendre le dessus !

 

La nouvelle donne

Dans toute épreuve de force, il est connu que ne l’emporte que la partie qui fait preuve de détermination, d’intelligence, d’alliances et de tact. L’avenir déterminera qui de Nkunda et de Ntaganda aura la capacité de lire les signes de temps dans le contexte régional. A l’heure où l’on planifie le désarmement par la force des rebelles rwandais des Fdlr par les Fardc avec le concours des observateurs militaires de Kigali et de la préparation d’un sommet des chefs d’Etat africains de la région concernés par la crise de l’Est de la Rdc, il serait suicidaire de ne pas tenir compte de la nouvelle donne.

L’implication tous azimuts des Nations unies au processus de rétablissement de la paix aux Kivu à travers les discussions de Nairobi menées conjointement par les anciens présidents nigérian Olusegun Obasanjo et tanzanien Benjamin Mkapa traduit la volonté de la communauté internationale d’aller jusqu’au bout du processus de paix.

Mais la crainte de la majorité des Congolais que cette dissension soit encore une fois une façon de vouloir finir avec l’actuel épisode du drame kivutien, pour en garder en même temps les éléments d’un autre épisode, peut aussi bien se justifier au regard des expériences précédentes de l’Afdl au Rcd et du Rcd au Cndp.

Qu’est-ce qui rassure que les résolutions de paix pouvant être prises à Nairobi seraient respectées par le camps Ntaganda, encore que cet officier rebelle est sujet d’un mandat d’arrêt international pour crime contre l’humanité?

Diversion ou coup d’Etat de palais ! L’essentiel pour les Congolais, c’est la fin définitive de la guerre à l’Est du pays par d’une part, que ceux qui font la guerre aux institutions établies puissent qui, intégrer l’armée à travers le programme de brassage; qui; passer au programme de démobilisation; qui, passer à la Cour pénale internationale pour ceux dont les charges de crimes contre l’humanité pèsent sur eux.

Ndong.M.N.