Initiative de paix pour l’Est de la Rdc

Sarkozy sur une fausse piste

-Les propos qui fâchent du président français agacent les Congolais qui tiennent mordicus à la souveraineté de leur pays et aux richesses de leur sol et sous-sol

C’est un véritable pavé dans la mare que celui jeté vendredi 16 janvier dernier, lors d’un discours tenu à l’Elysée par le président français Nicolas Sarkozy, à l’occasion des vœux annuels du corps diplomatique, sur la teneur des propositions que Paris prépare pour tenter de remédier au conflit de l’Est de la République démocratique du Congo considéré comme l’un des plus dramatiques du continent africain. Les propos du chef de l’Etat français rapportés par le quotidien Le Monde (17 janvier 2009) et largement relayés hier par Rfi ont créé un effet de surprise dans différents milieux congolais. D’une manière générale, ces déclarations ont, dans le contexte actuel, provoqué une certaine irritation.

Toute initiative de paix pouvant concourir au rétablissement de la stabilité dans la partie Est de la Rd Congo est en soi prise en compte par le gouvernement congolais qui ne transige nullement sur les moyens pour sa concrétisation. La voie diplomatique est, pour ce faire, mise à contribution pour y parvenir. Les derniers développements de la situation tant au niveau des concertations de Nairobi, au Kenya, entre le gouvernement et le Cndp organisées sous les auspices des Nations Unies que du ralliement sans conditions aux thèses du gouvernement par le Cndp et les Pareco le prouvent bien.

La France fonde son initiative de paix sur trois axes principaux en rapport étroit avec la tournée prévue en mars 2009 de Nicolas Sarkozy en Rd Congo, au Congo-Brazzaville et au Niger. Premier axe : l’exploitation en commun par la Rdc et le Rwanda des ressources minières du Nord-Kivu, qui font l’objet de toutes les convoitises des protagonistes de la guerre. Dans cette perspective, la mise en place d’une société mixte pourrait être tentée. L’objectif est de permettre au gouvernement congolais de récupérer des revenus produits à partir de l’exportation illégale de minerais évacués d’ailleurs via le Rwanda.

Deuxième axe : aborder la question foncière qui est en permanence au cœur des tensions intercommunautaires dans le Nord-Kivu. Troisième axe : discuter les problèmes de statut pour les minorités en Rd Congo, singulièrement celui de la représentation de la minorité tutsi au niveau local.

On croit savoir que l’initiative française a été au centre d’un récent séjour à Kinshasa du conseiller de Sarkozy pour l’Afrique, le diplomate Bruno Joubert qui a été reçu par le chef de l’Etat, Joseph Kabila. On indique de source française que le président congolais a, à cette occasion, marqué de « l’intérêt » pour ces propositions, mais aucun accord ne s’est conclu à ce sujet. On attribue ce fait à « la difficulté de l’exercice » qui serait à l’origine du report du voyage de Sarkozy en mars à Kinshasa prévu initialement pour la fin janvier.

 

Des propos qui fâchent

Lors de son discours de vendredi dernier à l’Elysée, le président Sarkozy a révélé qu’il fallait mettre en place « un dialogue non seulement conjoncturel mais structurel » qui inclurait la question du « partage de l’espace et des richesses ». La dernière initiative française a certes le mérite de poser les problèmes de fond au cœur du conflit depuis des années, cependant elle est jugée trop osée dans la mesure où la nouvelle approche fait fi des sensibilités résultant des clivages et des vieux antagonismes. Lorsque l’on fait marche-arrière dans l’histoire, on se rend compte que jusqu’en 1994, année du déclenchement du génocide au Rwanda et de l’entrée massive en Rdc des réfugiés rwandais parmi lesquels des rebelles hutu, la paix dans la partie de l’Est du pays n’a jamais été tant troublée qu’il a été depuis cette période trouble. C’est, dès lors, leur présence dans le Kivu qui constitue une véritable menace à la paix d’autant plus que leur pays d’origine en a fait un préalable majeur au plan de la sécurité dans ses frontières avec la Rdc.

Dans cette optique, seul le rapatriement volontaire ou forcé des Rwandais dans leur pays suivi de la démocratisation du régime politique dans ce pays à partir du dialogue entre toutes les forces en présence favoriserait le retour de la stabilité dans tous les pays de la région. Toute initiative ne prenant pas en compte cette donne fondamentale est vouée à l’échec.

S’agissant du «partage de l’espace et des richesses entre la Rdc et le Rwanda», aucune loi internationale ne permet pareille situation qui serait «confirmer la balkanisation»  et «empiéter sur la souveraineté» du Congo qui a le droit de jouir librement de ressources minières de son sol et sous-sol pour bâtir un pays prospère au bénéfice des Congolais. Néanmoins, il y a des richesses communes que la Rdc partage avec le Rwanda, dont notamment le lac Kivu qui est l’objet d’une exploitation commune entre les deux pays, en termes de barrage hydroélectrique, le projet d’exploitation du gaz butane, etc. La Communauté économique des pays de Grands Lacs (Cepgl) a aussi durant plusieurs années bénéficié aux trois pays, et sa relance et son agrandissement aux pays tels que l’Ouganda, le Kenya et la Tanzanie seraient une bonne chose que de partager les richesses de la Rdc avec le Rwanda.

Sur la question foncière, il est entendu que cela relève tout simplement du droit et nullement d’un quelconque arrangement particulier. A maints égards, le problème fondamental qui se pose n’est pas celui d’espace pour une quelconque ethnie soit-elle minoritaire mais plutôt de la propriété de la terre. A ce sujet, les juridictions sont compétentes pour rétablir dans leurs droits, le cas échéant, les éventuelles victimes. Quant au statut au demeurant spécial pour les minorités au Congo singulièrement celui de la représentation politique de la minorité tutsi au niveau local, cela relève sans doute du fantasme car, le jeu démocratique à travers les élections locales tel que prévu par la loi règle définitivement ce genre de problème. Et même, dès lors, cette prétendue minorité parmi tant d’autres, est celle qui bénéficie de beaucoup d’avantages que les autres, en terme de représentativité dans les institutions nationales. Que dire d’autres ethnies non représentées dans les institutions ? Est-ce une façon de les pousser aussi à prendre les armées ?

Toutes ces raisons font que le président français risque malgré ces « bonnes intentions » de rater le coche avec son initiative de paix faute de réalisme politique. De toute évidence, le ballon d’essai de Sarkozy qui est une copie conforme révisée du vieux projet de l’ancien sous-secrétaire d’Etat américain aux Affaires africaines, Herman Cohen, a des apparences d’un pétard mouillé. Dommage pour le gouvernement congolais qui ne saurait aller à l’encontre de son opinion publique.

 Ndong. M .N.




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