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Objets d’une interpellation et des motions de défiances à
l’Assemblée nationale
Muzito attend la décision de la plénière, Thambwe et Mende prêts pour l’épreuve
de feu
Plus
rien apparemment ne sera comme avant à l’Assemblée nationale. La chambre basse
du Parlement veut jouir de son pouvoir d’élaborer les lois, et aussi de contrôle
du gouvernement, des entreprises et des services publics. Le chef de l’Etat qui
recevait les députés au mois de décembre 2008, avait mis l’accent sur le
contrôle parlementaire qu’il voyait jusque-là timide, et beaucoup plus
folklorique.
Avec le changement intervenu au Bureau de l’Assemblée nationale, on laisse
croire dans les couloirs du Palais du peuple que cette fois-ci, les choses
sérieuses vont se faire. Mais à la seule condition que tout cela se passe bien
dans les normes, dans le respect de la Constitution et du Règlement intérieur et
aussi sans que l’on puisse transformer l’Assemblée nationale en une tribune de
règlement des comptes où de démonstration de l’intouchabilité des députés.
Si les deux motions de défiance contre les ministres Thambwe Mwamba et Lambert
Mende n’attendent que la convocation d’une plénière pour que les deux ministres
puissent se défendre avant que les députés s’y prononcent, tel n’est pas le cas
pour l’interpellation du Premier ministre, Adolphe Muzito.
En effet, les élus nationaux devront d’abord discuter du bien fondé de
l’interpellation avant de voir le premier ministre venir en répondre dans un
délai de huit jours francs à dater de la notification de l’interpellation à
Muzito. Selon la procédure arrêtée par le règlement intérieur de l’Assemblée
nationale, l’auteur d’une interpellation est tenu d’en prouver le bien fondé
devant ses collègues avant d’envisager toute possibilité d’en débattre avec
l’interpellé.
Ce verrou sera difficile à faire sauter par Lumbala et Lissanga, mais pas
impossible. La situation générale du pays est telle qu’il serait politiquement
suicidaire pour les élus nationaux de ne pas offrir à notre peuple l’opportunité
de voir le premier ministre, gestionnaire par excellence, venir s’expliquer dans
la mesure où l’interpellation est une demande d’explication. Ces explications
sont attendues, car il faut que le gouvernement s’explique sur la suite des
opérations militaires conjointes, baptisées « Umoja », menées par les armées
rwandaises et congolaises et qui ont fait couler beaucoup d’encres. En dehors de
l’opération « Umoja », le chef du gouvernement doit, sur le plan sécuritaire,
donner des explications sur l’opération « coup de tonnerre », menée contre les
rebelles de la Lra par les armées congolaise, ougandaise et sud soudanaise à
Dungu et à Faradje dans la province Orientale. Ces opérations ont eu une
répercussion directe sur les civils de ces contrées à telle enseigne que
l’opposition a demandé à plusieurs reprises au gouvernement de prendre des
mesures d’encadrement de ces opérations tout comme elle a demandé d’en faire le
bilan quant aux objectifs poursuivis, à savoir mettre fin à la présence des Fdlr
et de la Lra à l’Est du pays. Les opérations Kimia 1 et Kimia 2, envisagées à la
suite des premières opérations ci haut citées, doivent également faire l’objet
d’un inventaire exhaustif attendu par les élus.
Une autre grande question sur laquelle Muzito sera attendu concerne l’économie
du pays. Les paramètres macroéconomiques du pays ne poussent pas à l’optimisme
six mois après sa prise du pouvoir. Les interpellateurs ne brossent pas, en
effet, un tableau luisant de l’état du pays tant sur le plan de l’orthodoxie de
gestion comme sur celui de la maitrise des paramètres macroéconomiques. Le taux
de change et l’inflation ont fortement flambé, dépassant de loin les prévisions
gouvernementales, et rendant ainsi son budget irréaliste. Le problème de
l’application du budget dans le délai se pose comme celui de la réforme des
entreprises publiques qui n’a pas tenu pas compte, selon les interpellations, de
l’état des lieux qui aurait permis d’évaluer réellement le poids de chaque
entreprise publique.
Plusieurs questions sont soulevées par cette interpellation dont l’issue est
encore incertaine puisque les députés, même s’ils ne sont pas appelés à voter
directement le départ de Muzito, peuvent prendre des recommandations à l’endroit
du Président de la République préconisant des sanctions s’ils trouvent des
griefs importants pouvant appeler des sanctions.
Ce qui est sûr, en tout cas, c’est que Muzito ne doit pas minimiser cette
interpellation dans laquelle il est même personnellement cité comme ayant des
intérêts dans une entreprise privée des travaux publics qui aurait bénéficié
d’un paiement important de la part du Trésor public. Ce sont là des accusations
trop graves qui doivent être balayées par le chef du gouvernement de qui on
attend un grand effort de conviction. Le doute n’est pas permis parce que les
accusations sont graves.
Mais il faudra attendre au moins une semaine avant de voir Muzito se présenter
devant les élus puisqu’il ne pourra être saisi qu’avec le texte adopté par la
plénière, lequel peut subir des modifications. Ce qui ne sera pas le cas, comme
dit ci-haut, pour Thambwe Mwamba et Lambert Mende qui seront, eux, devant les
élus dès la prochaine plénière. Le ministre de la Communication et des Medias
devra répondre des égarements d’un journaliste de la Rtnc, de
l’instrumentalisation de la radio et de la télévision publiques, de la coupure
du signal de la chaîne de l’Assemblée nationale et du refus de la retransmission
en directe des séances plénières de la chambre basse du Parlement.
Quant à Thambwe Mwamba, il lui est reproché d’avoir tenu des propos injurieux et
discourtois à l’endroit des députés nationaux. Les deux doivent donc répondre de
leurs actes et risquent leurs postes aux cas où ils ne sauront pas convaincre
les députés de leur bonne fois. La plénière s’annonce donc palpitante.
Charles Mukonkole
Motion de défiance contre Thambwe Mwamba à
l’Assemblée Nationale
Le député Okundji veut placer le Parlement dans l’arbitraire
Roger
Lumbala Tshitenga et Lissanga Bonganga Jean-Pierre, tous deux députés nationaux
de l’opposition et membres du groupe parlementaire Odr, ont conjointement signé
une déclaration valant interpellation du gouvernement dont le texte est déjà
distribué aux députés nationaux depuis le week-end dernier. A cette même date,
les élus nationaux sont entrés en possession des textes des députés Mukonkole
Martin et Okundji Emery, portant, le premier, sur la motion de défiance contre
le ministre de la Communication et des medias tandis que le second porte sur la
même procédure adressée cette fois-ci au ministre des Affaires étrangères. La
séance plénière de la chambre basse du Parlement consacrée à l’examen de ces
trois textes prévue pour ce mardi 19 mai er reportée à une date ultérieure.
Connaissant le radicalisme de ces quatre membres de l’opposition, appartenant
tous d’ailleurs au même groupe parlementaire, l’Odr, pour ne pas le citer,
l’opinion nationale s’attend à une belle empoignade au sein de l’hémicycle entre
majorité, logiquement enclin à soutenir ses membres, et l’opposition, plus que
jamais déterminée à en découdre même si sur certaines questions, la ligne de
démarcation entre majorité et opposition sera difficile à établir.
Il s’agit notamment de la motion de défiance contre le ministre des Affaires
étrangères, Alexis Thambwe Mwamba, dont les propos « discourtois, mensongers,
injurieux et méprisants », qualifiés comme tels par Okundji Emery dans son
document, tenus à Goma le 25 février 2009, auraient blessé la susceptibilité de
tous les députés nationaux indistinctement, lesquels considèrent avoir été
humiliés devant des officiels étrangers . Une sorte d’unanimité semble entourer
cette motion de défiance lancée contre Thambwe Mwamba à telle enseigne que
opposition et majorité risquent de parler le même langage dans le but de
protéger les intérêts matériels et moraux des élus nationaux et de leur
institution, comme si l’institution appartenait aux députés et non à la
République. Mais loin de se fier aux apparences et aux discours, il revient de
relever que l’expérience politique vécue au sein de cette hémicycle depuis
l’installation de cette législature prouve que devant toute question liée au
vote sur des individus, la majorité ne s’est jamais départie de son obligation
politique et morale de solidarité. Et les exemples sont plus que légions. Il
existe donc une chance infiniment petite de voir Thambwe Mwamba succomber à
cette motion.
Toutefois, en dehors des considérations partisanes, force est de constater que
la motion de défiance contre le ministre des Affaires étrangères tient plus de
l’intention délibérée de nuire et de s’afficher que de la volonté manifeste de
faire avancer la démocratie et la bonne gouvernance dans notre pays. En effet,
en recoupant les dispositions des articles 23 et 100 de la Constitution et
celles de l’article 2 du règlement intérieur de l’Assemblée nationale, il
ressort très clairement que la chambre basse a deux missions principales : une
mission législative et une autre de contrôle. Le contrôle dont question ici
porte sur le Gouvernement, les entreprises publiques, les établissements et les
services publics. La question principale qui se pose ici est de savoir sur quels
actes porte le contrôle du Parlement sur le Gouvernement, car contrôler le
Gouvernement ne donne pas droit à un parlementaire de poser indistinctement tout
type d’actes contre un ministre au motif que celui-ci fait partie de son champ
d’investigation. Les actes visés par le contrôle parlementaire sont ceux liés à
la gestion d’un service public dont un ministre ou un mandataire public a la
charge. Dans la gestion de ce service public, les parlementaires sont en droit
de contrôler tout acte même celui ayant trait à la corruption, au détournement
ou étant à l’origine de discréditer ou de faire perdre à l’Etat ou à des
institutions, des avantages quelconques, qu’ils soient matériels, politiques ou
autres. Dès lors qu’un membre du Gouvernement est fautif dans sa gestion, il
doit s’attendre à une action de contrôle du Parlement. Ce qui est logique.
Mais ce qui n’est pas logique, en revanche, c’est le fait d’actionner un
contrôle parlementaire dans le simple but de sanctionner des propos d’un
ministre qui n’ont aucun lien direct ou indirect avec la gestion des Affaires
étrangères. Le fait, pour lui, de dire que le député national touche
l’équivalent de dix ans de salaire d’un enseignant du Nord-Kivu ne peut en
aucune façon faire appel à un contrôle parlementaire. En effet non seulement
qu’il n’est pas faux d’affirmer cela, puisque tout le monde en parle dans le
pays, mais il est d’autant plus vrai que le ministre n’a usé que d’un droit
constitutionnel reconnu à tout citoyen congolais à l’article 23 de la
Constitution qui protège la liberté d’expression pourvu qu’elle soit conforme à
l’ordre public et aux bonnes mœurs. Les députés nationaux ne doivent pas, par un
sentiment de corporatisme, se laisser emporter par des attitudes violant
systématiquement la Constitution au motif de préserver leur dignité. La motion
de défiance contre Thambwe Mwamba doit être rejetée, même par motion d’ordre, à
cause de son caractère anti constitutionnel, car son examen mettrait l’Assemblée
nationale en contradiction avec sa mission et la Constitution tout comme il
donnera l’impression malveillante selon laquelle les élus veulent considérer
l’Assemblée nationale comme une forteresse inviolable. Il y a risque de voir le
régime tourner vers un régime d’assemblée nuisible à l’indépendance d’esprit et
à la liberté d’expression. La chambre basse dégagerait, en outre, l’image d’une
institution qui ne tolère pas la critique et très renfermée sur elle contre les
autres institutions. Il y a de quoi faire attention pour que par ces mécanismes
de contrôle parlementaire, le pays ne débouche sur un conflit entre les
institutions à telle enseigne que celles-ci se surveilleraient mutuellement en
guettant le moindre dérapage de l’autre. Les députés doivent savoir qu’à ce jeu,
ils sont très loin d’emporter la bataille puisque leur indépendance n’est pas à
l’abri des textes, lesquels donnent un pouvoir abrogatoire suprême au chef de l’Etat,
donc à un membre de l’exécutif.
Charles Mukonkole
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