Concertations de Nairobi

Gouvernement-Cndp, le compromis historique est loin d’être réalisé

- Les divergences demeurent malgré l’optimisme affiché par le général kenyan Lazaro. Le cahier de charges du mouvement rebelle reste flou et irréaliste

Le calendrier différé de la reprise des concertations à Nairobi, au Kenya, entre le gouvernement congolais et la rébellion du Cndp a été respecté. C’est sous le coup de 11 heures locales que le coup d’envoi a été donné hier au siège des Nations Unies de la capitale kenyane sous la facilitation de Benjamin Mkapa, assistant du facilitateur principal et envoyé spécial de l’Union Africaine. Olusegun Obasanjo a été, quant à lui, le grand absent de la séance d’ouverture pour des raisons évidentes.

A ce deuxième round des pourparlers, la délégation gouvernementale est conduite par Raymond Tshibanda, ministre de la Coopération Internationale et Régionale et, elle est composée de l’abbé Malu Malu, coordonnateur du Programme Amani, des gouverneurs du Nord-Kivu, Julien Paluku et de son collègue du Sud-Kivu, Léonce Muderwa et d’autres experts tandis que celle du Cndp est dirigée par Kambasu Ngeze, son secrétaire général.

D’entrée de jeu, les deux parties ont procédé à l’examen et à l’harmonisation des textes demeurés en suspens lors du premier round des concertations interrompues le 12 décembre dernier par la facilitation et en fin de compte à l’examen du texte du cessez-le-feu.

Pour baliser la voie menant vers le processus de la paix, la délégation gouvernementale a ensuite posé le problème du cahier de charges du Cndp. Il s’agissait principalement de clarifier le cadre fixé par le mandat de la facilitation et de s’assurer que le mouvement rebelle partageait le même entendement, c’est-à-dire la résolution d’une crise sécuritaire et humanitaire dans le Nord-Kivu et nullement une crise politique globale. Cela a nécessité un débat en aparté en fin de matinée entre le Cndp et la facilitation. Pour le mouvement rebelle, la question du Kivu a un caractère national et par conséquent, il faudrait associer aux concertations toutes les institutions nationales dont le Parlement et aussi bien que l’opposition.

S’agissant du cessez-le-feu, les deux parties ont eu l’occasion d’examiner la première mouture de ce texte avant de se mettre d’accord. La signature de ce document est prévue pour ce vendredi. Fondamentalement le mandat de la facilitation se limite à examiner les causes profondes de la guerre au Kivu et à dégager des pistes de solutions tout en formalisant le cessez-le-feu.

Au terme des pourparlers entamés hier qui ont duré sept heures, un des substituts de Obasanjo, le général kenyan Lazoro, visiblement optimiste, a déclaré que « les concertations évoluent bien ». On espère que son optimisme ne sera pas battu en brèche demain.

Un cahier de charges flou

Au regard de ces confidences, on peut certes estimer qu’un premier pas a été franchi dans la recherche de la solution négociée de la paix. On ne peut cependant se leurrer tant que des résultats notables ne sont pas signalés. Rien n’est encore joué car, les divergences demeurent malgré les apparences souvent trompeuses surtout que la réalité des faits a constamment était démentie par le double jeu des acteurs tels que Laurent Nkundabatware qui, avec les nouvelles perspectives régionales, se sent sur le fil du rasoir.

Dans le cas d’espèce, il n’est un secret pour personne que le chef du Cndp n’est pas respectueux de ses engagements. Il l’a démontré avec la renonciation de la signature de son mouvement apposée sur l’accord d’engagement de Goma du 23 janvier 2008. Quelles sont les preuves d’engagement qu’il pourrait donner cette fois et garantir la sincérité de sa démarche ?

Dans cette entreprise encore vacillante puisqu’elle se recherche encore, il est naturellement hasardeux de lui donner un chèque en blanc.

De toute évidence, il est clair que le chef rebelle s’évertue à gagner du temps et se bat pour conserver le semblant d’avantages acquis tant au plan politique, militaire qu’économique en vue de rebondir davantage. Le cahier de revendications dressé à l’intention de l’émissaire des Nations Unies, Olusegun Obasanjo à Jomba est révélateur des ambitions pour les moins démesurées du général déchu. On sait qu’il excelle dans le jeu d’équilibrisme, on doit dès lors s’interroger s’il est prêt à s’engager sur la voie du Programme Amani, condition sine qua non à laquelle tient le gouvernement. La prudence doit être de mise d’autant plus que la lisibilité du cahier de charges du Cndp demeure floue.

Ndong.M.N.