Avec les déclarations de fin de guerre du Cndp et des Maï Maï Pareco

Tête à tête Kabila-Ambassadeurs du Conseil de sécurité de l’ONU ce matin

- Avec les ambassadeurs des pays membres du Conseil de sécurité, le Chef de l’Etat voudrait donner un nouveau contenu aux pourparlers de Nairobi

-  Laurent Nkunda, pour sa part, s’implique dans la dynamique actuelle du retour de la paix à l’Est du pays

Les choses vont vite à l’Est du pays. Après la déclaration de fin de guerre prononcée vendredi 16 janvier dernier par 11 officiers du Cndp parmi lesquels Bosco Ntaganda, chef d’Etat - major de ce mouvement, et celle de fin des hostilités faite par les Maï-Maï Pareco sous la signature de son président Museveni Sendugu, président, et le colonel Mugabo Baguma, commandant, le 17 janvier, le train du retour de la paix dans cette partie du pays est bel et bien en marche. Les barrières qui séparaient autrefois les lignes des fronts entre les belligérants dans le territoire de Masisi ont été levées, et une délégation mixte Fardc-Cndp-Pareco s’est rendue à Mushaki, à 45 kilomètres au Sud Ouest de Goma. Ceci est le résultat du ralliement des troupes Cndp et Pareco aux Fardc le week-end dernier. Les Fardc se sont faits représenter par le commandant de la 8e région militaire, le général Vainqueur Mayala, à la tête d’une forte délégation des Fardc, tandis que le Cndp était représenté par le général Bosco Ntaganda, le Pareco par son président Museveni Sendugu. Leur mission était de sensibiliser les populations civiles ainsi que les troupes sur la nouvelle donne militaire dans la zone. A savoir que les ex-belligérants sont devenus des alliés pour combattre un ennemi commun : les Fdlr.

Les deux principaux groupes Maï-Maï du Sud Kivu se disent aussi disposés à rejoindre le centre de regroupement de Luberizi au vu de l’évolution observée au sein du Cndp. Les responsables de ces deux mouvements confirment que les Frf basés dans les Hauts Plateaux de Minembwe ne constituent plus un obstacle dès lors que le chef d’Etat Major du Cndp décide de réintégrer les rangs des Fardc.

Pour Richard Mukulumanya, le chef militaire du groupe Maï-Maï Shikito : «Et nous et les Fardc, notre ennemi commun était le Cndp. Je pense que le Cndp et les Frf sont les mêmes et qu’aujourd’hui le Cndp a accepté de réintégrer les Fardc. Donc pour moi aussi il n’y a pas de difficulté d’aller vite, vite au regroupement pour faire amener mes éléments dans les Fardc».

Avec cette nouvelle donne politique, Laurent Nkunda, le chef chassé du Cndp, ne s’avoue pas vaincu. Il s’est aussi impliqué dans la dynamique du retour de la paix à l’Est du pays. Comme il l’a déclaré hier au cours d’une interview lui accordée par notre confrère de Digital Congo FM, Frédéric Kitengye Kinkumba, l’ancien homme fort se dit prêt même à signer l’accord en négociation à Nairobi avec le gouvernement de Kinshasa (voir interview à la page 2).

A Kinshasa, le gouvernement n’a pas manqué d’exprimer sa satisfaction. Déjà, le même jour de la signature de la déclaration du Cndp, le porte-parole du gouvernement, Lambert Mende, affirmait que le gouvernement était prêt à transformer ce mouvement en parti politique, et à faciliter ainsi la réintégration dans l’armée régulière de ceux qui le désirent : « C’est une avancée tout à fait significative. Nous avons là des citoyens congolais qui estiment qu’on ne peut pas continuer à revendiquer des choses en appliquant une mauvaise méthodologie. Nous avons une disposition à transformer ce groupe en parti politique pour articuler des revendications, et nous avons une détermination à réintégrer les forces armées pour ceux qui le souhaitent.»

Le ministre des Affaires étrangères, Alexis Thambwe Mwamba, a également salué les déclarations de fin de guerre de la part du Cndp et des Maï-Maï Pareco, et l’implication de Laurent Nkunda dans la dynamique de la paix. Il a néanmoins souligné que la nouvelle donne doit être prise en compte dans les pourparlers de Nairobi que modèrent l’envoyé spécial du secrétaire général de l’Onu, l’ancien président Nigérian Olusegun Obasanjo et l’ancien président tanzanien Mkapa en sa qualité d’envoyé spécial de l’Union africaine.

Ainsi, le chef de l’Etat, Joseph Kabila Kabange reçoit ce mardi une délégation des ambassadeurs cinq pays membres du Conseil de sécurité avec qui il va s’échanger sur les implications de la nouvelle dynamique à l’Est du pays dans les pourparlers de Nairobi qui doivent reprendre les travaux le 25 janvier prochain.

La nouvelle dynamique est la résultante du réchauffement des relations entre Kinshasa et Kigali, le principal soutien du Cndp. Les deux capitales ont convenu, sur recommandations du conseil de sécurité des Nations unies, à travers les résolutions 1.856 et 1.857, de se mettre sur une table pour jouer chacun son rôle dans la réalisation de la paix en Rdc. En effet, le Conseil de sécurité a exigé des actions concrètes de la part des Gouvernements de la Rdc et du Rwanda, ainsi que des autres gouvernements de la Région et en dehors de la Région.  La même résolution souligne que les processus de Goma et de Nairobi demeurent le cadre approprié pour la stabilisation de la situation à l’Est de la RDC. A cet égard, la Monuc soutient à fond les efforts des Présidents nigérian Obasanjo et tanzanien Mkapa de mener à bien le dialogue à Nairobi ».

Avec ce tableau de bord présenté par le Conseil de sécurité, les deux parties, congolaise et rwandaise, ont réussi à se mettre d’accord pour neutraliser les Fdlr d’une part, et d’autre part, ramener le Cndp aux bons sentiments.

Il reste qu’avec les échanges du jour avec les ambassadeurs des pays membres du Conseil de sécurité, que Kinshasa puisse lever l’option de l’opportunité ou pas de la signature de l’Accord de Nairobi, ou plutôt celle de la révision des termes de référence de cet accord. A Kinshasa de bien jouer pour que la paix puisse revenir effectivement au pays, et que le Cndp puisse trouver sur son chemin l’essentiel de ses préoccupations, à savoir son implication dans la lutte contre ceux qui insécurisent le pays à l’Est du pays, dont les Fdlr.               

Lr