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Assemblee nationale-gouvernement
Les leçons à tirer du rejet des motions de défiance
contre Thambwe et Mende
La
semaine qui vient de s’achever a été dominée à
l’hémicycle du Palais du peuple par la présentation de
deux motions de défiance à l’endroit de deux ministres
du gouvernement Muzito. La première initiée par le
député Emery Ukundji attaquait le ministre des Affaires
étrangères, Alexis Thambwe Mwamba, pour avoir tenu,
d’après lui, des propos malveillants à l(encontre des
députés. L’autre motion initiée par le député Martin
Mukonkole Kibongie attaquait le ministre de la
Communication et des Médias, Lambert Mende, sur base
d’un certains nombre de griefs dont l’interruption des
retransmissions en direct par la Rtnc des plénières du
Parlement et la caporisation de cette chaine nationale.
Après l’exposé du contenu de ces motions suivi des
débats et des interventions des concernés, ont eu lieu
les votes pour ou contre ces motions. A l’issue de ces
deux votes, les deux motions ont été déclarées rejetées
par le président de l’Assemblée nationale, le prof
député Evariste Boshab. En effet, pour la motion de
défiance contre le ministre Thambwe, 194 votes ont été
favorables, 199 contre, 9 abstentions, 4 nuls sur 406
votes exprimés. Quant à la motion contre le ministre
Lambert Mende, 134 votes ont été favorables, 241 contre,
8 abstentions et 25 nuls sur 408 votes exprimés.
N’ayant pas obtenus la majorité absolue des voix des
membres composant l’Assemblée nationale, soit 251 votes,
les deux motions ont été tout simplement rejetées.
Malgré ces deux rejets, une certaine agitation s’est
observée au sein de l’hémicycle à l’issue de la
proclamation des résultats. Certains députés de
l’opposition voudraient interpréter à leur manière la
Constitution demandant à ce que le même vote de la
majorité absolue soit appliqué pour les votes contre. Au
cas contraire, il faudrait ramener à la surface les
mêmes motions. Ils se sont même dits prêts à saisir la
Cour suprême de Justice pour interprétation. Liberté que
le président de l’Assemblée nationale leur a demandé
d’en jouir après les avoir ramené à la bonne lecture de
la Constitution.
Ce qui est tout simplement une mauvaise lecture de la
Constitution qui reste claire principalement en son
article 146, alinéa 3 qui stipule : « Le débat et le
vote ne peuvent avoir lieu que quarante huit heures
après le dépôt de la motion. Seuls sont recensés les
votes favorables à la motion de censure ou de défiance
qui ne peut être adoptée qu’à la majorité absolue des
membres composant l’Assemblée nationale. Si la motion de
censure ou de défiance est rejetée, ses signataires ne
peuvent en proposer une nouvelle au cours de la même
session ».
En lisant attentivement la Constitution, il y a de quoi
dire que le président de l’Assemblée nationale pouvait
même au mieux se limiter à la proclamation des votes
favorables, soit 194 en ce qui concernait le ministre
Alexis Thambwe et 134 concernant le ministre Lambert
Mende. Chacun de ces votes, comme on peut le constater,
n’a pas atteint les 251 exigés.
Toutefois, politiquement, l’on peut bien tirer des
leçons de ces votes. D’abord, comme lors des votes
portant sur le renouvellement du Bureau de l’Assemblée
nationale, la majorité a réussi à s’affirmer face à une
opposition fixiste. Secondo, au sein de la majorité, en
ce qui concerne les votes exprimés par rapport à Thambwe
Mwamba, les résultats ont été plus l’expression du
sentiment, de l’émotion comme l’avait prévenu lors du
débat le député Takis Dominique. Même la majorité a été
touchée du fait que ce que l’on a considéré comme une
insulte du ministre Thambwe à l’encontre des députés
concernait tous les députés. Et là, des députés de la
majorité ont voté aussi contre lui.
Il y a aussi un autre fait à ne pas minimiser lors des
votes. Sur le plan sentimental toujours, combien sont
des collègues de la même famille politique qui
souhaiteraient se retrouver au gouvernement voulant
réduire les chances de ceux qui sont là pour maximiser
les leurs. Toutefois, au ministre Thambwe de se
ressaisir en évitant un autre affront avec les
parlementaires. Sinon, la prochaine risque d’être
fatale.
Tshibambe Lubowa
Thambwe Mwamba et Lambert Mende
restent au Gouvernement
Ce n’est certainement pas demain la
veille pour Thambwe Mwamba et Lambert Mende, les deux
ministres du Gouvernement Muzito qui avaient fait
l’objet, chacun en ce qui le concerne, d’une motion de
défiance. Les deux membres de l’exécutif national, non
sans avoir transpiré à petite goutte sous leurs tenues
de ville correctement dressées, ont, en effet, réussi
leur « interrogation »’ devant des élus du peuple,
apparemment convaincus des réponses qui leur ont été
données, et peuvent ainsi, continuer à porter leur titre
de membres du Gouvernement. En effet, les résultats du
vote organisé à l’issue de ce débat les confirment dans
leurs fonctions puisqu’aucune motion n’a recueillie la
majorité absolue des membres qui composent l’Assemblée
nationale, soit 250 plus une voix, pour être adoptée.
Ils se sont défendus
199 députés, pour Thambwe Mwamba, et 253, pour Lambert
Mende, ont rejeté respectivement les deux motions,
privant ainsi ceux de leurs collègues qui soutenaient la
motion, de la possibilité de faire partir le ministre
des Affaires étrangères et celui de la Communication et
des médias du Gouvernement. Il ne pouvait, du reste, pas
en être autrement tant est si bien que le numéro un de
la diplomatie congolaise et le porte parole du
Gouvernement ont brillamment rejeté, l’un après l’autre,
les griefs qui leur étaient imputés par les initiateurs
de deux motions de défiance, à savoir Emery Okundji,
pour le premier, et Martin Mukonkole, pour le second;
privant ainsi à ces derniers de toute possibilité de
convaincre des députés éclairés.
Alexis Thambwe Mwamba, ancien député, a su trouver les
mots et le ton justes pour non seulement captiver un
auditoire qu’il connait comme sa poche, pour y avoir
excellé pendant deux ans, mais aussi pour lever, une
fois pour toute, l’équivoque sur des propos
malencontreux qui lui ont été prêtés. En bon avocat, il
a commencé par reconnaître le rôle positif joué par la
chambre basse du Parlement congolais dans l’enracinement
de la démocratie dans notre pays, rôle mondialement
reconnu à l’heure actuelle. Pour avoir personnellement
fait la queue, pendant deux ans, dans les couloirs du
questeur de l’Assemblée nationale comme Emery Okundji,
il a reconnu que les émoluments du député national ne
représentent pas dix ans des salaires d’un enseignant du
Nord-Kivu. Caressant les députés dans le sens du poil,
il a manifesté son grand intérêt pour leur institution
en dévoilant son ambition de revenir dans cet hémicycle
dès que l’occasion lui sera permise.
Sur ce point de vue, la stratégie de l’ancien cadre de
l’Udi, avait fonctionné à merveille, car c’était
l’unique façon pour lui d’introduire ses propos dans une
salle qui lui était totalement hostile. Il l’a fait avec
merveille avant d’indiquer les circonstances
sécuritaires dans lesquelles il avait pris ses fonctions
à la tête des Affaires étrangères. Dans un climat de
psychose généralisée dû à l’imminence de la chute, entre
les mains des rebelles du Cndp, de la ville-symbole, et
martyr, de Goma.
Face à ce climat anxieux, il était impérieux, a-t-il
soutenu qu’une action diplomatique d’envergure vienne
briser cet élan et rétablir l’espoir auprès de la
population de Goma et de l’ensemble du pays. C’est dans
ce contexte particulier que doivent être inscrits les
propos qui lui ont été prêtés et qui du reste, a-t-il
précisé, n’étaient pas destinés aux députés nationaux
mais plutôt à un groupe, non autrement identifié, qui
avait appelé la population à boycotter la mission
gouvernementale descendue sur place à Goma.
Terminant ses propos par des excuses généralisées à tous
les députés, et particulièrement au Rcd-Kml Kyaviro,
initiateur et auteur de la fameuse pétition qui a été à
la base de la levée des boucliers entre l’exécutif et la
chambre basse du Parlement.
Certains députés Amp ont lâché Thambwe
Après des propos si bien fouillés et travaillés, le
résultat qui a sanctionné l’issue du débat organisé
quant à ce, laisse un peu perplexe et soulève plusieurs
interrogations. En effet, Thambwe Mwamba n’a pas
bénéficié, de manière inconditionnelle, du soutien des
députés de la majorité. Cette dernière a voté de manière
incontrôlée faisant ainsi naître un brin d’espoir à
l’opposition, mais soulevant la grande question de la
gestion du vote secret des élus lorsque leurs
convictions sont en jeu.
C’est une grande question qui doit être résolue. Mais en
attendant, Lambert Mende ne se pose pas cette question
puisque lui, au contraire, n’a pas eu à beaucoup douter
dans la mesure où les élus de la majorité ont fait blocs
derrière lui en rejetant massivement la motion initiée
contre lui. Ils l’ont fait à la suite des réponses
musclées de Mende dont la verve oratoire et l’instinct
d’animal politique qui le caractérise ont réussi à faire
le reste dans son effort de persuasion. Mende a répondu;
Mende a convaincu sur certains points pas sur d’autres
comme le boycott par les médias publics de la cérémonie
d’ouverture de la session ordinaire de mars 2009. Les
medias, publics ou privés, faisant partie d’un autre
pouvoir, n’ont pas à se poser des questions ou à
subordonner leur travail à des considérations politiques
qui les dépassent. Ils n’ont qu’à faire leur travail de
reportage en couvrant et en constatant les faits.
Toutefois, on peut lui reconnaître le bénéfice de
l’application du principe selon lequel la politique
conditionne tout. Néanmoins, sur tous les autres points,
Mende a convaincu surtout qu’il a laissé la porte
ouverte à la discussion entre institutions de la
question de la retransmission des plénières du
Parlement. Il a aussi permis, en défendant les
travailleurs de la Rtnc, de poser le problème du
paiement de la dette que doit l’Assemblée nationale à
cette chaîne publique. Ce qui est une bonne chose.
Les deux ministres restent donc au Gouvernement qui a
encore besoin de leur compétence.
Charles Mukonkole
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