|
Opération militaire Rdc-Rwanda
Les députés font de la surenchère
Les
députés nationaux originaires de l’Est du pays ainsi que
la grande partie des députés nationaux de l’opposition
réclament, à cor et à cris, la convocation d’une session
extraordinaire de l’Assemblée nationale pour examiner la
situation qui prévaut actuellement dans cette partie du
pays. En effet, à la suite d’un accord intervenu entre
les Gouvernements rwandais et congolais, les forces
armées de ces deux pays ont entamé depuis le début de la
semaine dernière, des opérations militaires conjointes
sur le sol congolais en vue de débusquer les forces
négatives des Fdlr et Interhamwe, présents sur le sol
congolais, qui servaient de prétexte au général
dissident Laurent Nkunda pour entretenir sa rebellion
armée dans cette partie du pays.
A l’image de l’opération militaire similaire menée par
les troupes ougandaises, sud-soudanaises et congolaises
contre les rebelles de la Lra, de Joseph Kony,
l’opération militaire rwando-congolaise semble être un
succès, même si elle n’en est qu’à ses premières
opérations. C’est en effet le sentiment général qui se
dégage des premières déclarations des autorités
rwandaises qui n’ont pas manqué d’exprimer leurs
premières impressions à l’issue de la première opération
menée sur terrain et qui semble avoir porté une estocade
aux troupes rebelles rwandaises. Si le très sceptique et
congophobe averé, le président rwandais, déclare être
satisfait de l’évolution de la situation sur terrain,
cela ne peut que réjouir les initiateurs de cette
opération ainsi que tous ceux qui y ont cru, malgré les
nombreuses zones d’ombres qui entourent cette décision
ainsi que ses conséquences sur la souveraineté
congolaise sur les parties du territoire national
‘’occupées’’ par les forces étrangères.
Cette crainte, toute fondée du reste, anime au plus haut
point les élus nationaux originaires de l’Est du pays
ainsi que ceux de l’opposition qui estiment que
l’Assemblée nationale devait être consultée avant de
donner l’autorisation aux troupes rwandaises de pénétrer
sur le sol congolais. S’il est vrai que l’Etat de droit
que nous appelons de tous nos voeux exige la
transparence dans la conduite des affaires de l’Etat, il
est d’autant plus vrai que cet Etat de droit requièrt le
respect; par tous des règles qui régissent les
institutions du pays. La règle fondamentale qui régit
toutes les institutions du pays est la Constitution
congolaise qui édicte des mécanismes très clairs de
fonctionnement de chaque institution ainsi que les
mécanismes de collaboration entre les institutions du
pays.
Si nous parcourons la Constitution du 18 février 2006
actuellement en vigueur, les articles 85 et 86 donnent
le pouvoir au Président de la République de proclamer
l’état d’urgence ou l’état de siège ainsi que l’état de
guerre. Dans le premier cas, la Constitution lui fait
obligation de se concerter avec le Premier ministre et
les Présidents de deux chambres tandis que dans le
second cas, il lui est imposé l’obligation de requérir
l’avis du conseil supérieur de la défense et
l’autorisation de l’Assemblée nationale et du Sénat.
Comme on peut bien le constater, qu’il s’agisse de la
proclamation de l’état de siège ou d’urgence ou encore
de la proclamation de belligerence, les chambres
parlementaires sont associées dans la démarche tout
comme elles doivent approuver tout accord ou traité
ayant pour conséquence la céssion d’une portion de notre
territoire conformément aux dispositions de l’article
214 de la même Constitution. Dans tous ces cas, les deux
chambres parlementaires doivent se réunir pour donner
leur aval. Au cas où elles se trouveraient en vacances,
comme c’est le cas présentement, elles doivent être
automatiquement convoquées en session extraordinaire
conformément aux articles 116 et 144 de la Constitution
ainsi qu’à l’article 56 du reglèment intérieur de
l’Assemblée nationale.
Logiquement, rien ne s’oppose ni peut s’opposer, sur le
plan des textes, à la convocation d’une session
extraordinaire de l’Assemblée nationale comme le demande
certains députés nationaux. Mais, toute chose restant
égale par ailleurs, il convient néanmoins de vérifier,
par rigueur scientifique et honnêteté intellectuelle, si
la convocation sollicitée, dans ce cas d’espèce, rentre
dans le cadre tracé par la Constitution pour légaliser
voire même légitimer la décision du Gouvernement de
faire appel aux troupes rwandaises pour combattre les
rebelles Fdlr et Interhamwe.
De prime à bord, il faut reconnaître que le
Gouvernement, même si les deux chambres étaient en
session, n’était pas tenu de requérir leur autorisation
puisque l’acte posé n’appelle pas l’autorisation
expresse du Parlement. Tout au moins, sur le plan de la
collaboration interinstitutionnelle, les Présidents des
deux chambres pouvaient être informés. Mais leur accord,
encore moins celui de leurs chambres respectives,
n’était requis.Il faut, en effet, distinguer la légitime
défense avec la proclamation de guerre. On peut
proclamer la guerre pour soit revendiquer un droit soit
pour aider un allié agressé. Dans ce cas, on est tenu
d’avoir l’accord du Parlement. Mais on n’a pas besoin de
cet accord pour se défendre ou pour appeler un allié à
nous aider à nous défendre. La légitime défense est
qualifiée par la Charte de l’Onu de droit naturel qui
n’appelle aucune restriction de la part de l’Etat qui
est agressé. La Rdc a fait appel au Rwanda non pas dans
le but de lui céder une portion de son territoire; mais
bien dans le but de mettre fin à un conflit armé qui
s’enlisait. C’est une forme de droit à la legitime
défense.
En plus, sur le plan des règles internationales, les
Etats ont l’obligation de ne pas faire de leurs
territoires de bases arrières à partir desquelles des
mouvements rebelles étrangers peuvent opérer pour
déstabiliser un autre Etat. Les relations amicales entre
Etats impose cette règle. C’est donc légitime que la Rdc
demande à un voisin de l’aider à mettre fin à
l’existence sur son territoire d’un mouvement rebelle
qui a pour but de le déstabiliser.Les députés nationaux
qui demandent la convocation d’une session
extraordinaire peuvent l’obtenir pour débattre de la
question et pour faire des recommandations au
Gouvernement, comme d’habitude, mais ils ne peuvent pas
dire que cette convocation est obligatoire. C’est
d’ailleurs pour cela qu’ils sont entrain de recolter des
signatures pour cela. il leur faudra du reste récolter
250 signatures pour obtenir cette convocation.
Dans cette période des vacances parlementaires, il sera
difficile d’obtenir cette convocation pour la simple
raison que les députés sérieux se trouvent déjà dans
leurs fiefs électoraux. Cette démarche s’apparente plus
à un certain acharnement des élus de l’Est ainsi que
ceux de l’opposition qui craignent de ne plus trouver
l’occasion de faire chanter le Gouvernement maintenant
que la crise de l’Est est en passe de trouver solution.
Beaucoup des députés du grand Kivu avaient fait de la
guerre de l’Est un fond de propagande politique pour se
faire connaître; ils craignent désormais de se retrouver
sans discours tout comme ceux des opportunistes
politiques qui voyaient en Kagame un parrain de choix
dans leur lutte contre le peuple congolais. Tout cela
est maintenant fini. On ne s’explique pas bien la
demande pressente de ces élus qui étaient en session
lorsque le Gouvernement avait déclenché les hostilités
avec les troupes ougandaises et sud-soudanaises contre
les rebelles de la Lra. Pourquoi seulement la démarche
avec le Rwanda soulève-t-elle des vagues des
protestations? La réponse est claire: l’arrestation de
Nkunda est la fin d’une certaine catégorie des
politiciens congolais.
Charles Mukonkole
Aussi Sur Nyota.net
|