Enième grève dans l’entreprise publique
Ocpt : les agents revendiquent le départ de l’Adg Muhongo

Le personnel de l’Office congolais des postes et télécommunications (Ocpt) observe depuis hier lundi un mouvement de grève, sans service minimum. Sur les banderoles comme dans les discours développés sur place, les agents justifient leur courroux par les arriérés de salaires de plusieurs mois qu’ils n’arrivent pas à recouvrer. A la tête de l’entreprise depuis 18 mois, l’Adg n’a payé que 3 mois de salaires, a-t-on appris à l’Hôtel des postes. Dans leur cahier des charges, les travailleurs revendiquent le départ de l’Adg. Muhongo wa Shabahanga, accusé de violation des textes légaux et des protocoles d’accords, ainsi que de détournement de 1,4 million Us provenant de la Gécamines et 95 millions de Fc destinés à la paie. Les agents lui reprochent également le licenciement, qualifié d’abusif, de quatre agents lors de la manifestation de la fête du 1er mai 2008 et autres licenciements malgré les instructions des ministres des Ptt et de l’Emploi de les reprendre.
En conséquence, ils réclament le limogeage de l’actuel Administrateur délégué général, accusé de mégestion à la base de cet impaiement. Le bras de fer engagé ainsi est hermétique et, pour qui connaît la détermination traditionnelle des agents de cet office, le sort de l’Adg Muhongo est presque scellé. Ils ont, en effet, réussi à déboulonner par le passé plusieurs de leurs dirigeants qu’ils avaient pourtant accueillis avec frénésie. On se rappellera d’ailleurs que la venue de Muhongo, actuellement contesté était saluée par un air de « Nzambe aponi yo » - « Dieu vous choisi »… sous entendu « pour résoudre nos difficultés ».
Selon le président des syndicats de l’Ocpt, Ekinda Mbale « cette grève est une action de l’intersyndicale (Untc, Csc, Otuc, Soptt, Solidarité) qui a constaté dans le comportement de l’Adg de violation des accords de la 12ème session tenue le 01 avril 2009 au centre Kimbanguiste s’agissant de la mobilisation des fonds pour la paie du personnel, de la régularisation de la situation administrative du personnel et de l’application de la clé de répartition des recettes. Pour cette raison, l’intersyndicale de l’Ocpt demande le départ, non du comité de gestion dans son ensemble, mais de l’Administrateur délégué général dans le plus bref délai ».
Tout naturellement, les agents et cadres ont le droit de dénoncer, voir de tourner le dos aux dirigeants dont l’action ne prend pas en charge leurs attentes légitimes. Cependant une sagesse de chez nous invite à scruter minutieusement dans la conduite d’un homme qui divorce successivement d’avec trois femmes, voire plus. Jamais une entreprise publique n’aura connu, ces 10 dernières années, un aussi important ballet des dirigeants comme l’Ocpt. Avec raison donc les observateurs refusent de se solidariser du personnel en grève ; tout le monde voudrait d’abord comprendre les raisons de l’échec de tous les Adg qui se sont succédé à la tête de ce monstre en déliquescence discontinue depuis la deuxième République.
Selon des informations recueillies auprès de certains cadres, le personnel a vraisemblablement pris en otage l’entreprise au sein de laquelle leur utilité appartient désormais à une lointaine histoire. Il est vrai, ont-ils explicité, que ces vieux agents ont sacrifié leur énergie pour la prospérité de cette entreprise qui, dans un passé lointain, était plus prospère que la Gécamines. Mais le contexte de la redynamisation de l’office exige leur départ à la retraite pour permettre à l’Ocpt, non seulement de puiser dans la jeunesse mais aussi de se passer d’une masse budgétivore. La relance de l’entreprise est à ce prix. La rencontre entre les attentes légitimes des agents pour un pécule de retraite approprié et la volonté (supposée) des autorités à accéder à cette exigence n’a pas été facilitée par le contexte de crise généralisée de l’économie du pays.
A ce stade justement, certaines langues relèvent la part de responsabilité des agents aujourd’hui en furie dans la chute de leur unité de production. Les autorités ministérielles, les Adg, des partenaires extérieurs du pays avaient, depuis la deuxième République, dénoncé les pratiques négativistes des agents de l’Ocpt. Les détournements des recettes, la mauvaise prestation des services – en raison certainement de leur situation de monopole de l’époque - ont progressivement rongé l’entreprise aujourd’hui presque enterrée par une concurrence bien aguerrie. La situation est certes générale au sein des entreprises du portefeuille public. Les agents de la Société nationale d’électricité (Snel) perdus dans les arrangements avec des abonnés au détriment de l’entreprise ne soupçonnent pas les conséquences néfastes de leur méconduite. Pourtant en raison de la mauvaise qualité de leur produit, les consommateurs se positionnent en faveur de la privatisation. Après la bonne expérience dans le secteur des télécommunications, la privatisation n’effraie plus outre mesure. Bien au contraire !
James Momba et
Yannick Bilomona

 

Les Congolais tiraillés entre les contrats chinois et le FMI

La visite à Kinshasa de Dominique Strauss Kahn suscite plus de spéculations que celle du président Sarkozy lui-même. En effet, les Congolais espèrent que le directeur du FMI réussira à concilier deux projets jusqu’à présent contradictoires : permettre au pays d’atteindre enfin le « point d’achèvement», qui signifiera un allègement substantiel du paiement des intérêts de la dette et accepter les «contrats chinois », essentiels pour le développement des infrastructures, (routes, hôpitaux, écoles, logements sociaux) et le démarrage des « cinq chantiers » de la reconstruction.
Sur le plan technique, en dépit de la crise financière et de la chute des prix des matières premières, le Congo estime qu’en juin prochain, il aura rempli les conditions requises pour que ses principaux créanciers consentent à effacer une partie substantielle de la dette, soit 6,3 milliards de dollars. Le service de cette dette absorbe chaque mois quelque 40 millions de dollars, une ponction qui freine le financement des secteurs sociaux (santé et éducation) et celui de la sécurité, essentiel à la stabilisation du pays.
Du point de vue de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire international, deux points continuent à poser problème. Le premier, ce sont les dérapages en matière de dépenses militaires. Elles ont augmenté en 2008 à cause de la guerre menée dans l’Est du pays, des opérations de désarmement des rebelles rwandais et finalement, de l’intégration des militaires du CNDP (Conseil national pour la paix et le développement, le mouvement de Nkunda) au sein des forces gouvernementales. Sur ce point, la Belgique, par la voix de Charles Michel, ministre belge de la Coopération, a fait observer qu’on ne pouvait à la fois inciter le Congo à désarmer les FDLR et à intégrer les groupes armés, et le pénaliser pour le coût de ces opérations.
L’autre point litigieux est beaucoup plus sensible : les Occidentaux, y compris la Belgique, estiment qu’on ne peut consentir un allègement substantiel de la dette congolaise alors que, dans le même temps, Kinshasa se réendetterait auprès de la Chine, en accordant la garantie de l’Etat aux contrats passés avec les sociétés chargées de réaliser les travaux d’infrastructures.
Du côté congolais, Raymond Tshibanda, ministre de la Coopération internationale, insiste sur la complémentarité de la remise de la dette et du développement des infrastructures : «dans la plupart des cas, lorsque les pays pauvres accèdent au « point d’achèvement » et bénéficient de remises de dettes, les sacrifices consentis ont été tels qu’ils n’ont plus les moyens de réaliser des investissements importants, de faire redémarrer leur économie. Nous, nous voulons les deux : le soulagement financier ira de pair avec le développement de routes et des chemins de fer, ce qui bénéficiera à la relance de toute l’économie et générera de nouvelles ressources… »
De son côté, Pierre Lumbi défend becs et ongles les contrats passés avec la Chine : «étant ministre chargé des infrastructures, c’est moi qui suis allé à Pékin négocier le financement des travaux que je m’étais engagé à réaliser. Il s’agît d’accords de troc : en échange de grands travaux, que seules les entreprises chinoises ont la capacité de réaliser dans les délais requis et à prix compétitif, le Congo s’est engagé à permettre l’exploitation de ressources minières, à raison de 9 millions de tonnes de cuivre et de 200.000 tonnes de cobalt. Si les réserves actuellement connues ne nous permettaient pas de tenir nos engagements, d’autres prospections seraient entreprises. Nous trouverions d’autres moyens de financement, des terres agricoles par exemple. L’Etat, de toutes manières, ne donne sa garantie qu’en troisième ou quatrième position. Alors qu’en ces temps de crise financière, les Etats occidentaux s’engagent massivement aux côtés de leurs banques, pourquoi l’Etat congolais ne pourrait-il encourager le développement du pays ? »
Lumbi cite en exemple l’époque coloniale : «en 80 ans, la Belgique a réussi à financer le formidable développement du Congo, de ses villes, de ses voies de communication, uniquement grâce aux ressources naturelles du pays. Pourquoi les Chinois ne pourraient-ils pas faire de même?» Pour lui, les contrats chinois sont doublement avantageux: «en plus des réalisations prévues, ils nous rendent éligibles à la coopération chinoise, aux prêts préférentiels sur trente ans. Cependant, les intimidations n’ont pas manqué : outre les pressions exercées sur le plan intérieur, au niveau de l’Assemblée nationale par exemple, les représentants du FMI sont allés jusqu’en Chine pour tenter de bloquer les crédits, ou d’imposer une « coopération triangulaire » dans laquelle ils seraient partie prenante. »
A Kinshasa, l’ambassadeur de Chine, M. Zechian Wu s’exprime dans un français châtié, digne d’un ancien élève de l’ENA (Ecole nationale d’administration) à Paris. Sans langue de bois, il dénonce la « mauvaise foi » manifestée par le FMI : «lors de la négociation des contrats de joint ventures, nous étions parfaitement conscients du fait qu’il fallait absolument éviter que le Congo contracte de nouvelles dettes. En réalité, c’est la Chine qui a pris tous les risques : si les mines actuelles ne suffisent pas, nous investirons dans de nouvelles prospections et c’est l’Eximbank chinoise qui les financera… »
Dans une langue fleurie, le diplomate répète que la Chine, «n’est pas un pays agressif et veut être amie avec tout le monde». Sans y toucher, il glisse cependant «qu’il est contradictoire de voir les institutions internationales et les pays occidentaux s’intéresser aux réserves financières de la Chine, qui est le premier partenaire économique de l’Union européenne, et tenter en même temps de nous bloquer en Afrique et plus particulièrement au Congo… »Et de conclure, avec une soudaine fermeté : «ces contrats sont irréversibles, nous n’allons pas reculer, et les Congolais non plus… »
Après la visite de Dominique Strauss Kahn à Kinshasa, le «club de Paris », qui rassemble les principaux créanciers du Congo, devrait se réunir en juin prochain. Alors que les Français adoptent une position souple, que les Belges recherchent une solution de compromis, les Américains, plus durs, ont déjà fait savoir qu’avant de consentir à une annulation de la dette congolaise, ils exigeraient la revisitation des contrats chinois…
Colette Braekman/Le Soir





 



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