Rendez-vous manqué à Nairobi Le dernier tango d’Obasanjo et Nkunda n’aura pas
lieu -
Le non-lieu des concertations entre le gouvernement
et le Cndp qui a littéralement implosé pointe à
l’horizon, le rêve non assouvi du chef rebelle en
état d’arrestation à Gisenyi est un sujet de
méditation
Initialement prévues pour redémarrer
lundi 26 janvier 2009 à Nairobi, au Kenya, les
concertations entre le gouvernement congolais et le
congrès national pour la défense de la patrie (Cndp)
ont été reportées sine die. L’annonce en a été faite
vendredi dernier dans la capitale kenyane par
l’émissaire spécial des Nations Unies pour la Rdc,
Olusegun Obasanjo. On s’y attendait un peu avec la
tournure des événements qui naturellement a pris de
court les observateurs peu avisés. Pourtant des
signes probants présageaient déjà de la remise en
question tant dans le paysage politico-militaire que
de la poursuite de ces discussions qui, du reste,
n’ont guère permis au terme de trois rounds décisifs
d’aboutir à un accord de formalisation de
cessez-le-feu.
On s’interroge, dès lors, tenant compte du nouveau
rapport de force dans la région, de l’opportunité de
ces concertations. La nouvelle donne intervenue
grâce au spectaculaire rapprochement entre Kinshasa
et Kigali dont les armées coalisent depuis le 20
décembre dernier au Nord-Kivu pour atteindre le même
objectif : la neutralisation des Fdlr après
l’implosion du Cndp et, l’arrestation inattendue du
général déchu Laurent Nkunda, ouvre de nouvelles
perspectives pour le retour de la paix en Rd Congo
et dans la région des Grands Lacs. Pour le ministre
des Médias et Communication et porte-parole du
gouvernement, Lambert Mende Omalanga, c’est aux
chefs d’Etat, initiateurs de cette démarche et au
facilitateur onusien d’en déterminer la suite lors
du sommet d’Addis-Abeba à la fin du mois. Il
s’agira, pour eux, de constater que « le Cndp a soit
été intégré, soit est inexistant maintenant sur
terrain et ils en tireront toutes les
conséquences ».
S’il faut faire foi à l’analyse qu’en a fait le Pr
Phillipe Biyoya, il est sûr qu’on s’achemine vers le
non-lieu étant donné que les circonstances pour
lesquelles on a voulu convenir ou on a convenu d’un
accord entre les deux parties changent
fondamentalement, dès lors que l’accord cesse
d’exister. C’est un principe de droit international
concernant les accords. Les élucubrations auxquelles
s’est illustré l’homme de Jomba après avoir été
destitué par le coup de palais de Bosco Ntaganda
selon lesquelles les concertations de Nairobi
allaient bel et bien se réaliser en vue de
formaliser l’accord politique après la déclaration
de ralliement de l’état-major général du Cndp à la
position de gouvernement n’étaient de ce fait que de
la poudre jetée dans les yeux des naïfs. Voilà que
les choses ont pris contre toute attente un nouveau
virage.
Peine perdue
La situation a commencé à tourner au vinaigre entre
les différents rounds des négociations lorsque
Nkunda a, après avoir occupé quelques localités
jusqu’à menacer Goma, cru bon de continuer à narguer
la communauté internationale et à monter les
enchères. Incontrôlable il l’était devenu pour
Kigali quand il déclara sans la moindre retenue
après sa rencontre avec le commissaire européen au
développement et à l’aide humanitaire, Louis Michel
à Jomba, au Nord-kivu, qu’il n’avait plus besoin du
Rwanda et défiait en même temps le gouvernement
congolais avec un cahier de charges irréaliste.
C’est à cette époque qu’il signa sa condamnation à
la prison enivré sans doute par la gloire et les
sommes récoltées dans la contrebande des matières
précieuses du sol et sous-sol congolais.
L’enthousiasme du début de la série des contacts
avec l’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo à
Jomba avec lequel il avait eu à exécuter quelques
pas de la danse tango s’est définitivement émoussé
comme glace au soleil. D’autant plus qu’avec le
report à une date indéterminée de ces concertations,
Nkunda doit impérativement méditer de son parcours
en résidence surveillée pour n’avoir pas compris que
bien qu’il était libre, il portait un collier
invisible aux yeux de non initiés qu’en fin de
compte le Rwanda finirait par le remettre dans sa
niche. La dernière partie de tango est visiblement
ajournée pour toujours avec Obasanjo qui ne savait
plus s’il fallait continuer à faire foi aux
fantasmes du chef rebelle.