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Quid de la défense du franc congolais
?
Par Monsieur Crispin KABASELE
TSHIMANGA,Président National de l’UDS
L’Union
des Démocrates Socialistes, (UDS) a tenu, du 18 au 19
avril 2009, sa première université sous le thème « Voie
congolaise vers l’économie sociale de marché ». Au cours
de ce séminaire de formation thématique, le Président
National de l’UDS, Crispin Kabasele Tshimanga, a fait
deux exposés intéressants. L’un sur les voies et moyens
d’instaurer l’économie sociale de marché dans notre pays
et l’autre en rapport avec la question relative à la
protection et à la défense du franc congolais. Nous
publions dans son intégralité la deuxième intervention
étant donné son importance.
Comme tout le monde le sait, la monnaie est notre
compagnon de tous les jours. Ne dit-on pas quand la
monnaie tousse, tout le monde éternue. Autant dire que
la santé de la monnaie influe sur notre vie.
Il me sera fastidieux de parler, dans le cadre de cet
exposé, de la définition de la monnaie, de ses
fonctions, de ses dimensions sociales, politiques,
psychologiques, juridiques et économiques ainsi que de
son historique. Je laisserai cela aux monétaristes et
autres historiens.
Je me limiterai, pour ma part, à la situation dégradante
du Franc congolais. Il m’arrive parfois de me poser la
question de savoir si la République Démocratique du
Congo a réellement une monnaie nationale. Si je me
réfère à l’article 170 de la Constitution du 18 Février
2006, je répondrai par oui : « Le Franc congolais est
l’unité monétaire de la République Démocratique du
Congo. Il a le pouvoir libératoire sur tout le
territoire national ».
Cela veut dire que tous les échanges qui s’effectuent
sur toute l’étendue du territoire national, doivent être
payés en monnaie nationale, donc en Franc congolais. La
réalité quotidienne est tout autre. Le Franc congolais
cohabite avec les devises étrangères, notamment le
dollar américain, l’euro, le franc CFA, le franc
rwandais, le franc burundais, etc…. De toutes ces
monnaies étrangères, la plus usitée est le « Roi
dollar » américain.
Qui a autorisé l’utilisation du dollar américain ?
Qui a décidé de l’utilisation du dollar américain aux
côtés du franc congolais ? Mystère !
Au fait, l’autorité monétaire congolaise est la Banque
Centrale du Congo. Une fois, je recours à l’article 176
de la Constitution en vigueur dans notre pays : « La
Banque Centrale du Congo est l’institut d’émission de la
République Démocratique du Congo.
A ce titre, elle a pour mission :
- 1. la garde des fonds publics ;
- 2. la sauvegarde et la stabilité monétaire ;
- 3. la définition et la mise en œuvre de la politique
monétaire ;
- 4. le contrôle de l’ensemble de l’activité bancaire ;
- 5. le conseil économique et financier du gouvernement.
(…) ».
Les points 2 et 3 m’intéressent. J’inverse en commençant
par le point 3.La politique monétaire étant entendue
comme l’action de l’autorité monétaire, en l’occurrence
la Banque Centrale du Congo, sur l’offre de monnaie dans
le but de stabilisation des prix et de l’activité
économique, il va falloir se demander si notre institut
d’émission joue, depuis des années, son rôle
constitutionnel.
Le point 2 s’attarde sur la sauvegarde et la stabilité
monétaire.Il appartient donc à la Banque Centrale du
Congo de tout mettre en œuvre pour que le Franc
congolais ne soit pas abandonné à son propre sort. Il
n’y a pas si longtemps que l’école souverainiste
considérait « la monnaie comme l’un des attributs de l’Etat ».
Comme la République Démocratique du Congo n’appartient
pour le moment à aucune zone monétaire, il y a lieu de
s’interroger sur ce laisser-aller.
Si tout le monde s’accorde sur le principe selon lequel
« la monnaie est un outil essentiel pour le commerce et
l’économie », nous devrons tous nous soucier de la santé
du Franc congolais. L’Etat devra aussi se préoccuper de
sa défense.
Quand l’Etat congolais accepte la dollarisation, il
abandonne automatiquement le Franc congolais pour le
dollar américain. Si notre Etat se lance dans cette
voie, il perdra toute capacité à jouer de la planche à
billets afin de réguler son endettement par les
mécanismes d’inflation et de déflation, et à agir en
termes de dévaluation.
Or, dans le cas de la République Démocratique du Congo,
la dollarisation n’est pas officielle. Le Franc
congolais et le dollar américain cohabitent. L’équation
se complique davantage parce que l’Etat congolais qui a
négligé sa monnaie nationale toujours en circulation,
n’a aucune emprise sur la devise américaine. Quel
paradoxe !
Des mesures à prendre pour la défense du Franc
congolais
La situation du Franc congolais est catastrophique. L’Etat
congolais l’a négligé. Le peuple congolais, pour sa
part, n’a pas confiance en sa monnaie nationale. Alors,
le sauvetage du Franc congolais exige des mesures
draconiennes. Comme à l’époque coloniale. Les dirigeants
congolais doivent nécessairement être animés d’une
réelle volonté politique qui leur font encore défaut.
Cette volonté politique les amènera à faire voter des
lois liées à la protection et à la défense du Franc
congolais. Pour ma part, je suis convaincu que le temps
d’agir est là.
Voici quelques propositions de mesures pratiques :
- 1. L’Etat doit interdire formellement la détention des
comptes à l’étranger par les nationaux ;
- 2. L’Etat doit exiger le rapatriement des recettes
d’exportation par toutes les entreprises congolaises et
étrangères installées dans notre pays ;
- 3. L’Etat doit punir sévèrement tous ceux qui, sur le
territoire national, effectuent des transactions de
toute nature en devises étrangères ;
- 4. L’Etat doit plafonner les montants en espèces en
Franc congolais pour tout achat d’un bien ou d’un
service;
- 5. L’Etat doit imposer le paiement par chèque, par
virement ou par carte bancaire ou de crédit pour tout
montant au-delà de 50.000 FC ;
- 6. L’Etat doit imposer également le paiement, par
chèque ou par virement, des salaires des fonctionnaires
et des travailleurs ;
- 7. L’Etat doit interdire le transport de plus de
500.000 Francs congolais en liquide.
- 8. L’Etat doit interdire le versement de plus de
500.000 Francs congolais en liquide à la banque ;
- 9. L’Etat doit accorder des garanties publiques aux
dépôts bancaires pour combattre la thésaurisation.
Toutes ces mesures ne pourront être efficaces que si l’Etat
congolais met en œuvre une politique économique
cohérente.
En guise de conclusion, je souhaite que la République
Démocratique du Congo s’engage à protéger sa monnaie
nationale comme cela se fait ailleurs. Même nos voisins
seront-ils plus patriotes que nous ?
A nous de méditer.
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Aussi Sur Nyota.net, Lundi 27 Avril 2009
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