Recherché par la CPI
Bosco Ntaganda entre la paix au Kivu et la prison à La Haye

Le tout premier procès de la Cour pénale internationale s’est ouvert le lundi 26 janvier 2009 à La Haye, au Pays –Bas et met en scène le Procureur près cette Cour contre l’ancien milicien congolais Thomas Lubanga, accusé d’avoir enrôlé et utilisé des enfants soldats au sein de ses troupes. Le bureau du Procureur a rassemblé, tout au long de sa longue enquête, des milliers des preuves qui accableront, selon lui, l’ancien seigneur de guerre congolais.
Le Procureur de la Cpi a indiqué, au cours de la première audience, qu’il fera défiler à la barre des témoins notamment des enfants soldats qui ont combattu dans les rangs de l’Union des patriotes congolais,la milice de Thomas Lubanga. Ces enfants auraient accepté de témoigner contre leur ancien mentor. Selon le Procureur de la Cpi, ces témoignages étayeront les accusations d’actes des maltraitances perpétrés à l’encontre de ces enfants soldats par leur ancien chef. Certains témoignages feront même état des exécutions sommaires commises sur ces enfants pour punir des égarements parfois mineurs.
Mais si ce procès met en exergue les agissements de Thomas Lubanga, le responsable numéro un de l’Upc, certains de ses anciens collaborateurs ne sont pas pour autant épargnés par ces accusations. C’est le cas de son ex- compagnon, et ancien chef d’état-major de son armée, le Général Bosco Ntangada. Ce dernier, qui est sous le coup d’un mandat d’arrêt international délivré par le Procureur de la Cpi, continue à faire l’objet des multiples accusations. Il figurerait même sur une vidéo brandie par l’accusation et où on le voit aux côtés de Thomas Lubanga, dans les moments les plus chauds de la guerre en Ituri qui avait déchirée les membres des communautés Hema et Lendu, dans le nord-est de la Rdc en 2002-2003.
Le même général, Bosco Ntangada, compagnon du général déchu et aux arrêts, Laurent Nkunda, a participé activement à la guerre qui a secoué la province de Nord-Kivu où les troupes du Cndp ont semé la mort et la désolation dans cette partie du pays jusqu’il y a peu. Le même homme, accusé de tous les maux à la Cpi, a été à la tête de la fronde qui a mis sur la touche Laurent Nkunda et qui a permis de mettre fin à la guerre ayant opposé les troupes régulières des Fardc aux insurgés du Cndp. Bosco Ntangada a pris le courage d’évincer Laurent Nkunda, de le fragiliser et ainsi, de permettre l’inauguration d’une nouvelle ère dans les relations rwando-congolaises tumultueuses depuis le génocide rwandais de 1994.

Sans pour autant nier sa part des responsabilités dans les actes criminels ou supposés tels commis en Ituri dans la période considérée, il paraît dangereux et hasardeux de faire porter aux autorités congolaises la lourde responsabilité de sa protection ou de son ‘’blanchiment’’, comme l’affirment certains analystes mal intentionnés. En effet, les autorités rd-congolaises n’ont jamais participé de près ou de loin aux exactions commises en Ituri où elles se présentent, du reste, en victimes. Les autorités de Kinshasa ont toujours collaboré avec la Cpi et n’ont jamais offert des cachettes à des supposés criminels. Dire que Bosco Ntangada est aujourd’hui adulé par les autorités congolaises alors qu’il est activement recherché par la Cpi, c’est vouloir entraîner la Rdc dans un terrain dangereux dès lors que c’est la communauté internationale qui a demandé au gouvernement congolais de négocier avec le Cndp dont Bosco Ntangada fait partie. Les autorités congolaises découvrent comme tout le monde les interlocuteurs qui sont en face de lui et qui veulent bien faire la paix dans une région qui n’a que trop souffert. Ce n’est pas le gouvernement congolais qui a recruté les cadres et les combattants du Cndp. D’ailleurs, les négociations menées avec le groupe de Bosco Ntangada, qui est représentatif du Cndp à l’heure actuelle, s’inscrivent dans la continuité du programme Amani où une loi d’amnistie a été votée en faveur de tous ceux qui ont joué un rôle dans cette guerre. Laurent Nkunda pouvait bénéficier de cette amnistie s’il acceptait de rester dans l’esprit du programme Amani. Or, en cherchant à tout prix une confrontation ouverte, il a fait les frais de sa propre témérité et a été capturé dans le combat. Il doit être considéré comme un prisonnier de guerre et être remis aux autorités congolaises.
Nonobstant donc les antécédents judiciaires de Bosco Ntangada avec la Cpi, les autorités congolaises ainsi que le peuple congolais constatent que l’homme a accepté de collaborer pour mettre fin à la guerre de l’Est et saluent toute initiative allant dans le sens d’épargner à leurs populations des souffrances atroces. Ces mêmes autorités, dans le souci de collaborer avec la justice internationale, n’ont pas hésité de mettre des garde-fous en octroyant l’amnistie aux personnes impliqués dans la guerre de l’Est. Il a été dit que, même dans le cadre du programme Amani, les auteurs de crimes de guerre et des crimes contre l’humanité, qui sont des crimes internationalement réprimés et imprescriptibles, ne bénéficieront pas de cette amnistie. C’est dire que les autorités congolaises ne peuvent donc pas être tenus pour responsables de l’incapacité de la justice internationale à mettre la main sur l’ancien collaborateur de Thomas Lubanga.
Charles Mukonkole


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