L’Université de Kinshasa refuse de mourir
(Un reportage réalisé par Marthe Bosuandole sous la supervision de Tshibambe Lubowa)

Bâtie sur une colline, la plus prestigieuse et la plus grande université de la République démocratique du Congo est placée dans un environnement physique digne de promouvoir la recherche scientifique et la production du savoir. Loin des bruits de la cité, l’Université de Kinshasa – car c’est d’elle qu’il s’agit- a , de ce point de vue, des atouts nécessaires pour être réellement une « colline inspirée ». Malheureusement, cette institution d’enseignement universitaire avec ses dix facultés, ne reflète plus la renommée que l’on lui a reconnue dans le temps. Au premier trimestre de l’année dernière, une commission d’enquête parlementaire est même descendue sur le site du campus universitaire de Kinshasa pour y palper du doigt les réalités de la vie académique, scientifique et administrative. Le constat était amer. Pléthore d’étudiants, abandon des cours par les professeurs dans les mains inexpertes des assistants dont bon nombre n’ont même pas d’acte administratif de nomination, calendrier académique incohérent et à plusieurs vitesses, recherche inexistante. Bref, rien d’encourageant n’avait été constaté, et la plénière de l’Assemblée nationale avait proposé une cure de choc pour ramener la science sur le campus de l’Université de Kinshasa. Parmi les premières mesures concrètes, le changement de comité de gestion désormais chapeauté par le professeur Michel Kika, nommé il y a quelques deux mois par le ministre de l’Enseignement supérieur et universitaire, Mashako Mamba. Volontariste, le nouveau comité de gestion marque déjà quelques points, quoiqu’encore timides. C’est ce que notre reporter a constaté à travers le reportage qu’elle a réalisé sur le site universitaire de Kinshasa en perspective de la journée nationale de l’enseignement, le jeudi 30 avril. Première partie.


Un calendrier académique à plusieurs vitesses

Le campus universitaire de Kinshasa va mal. Cela se remarque bien par l’absence de calendrier académique clair et unique pour toutes les facultés. Le nouveau comité de gestion hérite de cette situation qui date de plus d’une décennie. Mais ce nouveau comité est décidé à redorer l’image de cette institution qui, soutient l’actuel secrétaire général administratif, le professeur Banza Nsomwe-a-Nfunkwa, doit être le miroir de l’enseignement universitaire dans notre pays. Le rayonnement de cette université est son cheval de bataille à la tête de cette importante administration.
Il suffit de faire un peu attention pour se rendre compte des irrégularités qui ont élu domicile dans cette université. Il n’est un secret pour personne que la plus grande université du Congo n’est pas en mesure d’arrêter, moins encore de faire respecter un calendrier académique pour toutes ses facultés. Chacune d’elles fonctionne à son rythme, avec des années académiques plus qu’élastiques. Ces facultés, et mêmes des départements, se présentent comme « des véritables entités décentralisées ».
Bien que le ministère de l’Enseignement supérieur et universitaire ait fixé les modalités de la cérémonie de collation de grade pour toutes les universités et instituts supérieurs du pays, en réservant celle-ci aux seuls étudiants ayant réussi en première session des examens, les étudiants de l’Université de Kinshasa organisent des collations des grades académiques sous la barbe des autorités académiques. Il est vrai qu’aucune autorité académique ou scientifique ne participe à ces collations bidons. Pas plus tard que le 12 mars 2009, la faculté d’Economie de cette institution a procédé à une de ces collations. Cette faculté n’est ni la seule, moins encore la dernière à le faire, car les collations tout comme les soutenances des mémoires de fin d’études, mais aussi des examens et les cours se font chaque jour qui passe.
Pendant ce temps, le doyen de la faculté polytechnique, le professeur Sumuna Temo a, dans un communiqué affiché le mois dernier, attiré l’attention de tous les finalistes de l’année académique 2005 -2006 qui n’ont pas encore défendu leurs mémoires, qu’ils sont tenus de le faire au plus tard le 31 mars 2009. « Dépassé ce délai, ils seront contraints de redoubler l’année en reprenant tous les enseignements et en payant tous les frais académiques. Ceci, a-t-il précisé, en application de l’article 11, point 4 de l’instruction académique n° 79 du 06 juillet 2005 ». Par ce communiqué, l’on sous entend que l’année académique 2005 – 2006 s’est poursuivie jusqu’en 2009 pour cette promotion. Comprenne qui peut…

Un regard sur la faculté de médecine
A l’Université de Kinshasa, la réalité prouve que chaque promotion évolue dans son année académique. Le cas le plus patent s’observe à la Faculté de Médecine. En effet, au sein de cette importante faculté, des étudiants de deux années différentes se retrouvent dans une même promotion. C’est ainsi que l’on parle par exemple des étudiants en 2ème doctorat sortant et ceux de 2ème doctorat entrant. Il en est de même pour les médecins stagiaires et des étudiants de toutes les autres promotions.
Le qualificatif sortant s’applique aux étudiants qui entendent la délibération tandis que le qualificatif entrant renvoie à ceux qui suivent les cours inscrits au programme de ladite année. Ainsi, en 2ème année de doctorat se retrouvent des étudiants de l’année académique 2005-2006, ils viennent de terminer leurs examens de la seconde session la semaine dernière. Pendant ce temps, les entrants de la même promotion sont de l’année académique 2006-2007. Les médecins stagiaires sortant sont eux de l’année 2005-2006 alors que les entrants sont de 2007-2008.
En parlant des examens, des étudiants de la 2ème année de doctorat sortant nous ont affirmé que c’est depuis l’année académique 2002-2003 qu’ils ont cessé de passer des examens de la mi-session quand ils étaient en 2ème graduat. Ils se plaignent par ailleurs du fait qu’au cours de cette dernière année de doctorat, ils ont eu 54 cours au total. Pour eux, les autorités académiques sont à la base de cette multiplication du nombre des cours. « Un cours comme celui de techniques chirurgicales qui pouvait être dispensé par un même professeur ou deux , est dispatché entre 7 professeurs. Chacun d’eux vend son syllabus (entre 10 et 35 dollars), ses travaux pratiques (tp) à au moins 5 dollars. Et même les travaux pratiques qui se font aux cliniques universitaires sont payants », a indiqué une étudiante de cette promotion.
Avec ce nombre élevé des cours , les étudiants se plaignent de l’absence des examens hors session. « Avec ce nombre de cours, j’ai eu pendant la session à me retrouver devant 5 ou 7 examens à présenter dans 2 heures de temps, ce qui n’était pas facile pour moi et surtout que ces examens commencent toujours en retard par rapport au temps prévu. Si les choses étaient bien organisées, je suis sûre, que je serais passée en première session. Malheureusement ou heureusement, j’ai eu à reprendre 5 cours sur les 54 », s’est indignée une étudiante qui a terminé sa deuxième session le vendredi 10 avril 2009. « Mais pour le moment, nous sentons que les autorités commencent à se soucier de nous sur certains points, a-t-elle poursuivi. Il n’est plus question d’acheter les recours, ni de payer l’enrôlement aux interrogations qui s’élevaient à 500fc pour chaque cours. Cette avancée ne nous empêche pourtant pas de déplorer le surnombre dans nos promotions. En deuxième doctorat ils ont inscrit 1018 étudiants (avec les transférés) tout en sachant qu’ils n’auront besoin que de 500 médecins stagiaires. Ils vont retenir sur quel critère ? C’est la grande question », a-t-elle conclu.
L’élasticité des années académiques est loin d’être l’unique difficulté à laquelle fait face l’Unikin. Le site du campus est certes grand, mais des auditoires sont devenus petits par rapport au nombre d’étudiants pour certaines facultés. C’est le cas de la faculté d’Economie, de Droit ou de Médecine pour ne citer que celles – là. Dans certaines promotions, les étudiants suivent les cours débout ou à travers les fenêtres faute de place dans l’auditoire. C’est dans ce contexte que des étudiants de la première année Economie sont concernés par cette situation mais ceux qui sont assis non loin de la route, voient des voitures qui passent derrière leur dos avec tout le risque que cela comporte, si l’on se souvient du comportement des automobilistes à Kinshasa. Pour trouver une place dans ces auditoires, certains étudiants nous ont laissé entendre qu’il faut être très matinal, ce qui n’est pas facile pour des externes. D’autres préfèrent apporter une chaise pour être sûr d’avoir sa place et suivre les cours convenablement.


Le lingala et le swahili prennent la place du français
Dans les couloirs, tout comme sur le campus, des étudiants donnent plutôt l’impression « d’être expirés sur la colline inspirée ». Les langues maternelles, surtout le lingala et le swahili, sont plus utilisées comme langues de communication entre étudiants, que le français qui jusqu’à preuve du contraire, demeure la langue officielle de l’enseignement et de la recherche en Rdc. Au pire, une étudiante a déploré d’avoir assisté à un cours qui était dispensé en lingala par un de ses assistants. C’est face à cette réalité que le doyen de la faculté des Lettres et Sciences humaines, le professeur Ngoma Binda a adressé un communiqué à l’intention des étudiants de sa faculté en les exhortant de faire usage du français pour leur communication. Dans ce communiqué, le professeur Ngoma Binda dit exactement ceci : «  Le français étant la langue officielle d’enseignement et d’administration, et la vocation de la faculté des Lettres étant entre autre, d’en assurer la promotion, il est vivement demandé aux étudiants de la faculté d’en faire un usage exclusif tant à la faculté qu’au sein de l’université ».
Avec cet usage des langues maternelles, le pire est que dans certaines de ces promotions peuplées, on a du mal, lorsqu’on se trouve dans les couloirs, de savoir si c’est l’heure de la pause ou des cours, étant donné que les bruits n’ont parfois rien à envier à ceux du grand marché. Par contre dans les facultés de Sciences, de la Polytechnique et autres où le nombre d’étudiants est réduit, les cours sont dispensés normalement. L’auditoire est attentif, seule la voix de l’enseignant se fait entendre alors que les étudiants sont très concentrés à l’écouter.
A en croire des étudiants, certains professeurs, dont nous taisons les noms, ont confié leurs cours aux assistants à cause de leurs extramuros (cumul de fonctions). Ces étudiants qui ont préféré garder l’anonymat soutiennent que ces professeurs prennent du temps pour dispenser des enseignements dans d’autres universités concurrentes de la place, entre autres les Facultés catholiques de Kinshasa et l’Université protestante au Congo, mais aussi dans les provinces comme visiteurs. Ces professeurs respectent le calendrier académique de ces deux universités confessionnelles, tout en délaissant les auditoires de l’Unikin, sachant qu’ils ne seront pas sanctionnés, pensent ces étudiants. Ces derniers en appellent à la rigueur du nouveau recteur pour ramener les professeurs à l’ordre. « Car si ces assistants doivent s’occuper en temps plein des cours leurs confiés par leurs maitres, quand vont-ils faire leurs propres recherches ? », s’est interrogé un étudiant. Le risque de demeurer « étudiant à vie » est grande.
Pour remédier à cette situation, certains professeurs demandent aux étudiants de venir aux cours le dimanche. Ce que ces derniers protestent, estimant que le dimanche c’est le jour du Seigneur et donc du repos hebdomadaire, bien qu’ils répondent à cet appel, le rapport de force oblige.

La cuisine dans les homes des étudiants
Initialement conçue pour recevoir 3.000 étudiants, l’Université de Kinshasa en compte aujourd’hui plus de 26.000. Cela pose des problèmes de surcharge et de promiscuité à tous les niveaux, particulièrement dans les résidences des étudiants où la surpopulation est une réalité. Que ce soit chez les garçons ou chez les filles, plusieurs partagent la même chambre. Quatre ou cinq y vivent avec des lits à étages. Certains disent même qu’il arrive que des étudiants dorment à tour de rôle, surtout en période de session d’examens quand bon nombre d’étudiants se retrouvent sur le campus pour les facilités de préparation des examens.
Comme on peut l’imaginer l’espace devient très petit devant le nombre de syllabus sur la table, des valises, ustensiles de cuisine, provisions, chaises, réchauds, réserves d’eau, etc. La cuisine se fait dans les chambres et lorsqu’il y a coupure du courant électrique - on sait combien la Société nationale d’électricité (Snel) malmène nos quartiers en cette matière-, les étudiants n’ont pas d’autre choix que de recourir au réchaud à braise communément appelé bambola, et la cuisson a lieu dans les couloirs. Ne pensez pas aux risques que cela représente pour tout le bâtiment, surtout que les anciens restaurants et cuisines dans les homes sont transformés en salles des cours et chambres pour étudiants ou agents de l’université et familles.
L’on se demande s’il n’y a pas moyen d’aménager un espace pour la cuisine en dehors des chambres. « C’est un danger que nous courons en faisant la cuisine dans nos chambres. Cela peut provoquer des incendies, nous espérons qu’avec la nouvelle administration, une solution sera trouvée pour remettre de l’ordre dans cette boite et même clarifier nos contrats de logement. Car il faut le reconnaitre, la nouvelle équipe administrative travaille pour le changement », a reconnu Mademoiselle Mbuyi qui préparait au réchaud à braise dans un des couloirs du home Vatican sous la pluie du mardi 14 avril 2009.
Selon le rapport de la commission d’enquête parlementaire de mai 2008 sur l’Université de Kinshasa, au total 1.565 chambres et 334 locaux permettent d’assurer le logement de 7.000 étudiants. Sur les quatorze homes que compte l’Unikin, les garçons en occupent onze, tandis que les filles sont dans trois homes.

Petit marché au sein du home du Plateau
Ne pensez pas que des étudiants habitant les homes descendent toujours au rond point Ngaba pour s’acheter la nourriture. Un petit marché, mieux un marché a vu jour au sein du home du plateau. Tout se vend, denrées alimentaires, articles de première nécessité sont vendus dans des boutiques de fortune. Les étudiants font leurs achats calmement sans se bousculer. Seulement, la présence de ce marché pose un problème de salubrité.
L’eau, un véritable casse tête pour les familles des professeurs
L’eau c’est la vie, dit-on, mais au plateau des professeurs, cette matière est devenue une denrée rare. Trouver de l’eau dans ce milieu relève d’un don du ciel. L’eau ne coule pas aux robinets installés dans ces maisons où tous en ont besoin chaque matin. Un tour au plateau le matin donne à voir une scène fort triste. Les femmes et enfants des professeurs, pourquoi pas les professeurs eux-mêmes sont à la recherche de l’eau. On les voit bidons à la main, seau sur la tête pour aller puiser l’eau dans les quartiers environnants.
Les voies d’accès à l’Université de Kinshasa
Située dans la commune de Mont Ngafula, l’Université de Kinshasa est bâtie en dehors de la ville sur une colline que beaucoup qualifient d’inspirée. L’accès à ce lieu de production et d’acquisition du savoir devient un peu plus difficile à cause du mauvais état des tronçons routiers qui conduisent au campus, que ce soit à partir du rond point Ngaba ou de Kimwenza.
En effet, en venant du rond point Ngaba, cette importante place qui ouvre sur plusieurs communes de la capitale de l’Est à l’Ouest en passant par le centre, l’entrée de l’université par le triangle a vu se former un lac qui rend difficile la fluidité du trafic. Les véhicules empruntent alors la route de Righini pour arriver au rond point Vatican au campus via l’intendance et le centre nucléaire. Par ailleurs, la route qui relie l’Unikin à la localité de Kimwenza est coupée. Des étudiants qui habitent cette partie de la capitale doivent faire le détour de Kimwenza au rond point Ngaba en passant par le quartier Bel air à Masanga a mbila. Ce qui rend le parcours très long et les frais de transport augmentés. Au lieu de payer 100 ou 150 fc pour se rendre aux cours, les étudiants paient désormais 650 ou 700 fc le voyage. Alors que ceux qui font Marché central – Campus paient 400fc la course, leurs camarades qui empruntent Victoire - Campus déboursent 300fc. De Kingasani au campus via le rond point Ngaba, le voyage coute 400 fc l’aller simple. Des étudiants qui viennent de Kindele et de Mbanza Lemba paient 100fc, bien que nombreux disent préférer faire le pied.

 

 

Prof. Banza Nsomwe, secrétaire général administratif de l’Unikin : «Redorer l’image de l’Unikin avec les moyens que l’université met à notre disposition»

Il serait faux de dire qu’aujourd’hui, rien ne va à l’Université de Kinshasa. Au delà des difficultés auxquelles cette institution d’enseignement universitaire est confrontée, les efforts notables sont entrain d’être faits. Le plus perceptible demeure certes celui lié à la salubrité du campus, mais aussi de son électrification sans oublier la mise en ordre de l’administration de cette prestigieuse université. Après avoir visité le campus de l’Unikin de bout en bout passant par les facultés, les auditoires, les homes des étudiants et le plateau des professeurs, nous avons toqué à la porte du secrétaire général administratif de l’Unikin pour obtenir quelques explications aux faits constatés sur le campus. Le professeur Banza Nsomwe-a-Nfunkwa, c’est de lui qu’il s’agit, a daigné nous recevoir, et des réponses réservées à nos préoccupations, on sent sa détermination d’incarner le changement. Ce pour quoi le professeur Kalele de la Faculté des sciences sociales, que nous avons rencontré sur le campus, remarque que la nouvelle équipe à la tête de l’administration de l’Université de Kinshasa est plutôt dynamique.
Vous êtes secrétaire général administratif de l’Unikin, en parcourant les différents bureaux administratifs, on constate apparemment la présence d’un bon nombre du personnel vieillissant, comment expliquer cette situation ?
Il est vrai que l’administration de l’Université de Kinshasa est confrontée au problème de mise à la retraite des agents. La grande partie d’agents commis à la direction d’entretien et maintenance est déclaré invalide. Faute de moyens financiers, ces agents continuent à occuper leurs postes et par conséquent, leur remplacement par les jeunes qui terminent des études pose problème.
C’est depuis deux mois que le nouveau comité de gestion est en place à la tête de l’Unikin. Pouvez-vous vous permettre de faire un bilan de mi-parcours ?
Redorer l’image de marque de l’Université de Kinshasa est mon cheval de bataille pendant mon mandat à la tête de l’administration de cette institution universitaire. Pour moi, lorsque l’environnement est propre, le travail sera fait dans les bonnes conditions pour la recherche et la réflexion. A notre arrivée à ce poste, le site universitaire était sale, la pelouse n’était plus tondue depuis un certain temps – au point qu’on pouvait y attraper même des antilopes c’est nous qui le disons -, les auditoires étaient aussi sales. Devant ce tableau, nous avons pensé qu’il fallait commencer par rendre propre notre environnement. Grâce aux ressources humaines de l’Unikin et à l’apport des hommes de bonne volonté, nous sommes parvenus à résoudre cet épineux problème.
Avez-vous un financement spécial pour les actions de la salubrité ?
A notre arrivée, nous avons trouvé la caisse vide. Dans ces conditions, il nous était difficile de payer des ouvriers. C’est pourquoi, nous nous sommes engagés à sensibiliser les membres de la communauté universitaire. Spontanément, tous, étudiants, administratifs, agents se sont impliqués pour participer activement au salongo chaque samedi. Et les policiers le font chaque matin. Pour arriver au bout de la logique de garder notre environnement propre, nous avons mis sur pied un système de ramassage des déchets en plastique, qui appauvrissent le sol et favorisent des érosions. Pour ce faire, nous avons des bicyclettes auxquelles nous avons attaché des grandes poubelles. Ces vélos circulent deux ou trois fois par jour pour vider les poubelles.
Comment se fait-il que l’Unikin soit électrifiée dans si peu de temps alors qu’il n’y a pas d’argent ?
Nous sommes devant deux problèmes majeurs. D’une part notre aspiration d’éclairer le campus et d’autre part notre inspectassions dû au manque d’argent pour le faire. C’est vrai, l’Unikin était plongée dans l’obscurité. Des délinquants profitaient de cette situation pour voler, violer sur le campus. Notre souci première étant de faire rayonner cet alma mater, il était plus que temps de remettre la lumière sur ce lieu. Il n’était pas normal, pour nous, de continuer de marcher dans ces ténèbres. C’est la raison pour laquelle nous sommes décidés de redorer l’image de l’Unikin avec les moyens que l’université met à notre disposition. C’est le temps du sacrifice pour la reconstruction aussi bien du pays que de chacune de nos institutions. Pour faire ce travail, on n’a pas nécessairement besoin des millions de dollars. L’essentiel c’est d’avoir une ferme volonté de travailler pour le bien de la communauté et c’est ce que nous nous sommes engagé à faire.
Le coût s’évalue à combien ?
Il faut dire que le travail d’électrification n’est pas encore terminé. Nous avons commencé avec le bâtiment administratif, le trafic (l’entrée principale), la cour à l’intérieur du campus. Dans le programme, il est question d’électrifier le site, c’est-à-dire Bâtiment administratif – Rond point Vatican – Mont Amba – le chevaut – Police via les cliniques universitaires – Centre nucléaire – Intendance – Restaurant. Et selon nos prévisions, mais aussi sur base du travail déjà réalisé, on n’arrive même pas à 100 mille dollars. Avec un système aérien toute l’université sera ainsi éclairée.
La sécurité est totale alors ?
Pas du tout. Des postes d’insécurité persistent la nuit du côté du plateau des professeurs à cause de l’obscurité qui y règne encore. Si l’on parvient à électrifier cette partie, on pourra dire que maintenant on a commencé la politique de tolérance zéro en cette matière. C’est la raison pour laquelle il faut faire vite si nous voulons protéger nos femmes, et filles et nos étudiantes surtout ; mais aussi les étudiants et nous-mêmes.
C’est bien beau le tableau que vous présentez. Mais pensez-vous sincèrement le faire jusqu’à son aboutissement parce que « les moyens de bord » vous le permettent ou vous le faites juste pour donner bonne impression au début d’un mandat ?
Dans mes principes, lorsqu’on commence une chose, il faut la terminer. C’est pourquoi, il m’arrive de rester ici jusqu’au-delà de 23 heures.
Professeur Banza, où en est-on avec le dossier logement aussi bien des professeurs que des étudiants ?
C’est là un problème crucial pour nous. L’Université de Kinshasa était construite à l’époque coloniale pour un certain nombre aussi bien de professeurs que d’étudiants. Mais avec le temps, ces nombres ont augmenté tandis que celui de logement est resté intact. Nous sommes donc confronté à un problème de surpopulation. Chaque jour nous recevons des demandes de logement pour les professeurs auxquelles nous ne savons répondre positivement sur le champ. Et cette situation nous préoccupe grandement.
Et pour les étudiants ? nous avons appris que les ayant droit (étudiants de 2ème et 1ère licence) sont le plus souvent sacrifiés au profit des autres parce que fils ou fille de ?
C’est un grand dossier qui est sur notre table. Nous avons déjà les premiers éléments de l’enquête car la situation est accablante. Peut-on comprendre que des numéros soient accordés à une même personne dans différents homes et différentes chambres ? Ce sont des manques à gagner pour l’université. C’est de la maffia dont il faut couper le circuit. C’est cette honteuse situation qui justifie la signature d’un communiqué que je venais de rendre public, interdisant le logement et le délogement des étudiants. Des mesures vont bientôt tomber pour y remettre de l’ordre.
Comment le secrétaire général administratif entend régler le problème des auditoires à court, moyen et long terme ?
Oui, comme pour le logement, nous sommes confrontés à une surpopulation. La capacité d’accueil est catastrophique. Il faut absolument construire des auditoires modernes. C’est la solution à long terme de ce problème. Mais en attendant, parce que le problème se pose, l’université doit changer sa méthode de gestion.
C’est-à-dire ?
Tous doivent savoir que les bâtiments appartiennent à l’université. Une faculté n’est propriétaire d’aucun bâtiment. Nous constatons que les facultés s’approprient des auditoires et locaux. Ce qui n’est pas normal. La gestion des locaux relève des prérogatives du secrétariat général administratif. Il suffit d’établir un calendrier général pour dispatcher les promotions en fonction de leur nombre et de la taille de l’auditoire en attendant que l’on construise. Il est déplorable de voir certains locaux fermés, alors que des responsables se promènent avec des clés dans leurs poches pendant que d’autres étudiants cherchent où étudier.
Les associations socio- culturelles relèvent de vos attributions, et là dedans la politique va bon train
Après les avoir répertorié et examiné chacun de leur statut, nous avons noté que ces associations se regroupent dans le cadre tribal, ce que nous n’encourageons pas trop. Nous voulons plutôt que nos étudiant soient ensemble avec des rencontres intertribales. Car pour nous, il faut plutôt favoriser cette inter culturalité pour un sursaut national. Ça s’apprend. Je dois dire que toutes les associations à caractère politique ne sont plus acceptés sur ce campus, ce lieu qui se veut apolitique. C’est clair.
Vous avez assez parlé de l’université. Pouvez-vous parler aussi de vous-même ?
Pas facile de parler de soi. Docteur en Technologie de l’éducation de l’Université de Nanjing/ Province de Jiangsu en République populaire de Chine, je suis professeur associé à la faculté de Psychologie et Sciences de l’éducation de l’Université de Kinshasa, visiteur à l’Université de Lubumbashi, dans la province du Katanga. J’ai soutenu ma thèse depuis deux ans sur « Education en distance dans les milieux ruraux en République démocratique du Congo. Cas de Kabongo » au Katanga. En plus des langues nationales, je parle français, anglais, chinois et italien.
Votre mot de la fin ?
L’Université de Kinshasa c’est une université miroir de l’enseignement supérieur et universitaire. Son rayonnement sera un acquis pour toute la république en matière aussi bien de l’enseignement que de la recherche. Le comité de gestion lance un appel aux hommes et femmes de bonne volonté pour participer un tant soit peu pour redorer l’image de marque de notre alma mater.
Dossier à suivre


 


 





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Aussi Sur Nyota.net, Mardi 28 Avril 2009