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L’état de nos Universités et de nos
centres de recherche
Mashako Mamba et Joseph Lititiyo interpellés
« L’Université
de Kinshasa refuse de mourir », tel est le titre de l’enquête-reportage
que notre rédaction a publiée dans notre édition d’hier.
Marthe Bosuandole a fait vivre aux lecteurs la réalité
de la vie à l’Université de Kinshasa qui est
difficilement accessible par le trafic (entrée droite)
et pour ceux qui viennent de Kimwenza. Avec des érosions
encore menaçantes qui ne cessent de progresser,
l’obscurité qui alimente bien l’insécurité pendant la
nuit, l’insalubrité tant dans les homes que dans les
auditoires surpeuplés, des années académiques à
plusieurs vitesses, l’Université de Kinshasa reflète
l’image d’une institution condamnée à une mort certaine.
Les autorités académiques actuelles refusent de laisser
mourir leur université. Pour celui qui a été sur le site
universitaire de l’Unikin il y a deux mois et
actuellement, il s’observe un changement en ce qui
concerne la salubrité et l’éclairage. Avec les moyens de
bord, la lumière renait sur le campus et la propreté a
repris ses droits. Mais il reste encore beaucoup à faire
pour sauver la science qui y est dispensée et remettre
la conscience perdue dans cet alma mater qui a perdu son
prestige de « colline inspirée ». La situation qui
prévaut à l’Université de Kinshasa est la même dans
d’autres institutions d’enseignement universitaire et
supérieur publiques ainsi que de recherche scientifique.
Pourtant, la création de l’université au Congo l’a été
pour former des cadres capables de pousser le pays au
développement.
Au moment de l’éveil nationaliste, le Congo ne
possédait, en fait de cadres, aucun universitaire, mais
seulement quelques séminaristes qui ne jouissaient pas
d’une formation valable de gestionnaires d’Etat. Lors de
son indépendance, la République démocratique du Congo
avait un déficit criant de cadres, 10 universitaires
seulement, peu de diplômés de l’enseignement secondaire,
de sorte que la Belgique colonisatrice avait beaucoup
hésité avant de nous affranchir à cause de ce déficit de
cadres.
Avec l’indépendance, on a multiplié le nombre d’écoles,
instituts et universités espérant accroître le nombre de
cadres utiles pour le développement du pays. A ce jour,
nous devons le reconnaître, le pays a beaucoup d’écoles,
beaucoup d’universités et instituts supérieurs, beaucoup
de diplômés.
Malheureusement la croissance exponentielle d’écoles et
de diplômés ne va pas de pair avec le développement du
pays ; la situation du pays allant de mal en pis. Dans
les universités et instituts supérieurs, la quantité des
cours théoriques et non actualisés prime sur la qualité
et leur apport à l’évolution de la société. La qualité
de beaucoup d’enseignants et de leurs produits constitue
un cas très sérieux de conscience. Les conditions
d’études dans ces institutions sont infrahumaines. Sur
nos sites universitaires, la science évolue désormais
sans sa jumelle, la conscience.
Dans la société, le comportement des diplômés, leur
rendement intellectuel et professionnel ne reflètent pas
le niveau des diplômes délivrés. Soit la qualité de
l’enseignement a baissé, soit l’étudiant n’a plus la
tête à l’ouvrage ayant déjà trouvé d’autres voies
faciles de réussite.
A cette veille de la journée nationale de
l’enseignement, il est plus que nécessaire que
l’autorité gouvernementale qui a dans ses attributions,
l’enseignement supérieur et son collègue qui a la charge
de la recherche scientifique puissent être interpellées.
Tshibambe Lubowa
A Monsieur le Ministre de
l’Enseignement supérieur et universitaire
1. La Loi-cadre sur l’enseignement
national stipule que : « Seul l’Etat a le monopole de
l’organisation de l’enseignement supérieur et
universitaire». Comment Monsieur le Ministre
interprète-t-il cette disposition par rapport à
l’existence d’une multitude d’établissements
d’enseignement supérieur et universitaire privés ?
2. Combien de diplômes universitaires et d’enseignement
supérieur la République a délivré depuis son
indépendance ? Que le Ministre nous dise si l’objectif
de l’Etat pour les Universités et instituts supérieurs,
c’est l’accroissement du nombre de diplômes à délivrer
ou c’est pour répondre aux besoins de la société et
contribuer au progrès de la science. Si tel est le cas,
qu’est-ce que le Ministre envisage concrètement pour
réformer l’enseignement supérieur et universitaire ?
Pour quel type d’enseignement le Gouvernement a-t-il
opté, élitiste ou de masse ?
3. Quand est-ce qu’on aura des programmes de moins de 30
ou 20 cours théoriques dans une année d’études de nos
universités ?
4. Une certaine confusion règne sur le statut des
universités et instituts supérieurs depuis leur passage
à l’ex-UNAZA. Pouvez-vous clarifier le statut réel et
l’utilité objective des institutions d’enseignement
supérieur technique, pédagogique et universitaire ?
5. Les universités, principalement l’Université de
Kinshasa, n’arrivent pas à respecter un calendrier
académique depuis 15 ans. On ne sait jamais quand
l’année académique commence et quand elle se termine sur
ce campus ; quand les examens de la première session
commencent et quand ils se terminent ; quand ceux de la
deuxième session commencent et quand ils se terminent.
De temps en temps, les séances de délibération sont
renvoyées à cause soit de l’absence de tel ou tel autre
professeur qui n’a pas déposé les côtes, soit que ce
dernier les a perdues. Quelles sont les dispositions que
vous avez prises pour que l’année académique redevienne
normale à l’Université de Kinshasa ; et que les
professeurs se conforment à la réglementation
universitaire ?
6. La fin de chaque cycle de formation - Graduat,
Licence, DES ou Doctorat-, est sanctionnée par un
travail de recherche dénommé travail de fin de cycle,
mémoire ou thèse. Monsieur le Ministre peut-il nous dire
l’usage des résultats de ces recherches ? A quoi ont-ils
concrètement servi depuis l’indépendance de notre pays ?
Le Ministre peut-il nous énumérer les problèmes de notre
société ou de la science que les résultats de ces
recherches ont résolus dès lors que la crise multiforme
que la RDC connaît persiste ? Sinon, à quoi servent
réellement ces travaux, est-ce juste pour l’obtention
des côtes et des diplômes ou pour se faire nommer
assistant ou professeur ?
Autrement dit quelle signification donnez-vous à la
recherche universitaire ?
7. Où en est-on avec l’opération effectuée en 2004-2005
par les syndicalistes de l’enseignement supérieur et
universitaire pour dénicher des faux professeurs arrivés
à la charge par des voies non recommandables ? Que fait
le ministère pour assainir ce milieu de l’intelligentsia
pollué par l’infiltration de ce genre de personnes
porteuses de poison mortel pour la jeunesse et la Nation
?
8. Pourquoi le Gouvernement ne fait pas appliquer les
instructions en matière de recrutement des enseignants
d’université et laisse ces derniers évoluer comme des
fonctionnaires à rémunérer, qu’ils aient rempli leurs
obligations ou pas ?
9. Que le Ministre nous dise pourquoi il laisse les
professeurs payés par l’Etat abandonner les
enseignements dans les mains inexpertes des assistants
qui, par essence, sont aussi des étudiants en
prolongation de formation, donc ayant les mêmes
difficultés que les étudiants, comme le disait un jour
un ancien recteur ou vice-recteur devenu député national
? Au pire, ces étudiants en prolongation cotent même les
autres étudiants.
10. Monsieur le Ministre, êtes-vous au courant que les
professeurs et autres auxiliaires d’université se sont
transformés en vendeurs, si pas commerçants des
syllabus, TP (travaux pratiques), copies d’examens et
d’interrogations dont l’achat est la condition
prioritaire de la réussite aux cours ? Si oui,
pensez-vous qu’il s’agit là d’une pratique qui honore la
fonction ?
11. Par rapport au budget 2008, 203 établissements
d’enseignement supérieur et universitaire – j’ai bien
compté je suppose- bénéficient des allocations de l’Etat
pour leur fonctionnement et le paiement des enseignants.
C’est bien de budgétiser ainsi les institutions. Le
problème se pose en termes de fiabilité, principalement
celles de l’intérieur du pays. Dans quelle
infrastructure dispense-t-on les enseignements et avec
quel labo, bibliothèque, atelier? Qui sont les
professeurs qui dispensent les cours dans ces
institutions ainsi budgétisées, au moment où il est bien
connu que la majeure partie des professeurs qui
faisaient la fierté des universités de l’intérieur du
pays sont tombés dans le piège de l’exode rural. Pendant
combien de temps dispensent-ils les enseignements ?
Quelle est en définitive la valeur des diplômes y
délivrés ?
12. Que peut-on attendre d’un diplôme mal obtenu et
grâce auquel en aval, un parent ou un ami va trouver de
l’embauche à des postes de responsabilité à son
détenteur ?
13. Pourquoi la Régie de construction universitaire- ex.
Intendance générale parait ne pas être opérationnelle et
reste désarmée face aux érosions qui détruisent le site
universitaire de Kinshasa, par exemple ? Pourquoi en ce
moment où l’on parle de cinq chantiers, Monsieur le
Ministre ne met pas l’expertise de cette régie en
compétition pour gagner les nombreux marchés à sa portée
? Quelle est votre politique pour sa réhabilitation ?
14. Comment réagissez-vous, Monsieur le Ministre quand
vous entendez dire que le niveau de l’enseignement a
baissé en RDC, qu’il existe des diplômés universitaires
qui ne peuvent pas écrire un paragraphe sans que l’on y
découvre trois à cinq fautes, voire plus ou qui ne
peuvent pas tenir longtemps un entretien ou un
raisonnement en français ?
A Monsieur le Ministre de la
Recherche scientifique
1. Le Ministre peut-il nous donner
l’état de lieu de la recherche en RDC. Qu’a-t-on déjà
cherché et qu’est-ce que nous avons déjà trouvé ?
2. Le pays regorge de beaucoup de centres de recherche
où les chercheurs sont transformés en administratifs
(fonctionnaires) qui n’ont que les salaires à attendre
sans rien chercher ni trouver. Quand est-ce que vous
allez rendre effective la recherche dans ces centres ?
3. Le site de recherche agronomique de Yangambi est en
train d’être détruit à travers le vol généralisé de tout
ce qu’il garde encore comme patrimoine. Quelles sont les
mesures prises à votre niveau pour sauver ce patrimoine?
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