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Smig: le couteau de la Fec à la gorge de Muzito
Initialement prévue pour le samedi dernier, l’ouverture des
discussions entre le gouvernement et la Fédération des
Entreprises du Congo (Fec) aura finalement lieu à partir
de ce lundi à Kinshasa. A l’ordre du jour figure
l’examen des voies et moyens de lutter contre les effets
de la crise financière internationale. De ces
pourparlers, les opérateurs économiques attendent de
l’exécutif notamment le report de l’application du
second palier du smig et profitent de l’occasion pour
revendiquer l’allègement fiscal et particulièrement
l’annulation de certains arrêtés ministériels pris qui,
selon eux, aggraveraient la pression fiscale sur les
secteurs des mines, du bois, des télécommunications, des
industries tabassicoles et brassicoles, en matières de
droits d’assises. On se demande, de prime abord, si
cela ne serait pas trop exiger à un gouvernement qui se
trouve devant un dilemme entre la volonté de satisfaire
à l’une des aspirations les plus profondes de la
population consistant à l’amélioration des conditions
sociales des travailleurs et l’alibi bien calculé par le
secteur privé de l’absence des moyens compensatoires de
l’Etat congolais à leur apporter de l’oxygène financier
substantiel comme c’en est le cas ailleurs. C’est là le
hic du problème.
Cette démarche procède de la recommandation faite récemment par le
chef de l’Etat, Joseph Kabila Kabange à l’issue de
l’audience accordée à une délégation du patronat
conduite par son président, Albert Yuma. Auparavant, la
même délégation s’était entretenue de mêmes
préoccupations avec le président de l’Assemblée
nationale, Vital Kamerhe qui, lui, avait résolu de voir
le patronat soumettre ses desiderata au président de la
République. Ce qui se réalisa comme convenu.
Visiblement l’approche du gouvernement, des syndicats et celle du
patronat dans l’application du second palier du smig
diffère d’un camp comme dans l’autre. Tout se passe
comme si, la Fec est décidée à mettre le couteau à la
gorge du gouvernement. Entre l’option arrêtée
d’améliorer les salaires des travailleurs confirmée par
l’ordonnance- présidentielle no 08/40 du 30 avril 2008
portant fixation du salaire minimum interprofessionnel
garanti, des allocations familiales minima et de la
contre-valeur de logement de 1 à 3 Usd et le report de
l’application du second palier dont le premier a été mis
en exécution en juillet dernier ; entre l’allègement
fiscal revendiqué par la Fec à cause de l’absence de la
compensation financière de l’Etat pour pallier aux
effets de la crise mondiale, il y a un pas que le
gouvernement a du mal à franchir.
Dans les circonstances actuelles, force est de reconnaitre que
l’exécutif a grandement besoin des recettes pour
équilibrer son budget 2009 et de soutenir l’emploi, l’un
des cinq chantiers de la République. Accorder des
allègements fiscaux plus accrus sans contrepartie aux
opérateurs économiques serait porter préjudice à son
programme de développement. D’où l’embarras de choix
dans lequel se trouve placé le gouvernement congolais.
On comprend que la RD Congo, à l’instar d’autres pays de l’Afrique
au sud du Sahara et à économie fragile, n’est guère
épargnée par les conséquences de cette crise, à savoir
l’instabilité des cours des produits de base et la
réduction des flux des capitaux étrangers, mais cela ne
doit pas conduire à un pessimisme béat, le risque dans
les affaires doit être assumé en premier lieu par
l’investisseur lui-même. C’est un secret de
polichinelle.
Mauvaise foi manifeste
La lutte syndicale ayant conduit à la conclusion de l’ordonnance
présidentielle no 08/40 du 30 avril 2008 portant
fixation du smig a été obtenue à la suite d’âpres
négociations entre le gouvernement, le patronat et le
mouvement syndical. Intraitable sur toute la ligne, la
Fec ne s’est finalement pliée que pour la façade. En
réalité, les employeurs n’ont jamais désarmé et,
aujourd’hui, ils reviennent à la charge avant même
l’application du second palier.
Aux lendemains de la publication de ladite ordonnance, un constat
malheureux a été fait dans nombre d’entreprises qui
s’étaient organisées, les unes pour assainir le
personnel et les autres pour réduire certains avantages
acquis. Avec la complicité de certains inspecteurs
véreux et l’attitude complaisante de quelques
syndicalistes, le jeu était joué d’avance.
On s’inquiétait, d’autre part et non sans raison, de l’application
de bonne foi du premier palier du smig promulgué bien
plus pour le maintien des emplois menacés. La mauvaise
foi du patronat est manifeste dans la mesure où il a
fallu attendre cinq années avant de poser clairement une
revendication au demeurant légitime, le smig fixé en
2002 ayant été dénué de tout pouvoir d’achat. Ailleurs
cela aurait dû provoquer de graves remous sociaux.
La voix des syndicats
De tous les temps, les syndicats fondent des inquiétudes sur deux
points focaux, la préservation du pouvoir d’achat
conféré au travailleur de part le smig de 3 Usd par jour
et la tentative de refus d’appliquer le même smig par
des manœuvres dilatoires de tous genres. Aujourd’hui
comme hier, les mêmes appréhensions persistent. Il
s’agit en premier lieu d’activer la commission
tripartite prévue dans l’article 12 de l’ordonnance
précitée chargée de coordonner les études et enquêtes
nécessaires menées sur toute l’étendue du pays en vue
d’apprécier périodiquement le rapport entre l’indice
général des prix à la consommation et le niveau de
salaire de manière à permettre la révision du smig à
partir du mois de janvier de chaque année.
Il est entendu, d’autre part, que le décret no 080/2002 du 3
juillet 2002 portant fixation du smig, ce mécanisme est
demeuré non opérationnel avec comme conséquence la non
correction de la dépréciation de plus de 50 pour cent
qu’a subi le pouvoir d’achat du travailleur congolais.
Jusqu’à la tenue en mars 2008 du Conseil national du
travail, ce mécanisme n’avait pas connu un début
d’exécution.
La Confédération Démocratique
du Travail (Cdt), l’une de grandes centrales syndicales
congolaises, demande, à cet effet, au gouvernement
d’inviter la tripartite à procéder à la désignation des
membres de ladite commission chargée de l’application du
smig et propose à la suite des limites constatées dans
ce mécanisme l’indexation pure et simple du smig.
Dans cette perspective, comment le gouvernement entend-il répondre
aux revendications de la Fec et contenter en même temps
les travailleurs qui estiment que la loi s’applique et
ne se discute pas ? L’échéance du 1er janvier
2009 fixée pour l’application du second palier du smig
promulgué devra déterminer le caractère social lui
attribué par l’équipe gouvernementale que dirige le
Premier ministre, Adolphe Muzito en dépit de la
conjoncture internationale défavorable pour ne pas
menacer la paix sociale. Avec la menace qui pèse sur le
smig, il y a lieu de craindre les licenciements massifs
liés aux difficultés de l’appliquer.
Ndong.M.N. |