Coronavirus : la CAN 2021, un « casse-tête » pour le football africain

Dès le mois de mars, la Confédération africaine de football a interrompu tous les matchs, mais la situation sur le continent diffère des réalités en Europe.

Après l’Euro 2020 et la Copa America 2020, la CAN 2021 sera-t-elle le troisième tournoi de foot majeur à être décalé en raison de la pandémie de coronavirus ? Comme tous ses homologues, la Confédération africaine de football (CAF) avait suspendu tous les matchs dès le mois de mars. Mais deux mois plus tard, alors que la maladie n’a pas encore connu son pic en Afrique, selon les experts, la situation devient de plus en plus complexe pour le foot africain dont les réalités diffèrent de celles de l’Europe. Si plusieurs figures du foot africain plaident pour un « report », d’autres refusent « d’y toucher » par manque de « créneaux libres ».

Pas de visibilité

L’édition camerounaise de la Coupe d’Afrique des nations sera-t-elle maudite jusqu’au bout ? Initialement prévue en 2019 mais réattribuée à l’Égypte en raison de retards dans les travaux d’infrastructures, la CAN au Cameroun a été reprogrammée du 9 janvier au 6 février 2021.

Mais, comme pour l’Euro ou la Copa America, déplacés d’un an et repositionnés à l’été 2021, la crise sanitaire mondiale risque à son tour de bouleverser de nouveau le calendrier de la CAN. Beaucoup ont gardé en mémoire la dernière épidémie d’Ebola qui avait éclos en Afrique de l’Ouest en mars 2014 et mis un coup d’arrêt à l’organisation de la CAN 2015. La CAF avait choisi de ne pas suspendre les matchs et il a fallu réorganiser toutes les rencontres, en déplacer certaines, etc.

ans un entretien à la Deutsche Welle, le président de la CAF, Ahmad Ahmad, a toutefois temporisé sur le sujet, rappelant, vendredi dernier, que « la priorité des priorités » reste la protection des joueurs et du public.

« Face à une telle situation, j’estime que toutes les parties prenantes dans l’organisation de ces compétitions pourront se retrouver plus tard pour discuter et se concilier pour que l’on puisse ensemble trouver un moyen de reprendre », a-t-il déclaré.

D’autant qu’un groupe de travail de la Fifa a été créé le 18 mars pour « convenir d’une approche coordonnée » avec les Confédérations « face aux conséquences de la pandémie » sur le calendrier futur des matchs internationaux.

Ahmad Ahmad a souligné la différence de contexte, soulignant qu’il n’est pas facile de tirer des conclusions alors que si peu de tests ont été effectués. « Comme nous voyons le nombre de tests qui ont été effectués dans ces pays, c’est toujours alarmant, car nous manquons de visibilité dans la gestion de cette pandémie », a encore indiqué le secrétariat général de la CAF dans cet entretien au média national allemand.

La carte de la prudence

De même que le patron de la CAF, plusieurs figures majeures du foot africain plaident d’ores et déjà pour un report, à l’instar de Samuel Eto’o. « Le plus important, c’est la santé, et les instances du football africain l’ont bien compris. Je ne vois pas mon aîné, le grand frère Ahmad [Ahmad, président de la Confédération africaine de football, NDLR] risquer la santé des amoureux du ballon rond pour une CAN », a déclaré l’ex-capitaine des Lions indomptables sur France 24, fin avril. « Le plus important, c’est qu’on soit hors de danger. Nous aurons tout le temps d’organiser cette CAN », a-t-il ajouté.

« Je sais que la CAN est importante, et c’est bien pour les pays de l’organiser, mais je pense que la prochaine devrait être annulée ou reportée », a renchéri, deux jours plus tard, l’Algérien Adlène Guedioura, champion d’Afrique 2019, sur la BBC.

Le continent africain est jusqu’à présent relativement épargné par la pandémie, qui y a officiellement fait moins de 2 500 morts. Mais les indices suggérant que ce bilan est fortement sous-estimé.

Un calendrier difficile à tenir pour les joueurs africains

Au-delà de la menace du Covid-19, l’impossibilité de mener à terme les qualifications préalables au tournoi inquiète aussi les dirigeants africains alors qu’il reste encore quatre journées à disputer. « Si on a du mal à organiser des éliminatoires jusqu’à septembre, il serait difficile de tenir une phase finale en janvier prochain », a écrit Augustin Senghor, président de la fédération sénégalaise, dans une lettre d’information interne de la CAF début mai.

« La CAN ne pourra plus se jouer en janvier. Nos frontières sont fermées et aucune mission d’inspection de la CAF n’est possible dans ce contexte », a même affirmé à l’AFP un responsable de la fédération camerounaise de football, sous le couvert de l’anonymat.

La plupart des pays ont annulé leurs championnats. La Fédération sénégalaise de football (FSF) a reporté en novembre prochain la reprise des championnats de football. En Algérie, le leader du championnat, le CR Belouizdad, réclame l’arrêt définitif de la saison 2019-2020 au nom du principe de précaution. « Le football est un sport d’équipe et de contact physique permanent entre partenaires et adversaires. Comment organiser d’éventuels déplacements de joueurs et de staffs, même réduits au minimum ? Comment assurer le transport, l’hébergement, la restauration ? » s’interroge Charaf Eddine Amara, le président du CR Belouizdad, dans un communiqué publié samedi. La question n’a pas encore été tranchée alors que les craintes de matchs truqués persistent.

En attendant une décision sur le sort de la CAN 2021, qui pourrait intervenir lors de la prochaine réunion du comité exécutif de la CAF, selon une source proche de l’instance, plusieurs voix défendent mordicus son maintien.

« Personnellement, je ne suis pas favorable au report », a plaidé sur RFI l’international camerounais Stéphane Bahoken. « C’est vraiment un casse-tête. […] Mais tant qu’on la joue à la maison, je suis content ! »

« Hors de question d’y toucher », confie à l’AFP un dirigeant du foot africain, sous le couvert de l’anonymat. « Entre l’Euro, les JO de Tokyo et les autres compétitions reportés en 2021, il n’y a plus de créneaux libres. Même un report en mars est compliqué, car les clubs européens ne voudront jamais lâcher les joueurs. »

Pas de pertes financières

Cet arrêt des championnats soulève la question des répercussions financières. Mais il semble que, pour l’instant, il y a peu d’impacts sur les clubs africains. En effet, ces derniers appartiennent le plus souvent à des acteurs privés, leur financement provient souvent de fonds propres. Quant aux bénéfices, ils n’interviennent qu’en bout de compétition. Les clubs ne gagnant de l’argent que s’ils arrivent en demi-finale minimum. Un récent article de Deutsche Welle révèle que « le bonus de qualification pour les phases de groupes de la Ligue africaine des champions entre 2017 et 2020 était de 550 000 dollars.

Pendant ce temps, le vainqueur, le plus récent en 2019, l’Espérance de Tunis, a empoché une somme de 2,5 millions de dollars – un peu moins d’un demi-million de dollars de moins par rapport à ce que les équipes européennes collectent pour une victoire en phase de groupes en UEFA Champions League. » Exemple concret, leur homologue de Liverpool aurait empoché un total de 74,35 millions d’euros lors de leur course au titre en 2019.

Au-delà des clubs et des organisateurs de championnat, c’est la situation des joueurs individuellement qui préoccupe les instances managériales du continent. L’arrêt des compétitions est synonyme d’arrêt de travail pour les joueurs. Et beaucoup d’entre eux se sont investis également pour venir en aide aux populations organisant des distributions de dons et autres.


Le Point

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La Rédaction de Nyota Radio Télévision

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